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Omar El Bacha - publié le Mardi 27 Octobre à 09:17

L’Europe doit rendre justice à ses citoyens d’origine marocaine!






Omar El Bacha
Omar El Bacha
Dans un contexte international complexe où tout ce qui s’apparente à l’Islam suscite la méfiance, l’enseignement de la langue arabe et de la culture marocaine en Europe peine à se dégager de l’image négative que lui attribuent certaines autorités de tutelle et des médias imbus de leurs certitudes. La situation est encore plus compliquée s’agissant de la manière dont cet enseignement est traité au sein des écoles publiques européennes. Il réunit toutes les caractéristiques d’une activité soumise à une ghettoïsation planifiée.

Des pratiques pas très catholiques
Moult mouvances, poussées par un opportunisme politique très malvenu ou aiguillonnées par leurs tendances xénophobes ou islamophobes, se sont nonchalamment engouffrées dans cette brèche. Elles essaient par tous les moyens de dénigrer cet enseignement en l’accusant notamment de renforcer les références communautaires. Elles ne lésinent pas sur les procédés ni se privent d’amalgames. Elles confondent tout: langue arabe et Islam, population arabophone et terrorisme, culture marocaine et délinquance.

Certains pays comme les Pays-Bas ont cédé à ce travail de sape et ont arrêté le financement des cours de la langue arabe et de la culture marocaine au sein de leurs écoles publiques. En réaction à cette décision, les mosquées et associations de la société civile marocaine, dans un élan à haute valeur patriotique, ont spontanément pris le relais en se substituant complètement aux établissements scolaires néerlandais. C’est ainsi que l’enseignement parallèle a acquis ses lettres de noblesse en terre batave.

D’autres contrées comme la France continuent à proposer cet enseignement au sein de leurs établissements scolaires mais veillent à ce qu’il soit dispensé dans des écoles et des collèges excentrés. Là aussi, la société civile marocaine a pris sur elle de combler le vide créé par ces pratiques. Elle a transformé ses infrastructures en complément linguistique et culturel d’origine. Ainsi fonctionne l’enseignement dit parallèle ou informel en Europe et en France tout particulièrement.

Pour beaucoup de militants européens des Droits de l’Homme, ce renoncement financier inventé par les Néerlandais ou ces prestations marginalisées concoctées par les Français sont les éléments constitutifs d’une stigmatisation moralement, juridiquement et politiquement totalement injustifiée.

De belles perspectives interculturelles
Si l’arabe est la langue le Coran, on ne peut la restreindre uniquement à ce rôle, aussi important soit-il. Cette langue est aussi celle des chrétiens d'Orient, de la renaissance arabo-musulmane et d'un très riche patrimoine littéraire et scientifique.

Pour autant qu’on y mette la volonté nécessaire, l’enseignement de la langue arabe et de la culture marocaine en Europe peut constituer un élément enrichissant à verser au dialogue entre les différentes composantes des sociétés d’accueil. Il est à même de servir de vecteur interculturel reliant les élèves autochtones et allochtones, dans une même dynamique d’apprentissage et de connaissance de l’autre.

La langue arabe et la culture marocaine ont déjà rempli cette fonction civilisatrice pendant 700 ans en Andalousie. Elles peuvent encore le faire aujourd’hui, en Europe, si l’occasion leur en est offerte.

Un enjeu économique
Bien que les pays du Maghreb et du Golfe soient en pleine croissance économique et que le champ audiovisuel continental déborde de chaines arabophones, les écoles publiques européennes semblent encore indécises quant à considérer l’arabe comme une langue d’excellence et son enseignement une discipline de référence laïque. Faut-il préciser que l’arabe est l’une des 6 langues de l’ONU et la langue officielle de 25 pays? Doit-on souligner qu’environ 5,5 millions de personnes le parlent en Europe dont 3,1 millions rien qu’en France?

Les pays européens ont besoin de bons arabisants, capables de maîtriser les subtilités de la langue. Ainsi pourront-t-ils s’offrir non seulement de belles perspectives interculturelles mais également de larges opportunités économiques. Et pour ce, la langue du dhadh doit être considérée et traitée comme une grande langue de la mondialisation et son enseignement doit être érigé en axe de développement stratégique. Mais avant tout, il faudrait la sortir des quartiers difficiles et la faire accéder, à terme, à une mixité sociale.
Entre droits et devoirs

Des débats nationaux ou continentaux s’imposent, plus que jamais, autour de l’enseignement de la langue arabe et de la culture d’origine en Europe. L’image que renvoient les systèmes éducatifs européens à des adolescents, en pleine quête identitaire, est on ne peut plus discriminatoire. Les écoles publiques n’intègrent pas leur langue d’origine, de la même façon que la société n’a pas intégré leurs parents. Sans oublier qu’être arabe dans ces pays aujourd’hui est encore plus difficile qu’à l’époque de la venue de leurs parents.

La langue et la culture de ces jeunes les définissent en tant que citoyens, et s’ils les perdent, ils perdent une grande partie de ce qui fait d’eux des citoyens. Contrairement à d’autres langues, ou plus récemment au chinois, jamais l’arabe n’a bénéficié d’une politique volontariste, nationale ou continentale, pour promouvoir son enseignement. Il a toujours été confiné au statut de langue du colonisé.

Sachant que l’enseignement de la langue et culture d’origine répond à la directive européenne du 25 juillet 1977, octroyant aux jeunes issus de l’immigration le droit de garder un lien avec leur langue et culture d'origine, les autorités européennes ont donc le devoir de se pencher un peu plus sérieusement sur la discrimination dont souffre cette activité. Ainsi justice sera rendue à ces jeunes dont les parents se sont échinés à servir l’Europe.
Ce n’est qu’à cette condition, et à elle seule, que ce continent sera en adéquation avec les valeurs d’égalité, de justice et de démocratie dont il s’en revendique!

Omar El Bacha
Enseignant-chercheur et conseiller pédagogique et culturel.
Amsterdam. Pays-Bas.


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