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Nada Zohdy - publié le Mercredi 30 Janvier à 23:05

L'Egypte en 2013: De la contestation à la politique






L'Egypte en 2013: De la contestation à la politique
Washington, DC - Cette semaine, les Egyptiens vont célébrer le deuxième anniversaire de leur révolution historique qui a débuté le 25 janvier 2011. Le moment est opportun pour réfléchir et discuter d'un phénomène crucial qui commence doucement à s'installer: le passage de la contestation à la politique.

Quiconque suit les développements politiques en Egypte aujourd'hui sait que la série de crises, en apparence interminable, peut être passablement bouleversante. La formation, la révision ou la séparation des dernières coalitions politiques, par exemple, se succèdent à un rythme souvent soutenu. Les batailles en cours entre les pouvoirs judiciaire, législatif et exécutif dénotent des contradictions déconcertantes.

Ces fréquentes crises politiques nous rappellent qu'il faudra des années, voire des générations pour que la transformation sociale et politique fondamentale, requise par la révolution, n'intervienne et que le chemin sera sans doute pavé d'embûches.

Si les manifestations populaires qui ont eu lieu ont marqué la transition entre l'apathie politique et le refus de rester silencieux et ont contribué, à court terme, à apporter des changements significatifs comme la fin du régime militaire, elles traduisent souvent le désir de voir un changement radical se réaliser du jour au lendemain aux niveaux social et politique.

A l'approche du deuxième anniversaire de la révolution, des appels à des manifestations de masse se sont fait entendre en signe de protestation contre le régime du président Mohamed Morsi. Pourtant, ces derniers mois, beaucoup d'Egyptiens étaient un peu las de ces manifestations, cherchant au contraire la stabilité et la normalité dans leur existence. Plus important encore, la majorité des Egyptiens souhaitent une action politique qui entraîne un changement concret dans leur vie. Ainsi que le journaliste occidental Dan Murphy de Christian Science Monitor l'a récemment fait remarquer en visitant la place Tahrir , ''…l'Egypte a dépassé le stade où il en est assez de s'opposer. L'heure est maintenant venue d'être en faveur de quelque chose et c'est le genre de problème politique qui ne se règle pas avec des protestations de masse.''

La situation sociale et surtout économique que connaissent les Egyptiens continue de s'aggraver. Ces problèmes ne pourront pas être réglés en une nuit par les manifestations; ils exigent, bien au contraire, de la part de ceux qui sont au pouvoir, des efforts sérieux et délibérés sur le long terme.

Pourtant, longtemps réprimés, les Frères musulmans ont maintenant le monopole du pouvoir; ils doivent leur pénétration sans égal dans la société égyptienne aux dizaines d'années pendant lesquelles ils ont offert, à travers tout le pays, d'indispensables services sociaux. Aujourd'hui, l'influence des autres forces politiques reste dérisoire par rapport à celle des Frères Musulmans. Cette situation a abouti à un environnement politique déséquilibré qui permet difficilement d'obtenir un consensus, élément nécessaire dans toute véritable démocratie.

Sur la base de ce constat, il semble que certains membres influents de l'opposition politique pourraient changer leurs tactiques et passer de la contestation au vote. De nouvelles élections parlementaires seront organisées au printemps et, bien que le Front du salut national récemment créé - qui rassemble la jeunesse révolutionnaire fortement engagée et les anciens ministres de l'ère Moubarak comme Amr Moussa - soit loin d'être parfaitement cohésif, il constitue un rassemblement sans précédent de diverses forces politiques. Cette coalition traduit, de la part des Egyptiens libéraux, une sérieuse volonté de s'engager et de réussir en matière de politique électorale, plutôt que d'exprimer un désaccord en descendant dans la rue.

Les Egyptiens libéraux ne devraient pas être les seuls à encourager ce développement. Tous les Egyptiens à qui il tarde de voir mûrir leur société politique sur le long terme - qu'ils soient laïques, religieux ou quelque part entre les deux - devraient s'investir dans l'engagement électoral croissant des libéraux et d'autres acteurs politiques car, disposer d'une opposition viable pour contrôler celui qui est au pouvoir est la seule façon d'éviter le monopole politique et l'exclusion.

Par ailleurs, les activistes politiques égyptiens continueront probablement de servir de gardiens, quel que soit le parti au pouvoir comme, par exemple, le Mouvement des jeunes du 6 avril et les jeunes non affiliés derrière l'initiative Morsi Meter qui mesure l'avancement des réformes engagées par le président.

L'évolution de la politique et de la société égyptiennes continuera sans aucun doute à être compliquée mais l'existence de ces initiatives politiques et non-gouvernementales est un développement sain et encourageant dans cette société égyptienne complexe et en constante évolution. Le patriotisme et l'engagement profonds dont font preuve tant d'Egyptiens pour reconstruire leur pays est assurément une source d'espoir et d'inspiration.

Enfin, les règles du jeu les plus équitables et les plus efficaces destinées à soutenir des visions sur l'avenir de l'Egypte seront négociées non pas dans la rue mais par la politique traditionnelle et le vote.

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* Nada Zohdy est installée à Washington où elle travaille pour soutenir la société civile au Moyen-Orient et en Afrique du Nord. Article écrit pour Service de Presse de Common Ground (CGNews).



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