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Moustafa Menshawy - publié le Vendredi 25 Janvier à 22:49

L'Egypte: Des raisons d'être optimiste en 2013




Le Caire - Si vous vivez en Egypte, il y a plusieurs raisons d'être pessimiste en ce qui concerne la vie politique, sociale et économique. En effet, la guerre civile menace entre les batailles et la polarisation politiques. Le chômage et la pauvreté augmentent au milieu d'une économie stagnante, d'investissements insuffisants et d'une industrie du tourisme en ruine dans la peur postrévolutionnaire. Pourtant, alors que les Egyptiens célèbrent le Nouvel An et le deuxième anniversaire de la révolution, je pense qu'il y a des raisons de se montrer optimiste.



L'Egypte: Des raisons d'être optimiste en 2013
Ailleurs, les révolutions nous enseignent qu'il faut être patients. Les fruits de la révolte ont besoin de temps pour mûrir. Prenez la révolution française de 1789. Alors que la prise de la Bastille a été décrite comme un moment décisif, des dizaines de personnes sont mortes et l'agitation a persisté. Beaucoup ont été déçus que ce moment historique n'ait pas marqué la fin du combat. Le conflit civil s'est poursuivi et des dizaines de milliers de personnes ont trouvé la mort durant ce qu'on appelle le ''règne de la terreur''.

Les Français n'ont cependant pas cédé au pessimisme. Pourtant, la première constitution a été rédigée six ans après la chute de la Bastille et les querelles et revers politiques se sont poursuivis, ensanglantant les mains des révolutionnaires. La France a dû attendre cent ans pour commémorer l'anniversaire de la prise de la Bastille et en faire le jour de la fête nationale, communément appelé en anglais le jour de la Bastille.

Ainsi, la question demeure: comment l'Egypte peut-elle aller de l'avant et éviter la violence qui a fait rage durant le long combat de la révolution française?

Premièrement et tout bonnement, en se montrant patiente. Les Egyptiens doivent comprendre qu'il y a plusieurs étapes dans une révolution. Il a fallu plus de dix ans à la France pour passer de la monarchie à un républicanisme démocratiquement constitué. Les Français se vantent parfois d'avoir eu cinq Républiques, chacune d'elles ayant été créées suite à la rédaction d'une nouvelle constitution. Ainsi, en Egypte, ceux qui revendiquent le changement doivent comprendre que l'approbation de la première constitution postrévolutionnaire n'est qu'une étape importante dans ce changement et non l'aboutissement de ce celui-ci.

La lutte pour la démocratie va se poursuivre avec la tenue de nouvelles élections parlementaires prévues cette année. Une occasion pour les Egyptiens de se faire entendre. Compte tenu des files d'électeurs bravant de longues heures d'attentes pour se rendre aux urnes lors du récent référendum sur le projet de la nouvelle constitution, les observateurs ont sans doute l'assurance d'assister à une nouvelle leçon prometteuse: les Egyptiens ne sont plus apathiques en politique et insistent même pour faire partie du processus politique, voire pour le faire avancer.

La deuxième raison d'être optimiste tient à la situation. La situation économique de l'Egypte n'est pas brillante mais l'économie tourne grâce à plus de cinq milliards de dollars d'aide financière et de subventions fournis par des pays proches comme le Qatar et l'Arabie saoudite et à un revenu national à taux fixe comme celui du Canal de Suez qui a rapporté, selon les statistiques de l'Etat, plus de cinq milliards de dollars l'an dernier.

En outre, les Egyptiens vivant à l'étranger ont envoyé près de dix-huit milliards de dollars en 2012, un chiffre sans précédent selon les déclarations du vice-ministre des affaires étrangères Ali Al-Ashiri, en octobre dernier. Et dix millions et demi de touristes se sont rendus en Egypte l'an dernier, offrant au pays un revenu national de neuf milliards de dollars selon le ministre du Tourisme Hisham Zaazou. Mais surtout, les Egyptiens ont maintenant le sentiment que leur pays leur appartient. Aussi, souhaitent-ils agir pour protéger l'Egypte qu'ils pensent possible. En résumé, la situation est ''mauvaise'' mais elle pourrait être ''pire''.

La troisième raison de se montrer optimiste est d'ordre géographique. Pour reprendre les propos du célèbre journaliste et analyste égyptien Mohamed Husseinein Heikal, l'Egypte est trop grande pour échouer. M. Heikal lui-même symbolise cet espoir. Sur le point de fêter ses quatre-vingt-dix ans, il attire un large public chaque semaine avec sa nouvelle émission télévisée. Sa popularité n'est pas seulement due à sa sagesse et à son expérience, elle est aussi due à la capacité de ce vieil homme en bonne santé à rappeler à ses auditeurs des événements auxquels il a assisté il y a quelque soixante ans.

Lorsqu'on lui demande s'il est pessimiste au regard de la sombre situation de l'Egypte'', il répond: ''Je ne peux pas être pessimiste. Je suis encore en vie.''

L'Egypte, elle aussi, est encore en vie, tout comme son peuple.

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*Moustafa Menshawy est journaliste et chargé de cours à l'Université de Westminster à Londres. Article écrit pour Service de Presse de Common Ground (CGNews).



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