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Fahad Alhomoudi - publié le Vendredi 4 Septembre à 22:25

L’Arabie Saoudite en quête de dialogue religieux






Riyad – On a souvent tendance à voir l’Arabie Saoudite comme une société fermée, dépourvue de diversité religieuse. Depuis quelques années, cependant, devant les énormes efforts de dialogue interconfessionnel déployés par le roi Abdullah, cette opinion commence à changer. Les trois initiatives interconfessionnelles qu’il a prises l’an dernier — Appel de la Mecque pour le dialogue interconfessionnel, Conférence mondiale de Madrid sur le dialogue et Conférence interconfessionnelle des Nations Unies à New York — ont clairement indiqué la voie qu’entend suivre ce pays, tant au plan international qu’intérieur.

Plus de 500 érudits et dirigeants religieux de tout le monde musulman, dont le Grand Mufti d’Arabie Saoudite, Abdulaziz Aal al-Shaikh, et le secrétaire général de la Ligue musulmane mondiale, Abdullah al-Turki, sont venus participer à la Conférence de La Mecque et manifester leur total appui aux efforts de dialogue interconfessionnel du souverain.

En juillet de la même année, le roi Abdullah a inauguré la Conférence de Madrid pour le dialogue interconfessionnel. Avec le roi Juan Carlos, il a appelé les gens de foi du monde entier à contrer les opinions extrémistes, à trouver un terrain d’entente et à favoriser l’esprit de paix.

A la Conférence interconfessionnelle de New York, les participants se sont quelque peu démarqués des deux manifestations précédentes, la majorité provenant de milieux politiques plutôt que religieux. Ce dialogue est indispensable pour résoudre les conflits, particulièrement lorsque des traités et des accords doivent être signés entre les nations. Avec toute l’importance qui a été donnée au dialogue interreligieux ces temps derniers, il ne faut pas en conclure pour autant qu’il peut à lui seul résoudre les conflits. Il faut aussi des solutions politiques.

Dans de nombreux milieux, on montre du doigt les conflits non résolus — Cachemire, Israël/Palestine, Bosnie et autres lieux et régions où le rôle des dirigeants religieux et politiques se superpose souvent, mais où les conflits restent enlisés dans les tensions et la violence. Pour certains, le dialogue, dans de tels cas, doit suivre une double approche : l’une visant à créer un environnement de rapprochement grâce à l’harmonie religieuse et l’autre visant à résoudre les problèmes au niveau politique.

Jusqu’à présent, l’Arabie Saoudite avait réussi, mais en privilégiant le volet dialogue religieux.

De nombreux dirigeants religieux musulmans fondent beaucoup d’espoirs dans les initiatives du roi, qui visent à trouver des valeurs communes au-delà des démarcations religieuses. Mais cette démarche est aussi critiquée par tous ceux qui estiment que le pays risque d’y perdre sa spécificité religieuse.

L’Arabie Saoudite n’est d’ailleurs pas dépourvue de tout pluralisme. Sa population est composée essentiellement de sunnites, dont la plupart suivent la tradition conservatrice salafiste. On y trouve aussi des minorités chiites, soufies et ismaélites non négligeables. Les expatriés, qui sont nombreux, sont musulmans, chrétiens, hindous ou autres. Quelle que soit leur confession, les citoyens saoudiens sont censés respecter les lois du pays, fondées sur le sunnisme salafiste.

Le gouvernement a déjà pris des mesures pour s’attaquer au problème.
Sous le patronage du roi Abdullah, un stage de formation de formateurs accrédité intitulé “Promotion d‘une culture de dialogue” s’est déroulé en juillet 2009.

Les 1.200 formateurs – dont 500 femmes – avec le Grand Mufti, le président de la Choura (Assemblée), les ministres et responsables du gouvernement – ont recherché, par la discussion, les moyens d’améliorer le dialogue en Arabie Saoudite.A l’issue de la conférence, le ministre de la culture et de l’information a proposé de créer une nouvelle chaîne de télévision spécialisée dans le dialogue.

En 2003, déjà, Abdullah, qui était alors Prince héritier, a créé le King Abdulaziz Centre for National Dialogue dans le but de favoriser le dialogue officieux entre les diverses sectes religieuses du pays et de garantir les droits des minorités religieuses. Depuis sa création, le centre a formé plus de 150.000 saoudiens de différentes régions.

Ces initiatives vont dans le bon sens : elles construisent l’harmonie religieuse. Mais, comme le religieux et le politique se recoupent souvent, certains responsables religieux finissent par se mêler de politique, les responsables politiques de religion – en l’absence de toute formation ou expérience. A partir de ces initiatives, le dialogue saoudien doit suivre une double approche parallèle : une voie où les dirigeants religieux discuteraient des problèmes , à l’écart de tous intérêts ou jeux de pouvoir propre à la politique, et une autre, où les responsables politiques seuls traiteraient des questions juridiques et diplomatiques.

En cantonnant les politiques et les religieux dans le rôle qui leur est propre, nous pourrons soutenir le projet du roi Abdullah pour des valeurs communes et le respect de la diversité, nous pourrons favoriser le pluralisme en Arabie Saoudite et dans le monde.

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* Fahad Alhomoudi est vice-doyen pour la recherche universitaire de l’Université islamique al-Imam Mohammed Ibn Saud de Riyad et titulaire d’une chaire Fulbright d’enseignant-chercheur en droit islamique et tradition prophétique. Cet article fait partie d’un série sur le pluralisme dans les pays à majorité musulmane écrite pour le Service de Presse de Common Ground (CGNews).


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