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par Michael N. Nagler et S. Francesca Po - CGNEWS - publié le Lundi 19 Juillet à 13:52

Kirghizstan: une voie non empruntée






Berkeley (Californie) – Il y a encore peu de temps, le Kirghizstan – un pays sans littoral d'Asie centrale dont la population est musulmane à 80% – était un des pays les plus sûrs d'Asie centrale. Cependant, l'Ouzbékistan voisin, dont la population est musulmane à 90%, a connu de nombreux problèmes, tel l'extrémisme religieux, qui ont engendré un climat d'instabilité. En conséquence, beaucoup de ressortissants ouzbeks sont allés chercher refuge dans les pays plus sûrs d'Asie centrale comme le Kirghizstan.

Toutefois, quand des tensions apparaissent dans leurs nouveaux pays d'accueil, comme c'est arrivé lorsque le président du Kirghizstan, Kurmanbek Bakiyev, a été démis de ses fonctions en avril dernier suite aux violentes protestations anti-gouvernementales qui ont eu lieu dans la capitale de Bishkek, la minorité ouzbèke devient un bouc-émissaire facile pour justifier les troubles qui s'ensuivent. La récente instabilité autour de l'éviction du président kirghize a déclenché une violence spontanée à l'encontre des Ouzbeks qui ont été accusés d'ingérence dans le conflit politique intérieur que le pays a connu.

Selon plusieurs estimations, les dernières violences commises en juin auraient entraîné la mort d'au moins deux mille Ouzbeks et le déplacement de quelques trois cent soixante-quinze mille personnes; elles auraient aussi laissé des centaines de commerces et de maisons pillés et totalement brûlés. Certains pensent que des groupes armés organisés sont à l'origine de ces violences. De ce fait, malgré un vote sans heurts pour un référendum constitutionnel organisé fin juin, convertissant le pays en une démocratie parlementaire, beaucoup redoutent une recrudescence des violences – peut-être comparables à celles qui ont été commises au Rwanda.

Vu cette possibilité, la communauté internationale peut imaginer se voir confrontée au risque d'être impliquée dans un bourbier militaire ou au risque de se sentir coupable de ne rien faire.

Il y a cependant une autre option. En effet, il y a le rêve que le Mahatma Gandhi a presque mis en pratique: le Shanti Sena ou l' ''armée de la paix'' qui pourrait se révéler utile dans la situation présente.

L'idée derrière le Shanti Sena c'est que des bénévoles non violents ayant reçu une formation passent assez de temps sur le lieu du conflit pour gagner la confiance de la population locale en tant que véritable tierce partie neutre. Ils offriraient ensuite des services pour promouvoir la paix en période de tensions: mettre fin aux dangereuses rumeurs et idées fausses; accompagner les personnes menacées et donc vulnérables; agir en tant que médiateurs lorsqu'on le leur demande et – si besoin est – s'interposer entre les parties au conflit s'il est trop tard pour calmer le jeu.

Cette pratique est plus communément connue sous le nom de ''Maintien de la paix civile sans armes''; elle a eu un énorme succès bien que largement ignorée par les médias traditionnels.

En 1981, le concept de Shanti Sena a inspiré la formation des Brigades de paix internationales (PBI). Les PBI se sont principalement concentrées sur l'accompagnement de protection des défenseurs des droits de l'homme menacés, particulièrement en Amérique centrale où leur présence a facilité plusieurs initiatives visant à consolider la paix et permis aux organisations des droits de l'homme de continuer de fonctionner malgré des menaces de mort. Enfin, selon leur devise, les PBI ''ont fait de la place pour la paix.''

S'inspirant des PBI, les Américains Mel Duncan et David Hartsough ont décidé de consacrer leur existence à développer et à professionnaliser d'autres équipes pour la paix. Ils ont contribué à fonder Nonviolent Peaceforce en 2002, une organisation de maintien de la paix globale composée de civils originaires du monde entier, ayant reçu un entraînement, qui applique des stratégies avérées non violentes comme l'accompagnement destiné à protéger et la réduction des rumeurs dans des zones conflictuelles. Nonviolent Peaceforce a également contribué à créer un espace pour les artisans de la paix afin qu'ils mènent à bien leur travail dans des zones comme le Sri Lanka, les Philippines et le Sud-Soudan et espère étendre son action à des régions où le besoin s'en fait ressentir.

Le Kirghizstan pourrait profiter de la présence de ce type de tierce partie non violente et neutre pour enseigner et prouver aux populations locales que la violence ethnique ne règle rien – mais que la non violence pourrait bien régler quelque chose.

Au Kirghizstan en particulier, les armées de la paix pourraient agir en tant que force de protection, escortant et défendant les minorités prises pour cible comme les Ouzbeks. Nonviolent Peaceforce a déjà envoyé une équipe en exploration dans le Caucase du Sud, où plusieurs conflits interétatiques et ethniques ont récemment éclaté. Avec une invitation du nouveau gouvernement kirghize et des financements et soutiens internationaux, Nonviolent Peaceforce pourrait se mettre à l'œuvre dans le sud du Kirghizstan et aider le pays à organiser sa transition – dans le calme – vers une démocratie parlementaire.

Chaque fois que la non violence a été utilisée correctement, ce fut un brillant succès – et presque à chaque fois, quasiment personne ne l'a remarqué. Avant que cela n'arrive aux oreilles des médias, c'est au public de s'informer au sujet du maintien de la paix civile sans armes. Car si nous ne connaissons pas d'alternative, nous devons continuer à nous débattre avec ce vieux dilemme : la violence ou l'inaction.

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*Michael Nagler est professeur émérite à l'Université de Californie, Berkeley, fondateur du Metta Center for Nonviolence et auteur du livre qui a été récompensé The Search for a Nonviolent Future (A la recherche d'un avenir non violent). S. Francesca Po a servi dans les corps de la paix, dans la région de l'Asie centrale, de 2006 à 2008 et enseigne actuellement les études religieuses à l'Université de San Francisco et au lycée St Joseph Notre Dame.


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