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AFP - Hamida BEN SALAH - publié le Mercredi 20 Février à 14:22

Jebali, le Premier ministre islamiste qui a perdu en défiant son propre camp




Tunis - Figure du mouvement islamiste tunisien Ennahda, Hamadi Jebali s’est forgé un caractère d’acier dans les geô les du régime déchu de Ben Ali mais a choisi de démissionner faute d’avoir pu imposer un gouvernement de technocrates à son propre parti.



Jebali, le Premier ministre islamiste qui a perdu en défiant son propre camp
L’assassinat retentissant le 6 février de l’opposant laïc Chokri Belaïd a poussé M. Jebali, le Premier ministre et numéro 2 d’Ennahda, à aller au choc avec les radicaux de son parti rangés derrière l’influent Rached Ghannouchi.

Si cet islamiste pragmatique de 63 ans a surpris la classe politique en initiant la formation d’un cabinet de technocrates, son pari à quitte ou double a échoué face à l’intransigeance des islamistes conservateurs avec qui ses relations étaient tendues depuis des mois.

Pourtant, observateurs et opposants s’étaient accordés ces deux dernières semaines pour louer un homme d’Etat qui a tenté de désamorcer les intérêts partisans qui bloquent le processus de réformes.

"M. Jebali a acquis le sens des réalités au contact du pouvoir, il a dépassé ses angoisses et commencé à agir en homme d’Etat en accord avec les modérés de son camp", analyse un observateur européen.

Face à ceux d’Ennahda qui le désavouent, il s’était posé en garant de l’intérêt national, voulant éviter à la Tunisie de "basculer dans le chaos et l’irrationnel".

Et même après son échec il a souligné que son initiative avait eu le mérite "de réunir tout le monde autour d’une table".

Petite barbe blanche, lunettes à fine monture et "tabaâ" (la marque de prosternation des musulmans pieux) sur le front, Hamadi Jebali, fait partie des figures historiques de l’islamisme tunisien.

Né en 1949 à Sousse, la "perle du Sahel", foyer historique du pouvoir sur la cô te orientale, cet ingénieur en énergies renouvelables formé en France est l’un des cofondateurs du Mouvement de la tendance islamique en 1981, qui deviendra Ennahda (Renaissance) en 1989.

Condamné à mort en 1987, juste avant la destitution du premier président Habib Bourguiba, il fuit en Espagne. En 1989, il bénéficie d’une amnistie générale et regagne Tunis pour fonder le journal du parti, El Fajr (L’Aurore).

En décembre 1989, il est condamné à douze mois de prison pour un article critiquant la justice militaire. En 1991, alors que la répression anti-islamiste bat son plein sous le régime de Zine Al Abidine Ben Ali, il est condamné à 17 ans de prison dont il purge 10 ans à l’isolement.

En 2006, il est gracié mais assigné à résidence à Sousse.

Détendu et souriant, très bonne plume et francophone, ce père de trois filles est "un homme qui a toujours eu très bonne presse, il a un bon carnet d’adresse", note l’analyste Sofiene Ben Farhat.

Il reste la vitrine d’un islam politique rassurant malgré des faux pas après la victoire d’Ennahda aux premières élections libres de 2011.

Sa référence au "califat", un système politique basé sur la loi islamique, avait renforcé l’inquiétude des laïcs qui dénoncent le "double langage" des islamistes. Mais ce fils de résistant se positionne dans le courant réformiste.

Il bénéficie aussi d’appuis à l’étranger, s’employant à mobiliser des appuis politiques et des fonds pour une Tunisie éprouvée par les conflits sociaux.

"Il est bien connu des Américains", confirme une source diplomatique. "Il est très sûr de lui, a un discours très construit. Mais ce n’est pas un tendre, ses années de prison lui ont forgé le caractère".



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