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Cheick Ibrahim Ramadan - publié le Lundi 4 Février à 08:04

Islam et liberté de la personne




Cheikh Ibrahim Ramadan : La liberté est à la créativité ce que l’âme est au corps. Le Coran affirme la liberté individuelle en soulignant son importance en tant qu’elle a trait à nos décisions individuelles. Même la question qui est au cœur même de la religion, croire ou ne pas croire en Dieu, est laissée à la liberté individuelle: "Quiconque le veut, qu'il croie, et quiconque le veut, qu'il mécroie" (Coran 18:29).



Ainsi, le comportement humain en islam est laissé à la discrétion de chacun. Le désaccord entre les gens est donc intrinsèquement inévitable, plus, il est attendu: “Et si ton Seigneur avait voulu, il aurait fait des gens une seule communauté. Or ils ne cessent d’être en désaccord (entre eux), sauf ceux à qui ton Seigneur a accordé la miséricorde. C’est pour cela qu’Il les a créés.” (Coran 11:118-119).

L’islam ne restreint en rien la liberté de l’homme, mais il fait des hommes des êtres responsables, individuellement aussi bien que collectivement, des conséquences de leurs décisions: chacun doit réfléchir à ses actes et bien peser leurs conséquences. La possibilité de devoir supporter certaines conséquences pourrait sembler être une limitation à la liberté individuelle. Mais elle apporte en fait un grand avantage à la société, dans la mesure où elle réaffirme constamment l’adage social: “La liberté des uns s’arrête là où commence la liberté des autres”. N’était cette restriction, la grâce de la liberté se transformerait en malédiction du chaos. La liberté individuelle, devenue nuisance pour les autres, empièterait sur leurs intérêts et leurs choix.

Mais voyons comment la responsabilité de nos choix est mise en oeuvre dans le cadre islamique.

Tout d’abord, elle est imposée par la responsabilité punitive chargée des affaires publiques, y compris le devoir d’établir l’ordre. La possibilité de déléguer la responsabilité à une autorité supérieure permet effectivement de prévenir le conflit, ou de le résoudre s’il vient à éclater. Dans la mesure où cette responsabilité disciplinaire vise à prévenir la transgression, elle correspond au hadith (dit du prophète Mahomet). “Pas de mal, pas de dommage”, ainsi qu’au verset du Coran : “Certes, Allah n'aime pas les transgresseurs!” (Coran 2:190).

Ensuite, l’islam place sur chacun de nous une responsabilité morale perpétuelle, qui procède directement de notre rapport à Dieu, qui tiendra l’homme responsable de ses actes au jour du Jugement. Portant le poids de cette responsabilité, l’homme se rappelle qu’il doit respecter les valeurs morales que porte le Coran lorsqu’il promet le pardon divin et la paix éternelle au paradis, ou encore lorsqu’il menace le pécheur de ses foudres. Aucun autre être n’a le pouvoir de punir ou de pardonner. Dieu seul, dans la vie après la mort, juge les actes d’une personne. Chacun doit donc s’efforcer de purifier son âme des désirs et passions de ce monde et de parfaire sa relation à son Créateur.

La représentation islamique de la liberté est cohérente avec l’injonction faite à l’homme par la divinité de façonner son comportement et d’utiliser ses talents et son art dans l’intérêt commun, tout autant que pour son bonheur personnel. Les hommes de savoir, de science et des arts jouissent d’un plus grand respect dans la société parce qu’ils sont capables d’élucider diverses questions et d’agir comme les yeux et les oreilles de la société. De plus, leur rôle concret dans la société rend plus grave leur responsabilité envers les autres.

La poésie, l’écriture et autres formes d’expression artistique sont bienvenues et respectées en islam pour peu qu’elles ne heurtent personne. Toute transgression contre les autres entraînerait une mesure punitive contre l’artiste, car il faut préserver la fibre morale de la société contre toutes les transgressions commises au nom d’une liberté individuelle mal comprise. Nul ne peut revêtir le manteau de l’autorité si ce n’est celui qui exerce l’autorité religieuse.

L’art tire sa valeur de la cause humaine qu’il dessert. A ce titre, l’oeuvre du novateur doit soutenir de justes causes humaines et incarner de nobles et splendides valeurs. Après tout, les rapports entre l’art et l’homme sont réciproques : de même que l’homme vit par l’art, l’art vit par l’homme. Tout art qui porterait atteinte aux idéaux humains de vertu et de vérité et qui dévoierait les aspirations de la société tomberait sous le coup du dit du Prophète Mahomet: Quiconque croit en Dieu et au Jugement Dernier dira ce qui est bon ou gardera le silence.

Dans le cas où une création artistique offenserait une autre personne ou serait un délit puni par la loi, il est du devoir de l’autorité de prendre les mesures expéditives qui s’imposent pour contenir la transgression et prévenir tout conflit qu’elle pourrait déclencher. Il n’est permis à personne de convaincre les autres ou de se persuader lui-même qu’il est envoyé par Dieu pour infliger la punition ou pour faire répondre les autres de leurs actes.

Du point de vue spirituel autant qu’humaniste, l’art qui ne dessert pas des causes humaines est foncièrement inférieur aux canons d’une créativité respectable. Il est par nature de courte durée. Toute tentative d’empêcher ou d’éliminer une telle forme d’expression artistique – ce qu’on appelle parfois l’art pour l’art – est de toute façon vouée à l’échec. Il faut donc plutôt nous efforcer d’apporter une contribution positive à nos sociétés et à notre monde par tous les moyens à notre disposition. Cette manifestation de la liberté d’expression que Dieu nous a donnée atteint les plus hauts sommets.

*Cheikh Ibrahim Ramadan a fait des études à l’Institut Al Azhar de Beyrouth, où il a reçu un certificat supérieur de charia islamique, et un diplôme de jurisprudence comparative (Fiqh) délivré par l’Université Islamique de Beyrouth.


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