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Islam : La dérive inquiétante du sunnisme vers le chiisme

Abdelkarim Chankou - publié le Vendredi 14 Septembre 2012 à 13:30


Qui avalera qui ? Voilà la question que se posaient les musulmans des deux bords depuis la nuit du temps. Dès le début de ce du XXIe siècle, les signes avant-coureurs d’une absorption du sunnisme par la foi de l’ « imamat infaillible » se multiplient un peu partout dans le monde sunnite et aussi parmi les communautés sunnites qui vivent en terres non musulmanes ou laïques. Cette inexorable attraction qu’exerce le chiisme, dont le plus grand foyer est l’Iran, sur le sunnisme, dont la terre de prédilection est l’Arabie saoudite, est facilitée par la montée en puissance en terre des « ahl sunna wa al djamaa » de la branche populaire et à tendance anthropocentriste du sunnisme, appelée « soufisme. »


Islam : La dérive inquiétante du sunnisme vers le chiisme
 Le soufisme est défini par ses adeptes et avocats  comme étant « le cœur de la tradition islamique inaugurée par le Prophète qui vise à l’accomplissement de l’homme sur cette terre, dans le cadre de la religion révélée : l’Islam. L’enseignement spirituel à l’aide d’un guide est une tradition prophétique. »

L’insistance sur l’élément « guide » qui peut être vénérée même de son vivant (une hérésie pour le sunnites) plaide en faveur de la théorie (Ibn Khaldoun) que le soufisme serait dérivé du mot saouf (grosse laine) que les gens humbles et ascètes préféraient  porter comme habits pour se démarquer de ceux qui se vêtissent de soie et de tissus cousu d’or. Selon d’autres penseurs, un fidèle soufi portant une tunique de grosse laine ressemblerait à une brebis (synonyme du fidèle dans d’autres religions notamment le christianisme) docile et obéissante, vivant sous la garde et l’autorité du pasteur qui veille sur sa sécurité spirituelle entre autres par l’enseignement. En résumé, on le voit bien, le soufisme se distingue du sunnisme doctrinal  par la modestie des fidèles ( du mot derviche est issu le mot darwich signifiant en dialecte marocain une personne humble et inoffensive) et la présence d’un guide spirituel vénéré, mort ou vivant, qui joue le rôle de gardien du temple et d’intercesseur entre le fidèle de base et Allah. Or le sunnisme doctrinal  non seulement bannit toute intermédiation entre Allah et le fidèle mais tolère voire encourage le luxe (et non pas le lucre : nuance fondamentale) ; en somme le port d’habits ou de bijoux luxueux. Idem des demeures et des édifices cultuels que le sunnisme aime richement ornés à l’opposé des mausolées et tombeaux soufis chichement meublés et d’aspect austère.

 Seulement cette perfection de l’âme que le fidèle soufi cherche durant sa vie n’est point une abstraction impossible à atteindre ici-bas comme c’est le cas dans le sunnisme doctrinal. Le modèle parfait pour le soufisme existe bel bien sur terre : c’est le guide, mort ou vivant ! C’est à ce point précis que le soufisme rejoint le chiisme où la personne du  guide-imam se caractérise par l’infaillibilité (al issma).

Au lendemain de la mort du Prophète Mohammed, une tendance à l’adorer comme un Dieu était apparue parmi les fidèles. Pour ces premiers musulmans aussi surpris qu’affligés d’apprendre que le Messager d’Allah est mort de fièvre à la soixantaine comme n’importe qui,  le diviniser était donc une façon de se l’approprier, de lui rendre cette vie qu’il a perdue. Une hérésie vite avortée par le premier calife, successeur de Mohammed. Dans son premier discours en tant que calife (An XI de l’Hégire), Abou Bakr Essaddik (Le juste) s’est adressé aux fidèles et compagnons en ces termes :  « Allah a donné à Mohammed une certaine longévité jusqu'à ce qu'il ait pu établir la religion d'Allah, fait triompher la parole d'Allah, transmis le Message et combattu pour Sa cause. Allah a recueilli son âme en cet état et en vous laissant sur ce chemin droit, donc celui qui périra, il périra averti. Quiconque considère qu’Allah est son Seigneur, qu’il sache qu’Allah est vivant et ne mourra pas. Quant à celui qui adore Mohammed et le prend pour divinité qu'il sache que celle-ci est morte. »

Mais cette tendance à diviniser le Prophète Mohammed n’a en réalité jamais totalement  disparu. Par un syncrétisme quelconque avec la religion chrétienne une certaine hiérarchisation s’est introduite dans le soufisme si bien que le Prophète Mohammed s’est retrouvé dans le rôle du Grand guide, juste au dessus des Petits guides des différentes confréries soufies. D’ailleurs chez ces sunnites « soufitisés »,  comme les chiites qui implorent la chafaa (l’absolution des pêchés) de l'imam Ali, croient de la même manière que le prophète Mohammed peut pardonner leurs pêchés le jour de la résurrection. Selon l’imaginaire et la tradition populaires soufis, lors du Jugement dernier le Prophète Mohammed assistera à la pesée des âmes (psychostasie) et fera une place au paradis à tout musulman se sentant en perdition qui implorera sa chafaa. Une « discrimination positive » que ne reconnaît pas le sunnisme doctrinal (1) qui interdit toute imploration en dehors d'Allah.

Signe des temps ou ironie de l’histoire ?  Le nouveau choc crée par la mise sur Internet du film de l’Israélo-américain Sam Bacile « L’innocence des musulmans » a catalysé la remontée en surface de cette dérive latente du sunnisme vers le chiisme par l’entremise, si je puis écrire,  du soufisme. Il suffit d’examiner de près certains slogans écrits, brandis par les foules de  mécontents qui estiment que le film a insulté leur Prophète. Comme le montre la photo, ci-dessus, ces slogans disent presque tous « Tout sauf le Prophète ! » C’est-à-dire que  Mohammed est une ligne rouge à ne pas franchir. Sous-entendu, et c’est là que ça se corse, qu’on peut tolérer tous les blasphèmes, toutes les insultes contre l’Islam sauf les attaques directes contre le Prophète ! En effet, combien de fois le Coran a été brûlé intentionnellement par des provocateurs, combien de fois des minarets de mosquées ont été la cible de tirs au missile notamment en Syrie par les soldats de Bachar Al Assad ? Et j’en passe des meilleures. Sans que ces actes provoquent les mêmes réactions de violences que celles causées par les insultes  directes au Prophète, contenues dans ledit film et aussi dans les fameuses caricatures danoises. Voilà le vrai danger qui menace les musulmans. Ce n’est pas un petit navet comme « L’innocence des musulmans » qu’on a saupoudré de piment de Cayenne pour en relever le goût qui menace  vraiment l’Islam mais cette dérive tranquille du sunnisme ver le chiisme. Cette dérive qui fait de Mahomet un Dieu, ce qu’il n’a jamais été. Amen !


(1)     Evidemment tous les soufis se considèrent comme faisant partie de la grande famille sunnite.



           



Commentaires

1.Posté par Asterixe le 15/09/2012 10:46 | Alerter
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Avec tout mes respects pour sont effort intellectuel, mais il est claire que l'auteur n'a rien compris ni du sunnisme, ni du soufisme ni même du chiisme, beaucoup d'erreurs historiques et théologiques...

les musulmans (chiite ou sunnites) ne vénèrent pas Mahomet comme un divinité mais le glorifie comme envoyé de Dieu et sceau de tout les prophètes..

la chafaa n'est pas une demande d'absolution des pêchés mais la demande d'intersession auprès de Dieu... croyance accpetée par tout les musulmans quelque soit leur doctrine.

Chez les historiens musulmans (dont ibn khaldun dans sa mukaddima) l'appellation tasawuf peut avoir deux origines : le souf (laine) signe de renonciation ou de safaa qui veux dire pureté... aucune allusion quelconque au brebis...

beaucoup d'erreur, et une volonté tordue de parallélisme avec le christianisme


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