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par Karim Raslan - CGNEWS - publié le Vendredi 15 Octobre à 06:00

Inspiré par l’Indonésie




Jakarta - Bien qu’étant une simple compilation d’anciens articles et d’essais sur différents aspects de l’Indonésie, la préparation de la publication de mon livre qui sort prochainement, Ceritalah : Indonesia (Indonésie, raconte-moi une histoire) m’a permis de relativiser les choses. Cela m’a forcé à prendre du recul pour réfléchir et réévaluer mes choix dans la vie.



De mon point de vue de Malaisien vivant en Indonésie, sélectionner des articles pour mon livre est devenu un exercice très difficile au vu des événements qui se sont récemment produits – notamment l’arrestation au mois d’août de trois officiers indonésiens par les autorités malaisiennes dans les eaux territoriales disputées, ce qui n’a fait qu’empirer les tensions existantes entre l’Indonésie et la Malaisie.

Je dois me demander : qu’est-ce que je fais ici ? Pourquoi me donner tant de mal ? Est-ce qu’on va me chasser ? De toute façon, cela m’a fait du bien de faire le point. Effectivement, on me demande souvent pourquoi moi le Malaisien élevé en Grande-Bretagne, juriste devenu écrivain, suis si intéressé – et même obsédé – par l’Indonésie.

La première fois que je suis venu en Indonésie, c’était en 1995. A l’époque, Jakarta avec sa dimension et son côté simplement invraisemblable m’avait stupéfait. En explorant le pays, j’ai naturellement commencé à comprendre et à apprécier la diversité que j’y rencontrais. D’autant plus que je venais de Malaisie, un pays où les questions de diversité de culture, de langage et de religion ont été balayées par le gouvernement réactionnaire, à dominance malaise et musulmane.

En effet, j’avais été fasciné par le sens d’unité nationale des Indonésiens, ou kenusantaraan. Ma fascination grandissait à mesure que j’apprenais que cela pouvait aussi toucher quelqu’un comme moi, toujours en mouvement et en déplacement. Etre indonésien est une attitude. C’est une identification, qui met en valeur l’engagement envers la nation plutôt qu’à l’ethnie. L’identité est en mouvement, elle évolue. Elle n’est pas monolithique. Elle a changé, elle peut changer et changera.

L’archipel a été pour moi une grande source d’inspiration et j’ai eu la grande chance de pouvoir y connaître des tas de gens de tous horizons. A Jakarta, Bali, Palembang, Pontianak et bien d’autres endroits encore, j’ai rencontré des chanteurs, des fermiers producteurs d’huile de palme, des vendeurs de bakso (soupe de boulettes de viande), des banquiers ou encore des instituteurs. Chacun m’a ouvert sa vie à sa façon, m’offrant ainsi une source précieuse d’inspiration pour mes articles et mes livres.

Rencontrer des gens des quatre coins d’Indonésie et écouter leurs histoires m’a aussi aidé à mieux comprendre ma propre identité, à me rendre plus conscient des difficultés qui existent en Malaisie et à m’expliquer le trajectoire lente de ce pays vers le sentiment d’identité nationale et le fait que celui-ci reste un rêve inaccompli, en comparaison à ce qu’il en est en Indonésie. Le sens d’identité nationale est très étroit en Malaisie. Nous distinguons races et religions et les barrières –renforcées par des interprétations sélectives de notre constitution – paraissent insurmontables.

En Indonésie, au contraire, l’identité nationale a un caractère « ouvert » et changeant. Grâce à cette capacité d’être férocement indépendant tout en étant tolérant, sa population a pu survivre à des décennies de dictature et de tensions sectaires.

La situation a évidemment beaucoup changé depuis cette époque de dictature. La brutalité et la corruption du régime de Suharto et de son Nouvel Ordre – caractérisé par une armée forte et une société civile faible – ont été remplacées par une démocratie chaotique mais néanmoins authentique dans laquelle la société civile précoce est en plein essor.

En effet, l’Indonésie sera bientôt à son apogée, le pays est non seulement sur le point de devenir très prospère mais aussi d’être le seul à pouvoir rassembler les civilisations du monde apparemment en discorde. Et tout cela en maintenant son individualisme farouche – la bataille entre ce qu’on tolère et les conventions – considéré comme essentiel au caractère indonésien par le grand poète et journaliste Goenawan Mohamad.

Tout n’est évidemment pas rose en Indonésie.

Plusieurs actes de discrimination religieuse y ont été récemment commis. Les dernières en date, des attaques contre deux membres d’une église protestante chrétienne Batak à Bekasi à Java Ouest, perpétuées par un groupe de musulmans extrémistes, montrent que l’Indonésie a encore du chemin à parcourir pour l’intégration de ses habitants d’origines différentes.

Par ailleurs, Susilo Bambang Yudhoyono entre dans une phase critique de son mandat présidentiel. Les prochains mois vont être décisifs en terme de sa capacité à diriger l’Indonésie vers le monde développé – un défi formidable pour ce dirigeant au caractère bien trempé.

C’est sur cette toile de fond, dans ce contexte de mélange de sentiments, d’idées et de possibilités que j’ai décidé d’écrire Tell Me a Story, Indonésia (Indonésie, raconte-moi une histoire).

Le livre – qui est le cinquième ouvrage que je publie depuis mon retour en Asie du Sud-Est, est différent des autres car il est le premier – et sans doute pas le dernier - à être entièrement consacré à l’Indonésie. Il sera en vente dans le pays dans quelques jours.

Ce n’est pas la dernière fois que j’écrirai à propos de ce pays fascinant et incroyable, où la vie continue avec ses hauts et ses bas ; ce pays qui gagne du terrain sur l’échiquier international, et à propos duquel j’espère pouvoir raconter encore bien des histoires et que j’ai fini par aimer tant.

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* Karim Raslan est un journaliste qui vit entre la Malaisie et l’Indonésie. 


Tagué : cgnews

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