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Brian Hanley - publié le Samedi 25 Juillet à 14:54

Indonésie : il reste du pain sur la planche






Djakarta - Le 8 juillet, l’Indonésie a organisé sa deuxième élection présidentielle au suffrage direct depuis qu’elle a embrassé la démocratie en 1998. Venant au quatrième rang des pays les plus peuplés, avec plus de 240 millions d’habitants, l’Indonésie est la troisième démocratie du monde et la patrie de la plus nombreuse communauté musulmane. Les enjeux sont donc élevés.

L’extrémisme religieux en particulier continue de hanter les Indonésiens, et, par extension, le monde entier, comme en témoigne la récente condamnation d’une cellule terroriste à Palembang, dans le sud de Sumatra.

Un groupe de dix hommes a été condamné pour le meurtre d’un éducateur chrétien de la localité et pour avoir secrètement programmé des attaques concertées à grande échelle sur des cibles civiles dans d’autres régions du pays.

Si cette affaire a démontré qu’il est relativement facile de recruter des petits groupes de jeunes hommes et de les motiver à participer à des actes de violence politique, elle a également démontré que le gouvernement est bien décidé à ne pas céder au terrorisme.

Java, l’île la plus peuplée du monde avec ses plus de 130 millions d’habitants, pose un problème particulièrement aigu. L’organisation Jemaah Islamiyah (communauté islamique), qu’on appelle souvent l’Al Qaeda de l’Indonésie en raison de ses pratiques de formation et de son rôle dans les attentats de Bali de 2002 et 2005, s’est dotée d’une industrie de l’édition florissante qui lui permet de recruter de nouveaux adeptes en vue de la réalisation de son objectif final : l’instauration d’un califat mondial qui unirait toutes les nations musulmanes.

Des millions de jeunes, dans toute l’Indonésie, en sont les cibles.

Depuis Aceh, où les principes islamique ont été intégrés dans le droit local, donnant lieu à des troubles parmi une population très hétéroclite, jusqu’au centre des Célèbes, où communautés chrétienne et musulmane se polarisent en permanence depuis que la violence a mis la région à feu à sang il y a plusieurs années, ou encore au Papua, où chrétiens et animistes s’affrontent avec les musulmans dans un combat pour une “île chrétienne dans une nation musulmane”, les tensions religieuses portent en elles tout ce qu’il faut pour empêcher la marche en avant de l’Indonésie.

Les prisons, les universités et les pesantren (internats islamiques) sont particulièrement vulnérables à la radicalisation. Les recruteurs extrémistes cultivent le mépris des jeunes pour le gouvernement et l’Occident, exploitant leur ressentiment pour faire avancer leur cause, habilement présentée comme le seul discours authentiquement islamique.

Bien que les problèmes paraissent redoutables, de nombreux groupes travaillent déjà sur des solutions.

De nombreuses organisations de la société civile s’activent pour promouvoir la tolérance religieuse, le pluralisme et l’entente par l’éducation, les médias et des activités de conscientisation dans les zones les plus vulnérables. Ces activités portent notamment sur la confection des programmes scolaires dans les pesantren et les universités pour faire comprendre aux étudiants, aux lettrés, aux journalistes et aux dirigeants religieux que l’islam est compatible avec le respect des droits de la personne et le pluralisme religieux.

Le gouvernement s’est aussi attaqué aux principaux points névralgiques pour y combattre le radicalisme. Ainsi, l’administration pénitentiaire a lancé des programmes novateurs visant à prévenir et à endiguer la radicalisation dans les prisons, en dispensant aux administrateurs, aux gardiens et aux détenus, une formation qui associe théologie et gestion des conflits.

On constate quotidiennement que des dizaines de milliers de jeunes s’adonnent à l’”autoradicalisation” sur Internet. Les visites sur les sites extrémistes montent en flèche en Indonésie, aussi le prochain président aura-t-il le devoir d’empêcher l’enracinement de l’extrémisme en apportant son soutien aux médias novateurs et aux initiatives citoyennes travaillant à la réconciliation nationale et au recul de la violence.

La communauté internationale peut, elle aussi, s’interposer contre la marée montante de l’extrémisme. L’aide au développement, un soutien technique à une presse encore chancelante (quatrième pilier de la démocratie), les études et échanges interculturels et un travail d’apaisement en profondeur contribueront à rapprocher des communautés disparates et à cicatriser les blessures résultant de longues années de violence dans les régions en proie aux conflits.

Menées de front, ces initiatives aideront l’Indonésie à réaliser pleinement son potentiel en tant que société moderne et pluraliste.

Selon tous les indicateurs, le président en exercice devrait faire de bons résultats dans ce scrutin, dans la foulée de la réussite remarquable de son Parti démocratique lors des législatives d’avril, qui se sont d’ailleurs déroulées dans un climat exceptionnellement calme. De toute façon, quel que soit le vainqueur, la prochaine administration devra muscler sa politique à l’égard de l’extrémisme religieux et de la violence sous toutes ses formes. Le soutien de la société civile du pays tout entier lui sera indispensable dans cette lourde tâche.

Lors de sa mission à Djakarta en février, la Secrétaire d’Etat Hillary Clinton avait déclaré : “si vous voulez savoir si islam, démocratie, modernité et droits de la femme peuvent coexister, venez voir en Indonésie”. Certes, elle a raison de donner l’Indonésie en exemple au reste du monde musulman. Mais il y a encore du pain sur la planche.

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* Brian D. Hanley est le directeur du programme de Search pour Common Ground’s en Indonésie. Article paru d’abord dans On Faith du Washington Post/Newsweek, écrit pour le Service de Presse de Common Ground (CGNews).


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