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CGNews, Kim Brouwers,Caitlin Kelly,Sofia Seer - publié le Jeudi 11 Octobre à 12:10

Immigration: le brassage perpétuel des sociétés




Kim Brouwers, Caitlin Kelly et Sofia Seer- Les migrations et les mouvements de populations sont des phénomènes naturels qui se sont produits depuis la nuit des temps.



La création des frontières d'Etats et, ces dernières années, le souci accru de sécurité, ont restreint les déplacements de personnes. Dans le même temps, cependant, les progrès des transports et de la technologie ont rendu l'immigration beaucoup plus aisée. Ces innovations technologiques et ces nouveaux moyens de communication permettent désormais aux gens de migrer tout en gardant le lien avec leur pays natal.

Les immigrants trouvent souvent dans les pays d'accueil des enclaves où vivent des personnes qui partagent leurs caractéristiques ethniques ou culturelles; ils regardent les programmes des télévisions étrangères transmis par satellite; ils communiquent avec leurs familles par téléphone et par l'internet; ils leur est beaucoup plus facile de retourner visiter leurs pays d'origine. Dans ces conditions, une question d'importance se pose: comment les nations peuvent-elles préserver leur identité culturelle? Et plus: la protection d'une identité culturelle peut-elle encore être considérée comme un idéal, vue la nature de plus en plus multiculturelle des sociétés partout dans le monde ?

Les Pays-Bas, les Etats-Unis et les E.A.U. recouvrent tout le spectre de la présence d'immigrants au sein d'une culture dominante. Les Pays-Bas ont un long passé d'assimilation des immigrants dans la société néerlandaise. Les Etats-Unis se situent quelque part vers le milieu du spectre, avec, d'une part, une langue et une culture dominantes et, d'autre part, la réputation d'être un "melting-pot" de différentes nationalités. Dubaï, qui fait partie des Emirats Arabes Unis (UAE), occupe le pôle opposé: la majorité de la population est constituée d'immigrants qui vivent temporairement à Dubaï, sachant qu'ils vont travailler en parallèle avec la culture et la société locales sans y être intégrés.

De fait, la population native est si peu nombreuse que le gouvernement a lancé un plan d'action appelé "émiratisation", établissant des quotas de citoyens émiriens qui doivent obligatoirement être employés par une société ou une industrie. Il y a peu encore, la politique d'immigration des Emirats se limitait à distribuer des visas de travail, n'octroyant que rarement la citoyenneté. Mais à présent Dubaï a commencé à vendre des propriétés à des étrangers dans certaines localités. Ce qui signifie qu'une certaine population d'immigrants riches va se fixer à Dubaï, poussant ainsi des racines pour les générations à venir.

En définitive, cette partie de la population en viendra à demander d'exercer davantage d'influence et de participer aux affaires locales. Les Emirats devront alors introduire des réformes démocratiques et même permettre à des immigrants de participer au gouvernement, au moins au niveau municipal. Cela nécessitera aussi que les identités locales traditionnelles se brassent avec les identités culturelles des Emiriens nouvellement installés.

Reste que la politique appliquée aux travailleurs migrants continue de séparer les populations et les cultures issues de l'immigration et les habitants de souche. Compte tenu du rôle décisif des classes laborieuses dans l'économie de Dubaï, la politique gouvernementale gagnera beaucoup à se montrer plus souple à l'égard de cette partie de la population.

Si on se tourne vers les Etats-Unis et l'Europe, on constate que l'objectif principal est de réduire les tensions d'intégration entre la minorité d'immigrants et la population du cru. De nombreux immigrants sont attirés par l'Amérique, croyant que l'identité culturelle du "melting-pot " leur permettra de devenir de vrais "Américains" tout en gardant certains traits de leur culture d'origine. Mais dans la pratique ce processus ne se passe pas toujours sans heurts.

Pour parvenir à cet objectif, l'éducation est capitale. Par l'élévation du niveau d'instruction des immigrants, les métiers que ceux-ci exercent dans l'économie deviendront plus variés et feront reculer les préjugés qui associent les immigrants à des tâches subalternes et qui les dépeignent comme drainant à leur profit les mécanismes nationaux d'assistance.

L'école publique devrait aussi instruire les élèves, tant au primaire qu'au secondaire, sur l'islam, sur la politique au Moyen-Orient et sur d'autres cultures, faisant en sorte que l'Américain ou l'Européen moyen puisse avoir accès à une information objective, raisonnée, sur les populations d'immigrants.

A mesure que la proportion grandissante des populations d'immigrants deviendra plus instruite, celles-ci auront aussi tendance à s'impliquer davantage dans les activités politiques. C'est ainsi que, lors des dernières élections en France, le pourcentage d'immigrés dans les isoloirs a sensiblement augmenté par rapport aux consultations précédentes. Aux Pays-Bas un Marocain et une Turque ont été élus au gouvernement. Avec l'augmentation du niveau d'éducation et de revenu des groupes minoritaires, le montant des fonds qu'un candidat de la minorité peut lever pour sa campagne augmente aussi. C'est un facteur décisif dans les élections américaines.

A mesure que les nouveaux citoyens réussissent dans l'économie et dans la politique, leur aptitude à trouver un moyen terme socialement acceptable entre leur identité culturelle d'origine et celle de leur nouvelle patrie s'améliore également.

Pour autant, des événements comme le 11 septembre 2001, l'assassinat du cinéaste hollandais Theo van Gogh ou le massacre commis à l'Université de Virginia Tech par un résident étranger de nationalité coréenne sont de nature à provoquer des tensions. Malheureusement ces actes publics de violence font craindre que la culture des immigrants puisse exercer une influence néfaste sur les sociétés qui les accueillent, faisant ainsi naître le sentiment que ces identités culturelles doivent être éliminées.

Cependant, à une certaine époque de l'histoire, les immigrants étrangers en Amérique – qui aujourd'hui forment une partie importante de la population américaine – ont eu, en tant qu'étrangers, à faire face à des persécutions. Ils se sont aussi trouvés impliqués dans des gangs et dans des actes de violence. Aujourd'hui, pourtant, ils sont considérés comme faisant partie intégrante de la société et de la culture américaines.

C'est ainsi que toutes les nations peuvent puiser dans leur propre histoire les enseignements qui leur permettent d'apprécier le changement intervenu dans leurs propres sociétés et d'accepter le fait que les sociétés, les peuples et les cultures ont toujours été, et vont continuer d'être, soumis à un brassage perpétuel.

* Kim Brouwers étudie les relations internationales à l'Université d'Amsterdam. Caitlin Kelly, diplômée de l'Université de Georgetown, une licence (BSc) en affaires étrangères, est chargée de cours au sein du programme « Princeton in Asia » . Sofia Seer poursuit des études spécialisées en relations internationales à l'Université Américaine de Sharjah. A trois elles ont rédigé cet article, dans le cadre du programme de dialogue interculturel du Projet Soliya de relations islamo-occidentales.



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