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Omar Alaoui - publié le Samedi 8 Décembre à 16:30

Ils ont voté et puis, après ?




C’était il y a tout juste un an. Les marocains, ou du moins, ceux qui étaient inscrits sur les listes électorales avaient rendez vous avec l’Histoire. Les élections législatives anticipées du 25 novembre se voulaient être une date incontournable dans la construction démocratique marocaine.



Ils ont voté et puis, après ?
Au lendemain d’une réforme constitutionnelle majeure, et dans le contexte agité du printemps des peuples arabes, ces élections allaient inscrire le Maroc dans une nouvelle dynamique.
Malheureusement, le parti de l’abstention a encore une fois était le grand vainqueur de ce scrutin.
Si les « islamistes modérés » du PJD ont en effet obtenu 27% des voix exprimées, ce parti ne représente que 5% des voix des marocains. Loin de tout tsunami électoral, le PJD a quand même pris les reines d’une coalition gouvernement hétérogène, abandonnant ainsi ses promesses électorales.
Les élections du 25 novembre s’inscrivaient dans ce que l’on peut qualifier de « crise de la gouvernance mondiale ».
En effet, la crise économique et financière internationale et les divers politiques de rigueur et d’austérité ont provoqué un déchirement brutal entre les gouvernants et les gouvernés.
Ce déchirement se traduit par un déficit de confiance des uns envers les autres et qui mène in fine vers une rupture totale ou partielle entre les citoyens et les partis traditionnels.
C’est cette crise de la gouvernance mondiale qui est en partie responsable de la montée du Mouvement du « Tea Party » aux Etat-Unis ou de l’extrême droite xénophobe et populiste en Europe ou même encore de la montée en puissance du leader populiste Jean Luc Mélanchon en France.
Dans le monde arabe, la crise de confiance entre les citoyens et les partis classiques a permit aux partis islamistes et à leurs leaders populistes et démagogues d’accéder au pouvoir, ou du moins aux affaires.
Bien que l’on ne puisse pas nier le mérite qu’a le PJD d’avoir mené une politique de proximité, des années durant, dans les quartiers les plus populaires, la victoire de Benkirane est dû à la volonté de « changement » qu’espérait de tout cœur le peuple marocain, dans un contexte régional marqué par la montée en puissance des forces islamistes. Benkirane a donc fait campagne sur le thème du changement.
Changement par rapport aux pratiques anciennes, aux petits arrangements de la politique politicienne, à l’ignoble corruption qui ronge notre pays. Oui, le leader islamiste avait bien promis le changement au peuple marocain. Changement il y a eu, mais pas tel qu’il avait été annoncé.
Un an après, nous sommes face à une situation inédite, face à un chef de gouvernement qui surprend, intrigue, inquiète.
Si le vote PJD lors des élections législatives anticipées du 25 novembre 2011 était bien un vote « Benkirane », nous parlions alors de personnification du vote PJD, un an après, il y a et bel et bien aujourd’hui une personnification du pouvoir, une fois de plus en la personne de Benkirane.
Benkirane, leader charismatique et autoritaire, relègue au second rang ses ministres qui semblent être plus des collaborateurs que des décideurs.
C’est ce que le socilogue Max Weber définissait comme la domination charismatique, soit la reconnaissance par les membres d’une société du caractère unique et exceptionnel du leader qui lui donnerait le droit de gouverner car distinct et supérieur aux autres membres de la société.
On assiste aussi à un changement dans la forme de l’exercice du pouvoir :
Un chef de gouvernement qui semble déserter la fonction, parlant tour à tour comme un chef de clan ou comme un religieux.

Un chef de gouvernement qui veut mettre la politique en chiffres, comme s'il s'agissait de vendre des bananes.

Un chef de gouvernement qui monopolise, sans crier gare, l’ensemble des chaînes publiques pour s’adresser à la Nation.
Un chef de gouvernement qui ose menacer le peuple marocain avec le spectre du printemps démocratique et de la rue arabe.

Un chef de gouvernement qui prétend substituer au débat contradictoire traditionnel entre majorité et opposition parlementaire la mise en scène des polémiques de ses députés.
Un chef de gouvernement qui refuse la satire, la critique et la caricature, pourtant piliers de la politique moderne et bases de la liberté d’expression.
Un chef de gouvernement qui affirme affronter des démons et des crocodiles, tel un « Don Quichotte barbu ».
La liste est longue des stupéfiantes « innovations », des pratiques nouvelles, que, volontairement ou non, Abdelilah Benkirane a introduit sur la scène politique nationale.
Ce nouveau style de politique suscite donc des inquiétudes, une anxiété au sein de la société civile et auprès de la population marocaine.
Des inquiétudes renforcées par la réalité économique de notre pays, celle d’indicateurs au plus bas et du risque d’une nette dégradation financière. Il en va aujourd’hui de l’indépendance et de la stabilité financière de notre chère Patrie.
Il y a depuis un an au Maroc un climat de doute, de méfiance. Et la personnalité du chef de gouvernement n’est pas là pour rassurer les citoyens inquiets par cette situation inédite, unique.
Abdelilah Benkirane a ce petit grain de folie, ce cynisme déroutant, celui des éternels opportunistes, des tribuns incontrôlables, des petits agitateurs, des arrivistes.
Pourtant, ce gouvernement a tout intérêt à réussir, car la situation peut changer brusquement, basculer sévèrement. Les partis politiques peuvent s’effondrer, s’éteindre.
La décomposition d’une société sclérosée peut déboucher sur de violents mouvements sociaux et sur des poussées vers les extrêmes qui menacent notre choix démocratique et la cohésion sociale : l’extrémisme islamiste d’Al Adl Wal Ihssane et leur terrible « rêve » d’un califat islamique et la Gauche radicale d’un Annahj Dimocrati à l’agenda anarchique sont des dangers permanents.
Des confrontations politiques, sociales et sociétales sont à prévoir, tant dans l’arène politique que sur la scène publique. Il faudra alors en appeler au pragmatisme, à la raison, au calme et renouer enfin avec la confiance.
Au lendemain des élections, j’avais fait le triste constat que la campagne électorale ne s’était pas faite sur le terrain des idées.
Il n’y a pas eu de débats sur les grands enjeux socio-économiques, sur la moralisation de la vie publique, sur les grands chantiers structurels et sur la façon dont devra s’exercer le pouvoir du gouvernement.
La campagne électorale était un folklore, elle s’est jouée sur la forme et non sur le fond. Dans une vision manichéenne, bien loin de la réalité, les marocains se sont vus donner le choix entre un PJD qui promettait monts et merveilles et un G8 décrédibilisé par les journaleux donneurs de leçons et tous les bien-pensants. Il n’y a pas eu de débats d’idées, démocratique et citoyen.
La personnification des élections a trompé les marocains et l’Histoire a été injuste envers certaines personnalités publiques, et je pense ici plus particulièrement à Salahedinne Mezouar, dont les performances économiques ne sont plus à prouver.
Aujourd’hui, face à l’inaction d’un gouvernement mené par un PJD, qui prônait le changement et la rupture avec les pratiques d’antan et qui compte en son sein comme principal partenaire un Istiqlal, symbolisant la corruption, l’affairisme et le clientélisme, les marocains sont en droit de s’interroger sur la supercherie dont ils sont les malheureuses victimes.
Car pendant que Benkirane et ses Ministres s’agitent, à coup d’effets d’annonce et autres buzz médiatiques, la terrible machine de l’infâme corruption, de la magouille et de la politique politicienne de bas étages continue de rouler dans un Maroc où le peuple perd espoir, perd confiance, perd patience.
La stratégie populo-populiste de Benkirane et ses camarades ne mènera pas le gouvernement bien loin.
Avec l’élection du « roturier » Hamid Chabat à la tête de l’Istiqlal, Benkirane voit sa popularité concurrencée par un autre tribun au caractère bien trempé.
Déjà, Chabat, rejoint par certains dirigeants du Mouvement Populaire, a ouvert la boite de Pandor du remaniement ministériel ! Les demandes de remaniement laissent toujours sous entendre une certaine forme d’insatisfaction.
Un remaniement est bien plus qu’un ajustement, c’est reconnaître publiquement des erreurs de casting et des lacunes en terme de résultats. Chabat sonnera t-il le glas du gouvernement Benkirane ?
La situation politique que nous vivons actuellement va laisser des cicatrices très profondes.
J’ose espérer que la politique spectacle du gouvernement Benkirane ne sera qu’une parenthèse dans l’Histoire de mon pays, une page que les marocains tourneront rapidement. Les sciences politiques sont inexactes, incertaines.
En temps normal, les défaites électorales rendent les dirigeants politiques stupides, entêtés. On a rarement vu dans l’Histoire du monde politique qu’une formation politique soit grandie par un échec, la preuve en est aujourd’hui avec la crise interne que vit l’UMP (France).
Rares sont celles qui réussissent à renaître de leur cendre. Au contraire, les partis se crispent, leurs leaders se chamaillent, chipotent, se reprochent réciproquement la défaite.
Pourtant, au Maroc, les trois partis de l’opposition parlementaire (RNI, PAM, USFP) se rachètent une virginité, une deuxième jeunesse, dans l’exercice qui est le leur aujourd’hui.
Il va falloir construire une alternative politique crédible et sérieuse, qui s’inscrirait dans l’héritage d’une longue tradition marocaine d’ouverture, de tolérance et du respect d’autrui.
Une alternative qui réconciliera la population, et plus particulièrement la jeunesse, et la politique.


Tagué : Omar Alaoui

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