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par Asghar Ali Engineer - CGNEWS - publié le Mercredi 9 Juin à 10:36

Il faut recadrer les droits des minorités pour notre époque






Mumbaï - L'exercice d'une discrimination à l'égard des minorités religieuses dans les pays à majorité musulmane est un problème qui ne veut pas partir. En Arabie Saoudite, par exemple, les non-musulmans n'ont pas le droit de construire de lieux de culte, ni d'introduire leurs saintes écritures dans le pays, sous peine de se les faire confisquer par la douane. Dans d'autres pays musulmans, les chrétiens et les hindous se font régulièrement discriminer et agresser.

Ces pratiques n'ont rien à voir avec les droits dont devraient jouir les non-musulmans dans les pays où les musulmans représentent la majorité de la population. L'obligation impérative faite aux musulmans de traiter les minorités en leur sein avec justice est consacré depuis les premiers temps de l'islam dans les deux grands concepts que sont la dhimmitude et la jizya, tous deux largement pratiqués jusqu`à une époque relativement récente.

Le terme dhimmi se réfère historiquement à une personne ou a un groupe dont les musulmans doivent assurer la sécurité et la protection. A ce titre, les juifs, les chrétiens, les zoroastriens et autres minorités religieuses entraient dans la catégorie des dhimmi. Comme les musulmans étaient soumis à la zakat, ou aumône obligatoire, dont les dhimmi étaient par définition exemptés, les non-musulmans étaient soumis à la jizya, ou impôt compensatoire, en contrepartie de l'exemption du service militaire et de la protection qu'ils recevaient. Mais cette pratique est désormais révolue dans tous les pays musulmans.

N'oublions pas que les concepts de dhimmitude et de jizya, par définition, doivent être replacés dans leur contexte. Tout comme le concept d'esclavage, on le comprend, ils n'ont plus leur place dans un contexte contemporain. Bien que le Coran ait invité les fidèles à libérer leurs esclaves et ait accordé à cet acte une haute valeur morale, il n'est pas allé jusqu'à en demander l'abolition – et pourtant aucun musulman ne sanctionnerait aujourd'hui cette pratique.

Si, à l'époque où elles étaient pratiquées, la dhimmitude – notion qui ne figure même pas dans le Coran – et la jizya étaient en avance sur leur époque, il n'en va pas de même aujourd'hui, tant s'en faut.

De toute façon, les concepts d'Etat démocratique et de citoyenneté, tels que nous les entendons aujourd'hui, n'existaient pas. Le Coran avait édicté des règles de cet ordre pour organiser la formation initiale de la société, toutes évidemment inspirées de principes religieux, qu'ils fussent à l'origine juifs, chrétiens ou islamiques. Au lieu de les critiquer aujourd'hui en les mesurant à l'aune de nos valeurs modernes de démocratie et de citoyenneté, nous devrions reconnaître qu'elles avaient leur raison d'être dans leur contexte historique et géographique.

A notre époque contemporaine, il faut remplacer les concepts de dhimmitude et de jizya par ceux d'égalité des citoyens et d'égalité devant l'impôt. Le concept de "sujet" c'est effacé devant celui de "citoyen". La discrimination contre les minorités religieuses n'est plus permise par les traités internationaux, tous les pays du monde étant liés par la Déclaration universelle des Droits de l'Homme des Nations Unies qui interdit ces pratiques.

Dieu a toujours voulu qu'une société multiconfessionnelle existe dans la paix, car le Coran dit: “Si Dieu avait voulu, certes Il aurait fait de vous tous une seule communauté. Mais Il veut vous éprouver en ce qu'Il vous donne”. (5.48). De plus, la liberté de conscience (“Nulle contrainte en religion!” au verset 2.256) et la justice sont des principes importants, que chaque musulman doit reprendre à son compte dans ses rapports avec les fidèles d'autres croyances, et qui doivent inspirer la conduite de la politique dans les pays à majorité musulmane.

En conséquence, dans les pays musulmans où les minorités sont l'objet de pratiques discriminatoires, les juristes musulmans qui conseillent en matière politique et juridique devraient se souvenir de ces principes et encourager un traitement juste et équitable des majorités et des minorités. Tout juriste qui serait favorable à des lois ou des taxes fondées sur une discrimination d'ordre religieux devraient faire preuve d'ouverture d'esprit pour s'adapter aux évolutions qui se produisent autour de nous.

Dans notre monde moderne, aucune discrimination fondée sur la religion ne doit plus exister. Pour que cela soit, nous devons mutuellement promouvoir et protéger les droits de chacun. Les majorités religieuses doivent veiller qu'aucune injustice ne soit faite aux minorités – tandis que les minorités, à leur tour, doivent se rapprocher des majorités, au sein de leurs sociétés, pour favoriser un changement positif et l'avènement de la justice.

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* Asghar Ali Engineer, théologien musulman indien qui œuvre à la compréhension et à la paix interreligieuses, a reçu en 2004 le Prix Nobel alternatif (Right Livelihood Award) en Suède.


Tagué : MINORITE

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