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Omar Alaoui - publié le Lundi 7 Janvier à 11:55

« Il faut être absolument moderne »




Le titre de cette tribune renvoie au poème « Adieu », extrait du recueil « Une saison en enfer » du poète français Arthur Rimbaud.



« Il faut être absolument moderne »
On parle souvent du concept de « modernité » au Maroc, et du « modernisme », souvent à tort et à travers, souvent sans en comprendre l’essence, les enjeux et la nécessité. Souvent, et au nom de vieilles postures d’un autre temps, on s’y oppose, argumentant sur l’importance des traditions, de nos origines. Stupidement, on oppose à la modernité l’Islam, on les veut incompatibles, irréconciliables. En bref, la modernité fait débat, et ce débat fait rage au Maroc. Quel en est le réel contenu ? Comment simplifier l’offre politique que la modernité représente ? Cette tribune va tenter, brièvement, de vulgariser le modernisme et de le rendre accessible à tous ceux qui s’enferment dans une vision manichéenne des choses.

Etre moderniste, c’est être un individu libre qui s’approprie ses droits et ses devoirs, c’est devenir un citoyen souverain. Etre moderniste c’est croire en les grandes libertés, mais surtout en sa propre liberté individuelle. C’est faire le culte de la Raison, et toujours réfléchir selon la « rational choice theory ». Etre moderniste c’est croire au progrès, aux avancés humaines, scientifiques et technologiques et refuser les superstitions et les traditions obsolètes. Etre moderniste, c'est être partisan de la théorie du "désenchantement du monde" de Max Webber. Bien sûr, la définition du « modernisme » est plurielle, complexe et vaste mais il est de notre devoir de nous l’approprier et de l’articuler à la lumière des enjeux qui nous incombent aujourd’hui. Etre moderniste, c’est souhaiter que chacun soit libre de mener sa vie comme il l’entend sans entraves et sans barrières. Etre moderniste c’est s’associer à autrui, accepter l’Autre et non le rejeter, être tolérant et ouvert d’esprit. Etre moderniste c’est vouloir contribuer coûte que coûte à la dynamique d’une société civile forte et pro active. Etre moderniste, c’est croire en la balance entre les droits et les devoirs. Etre moderniste, c’est être conscient de la notion de « responsabilité » au sein d’une société, celle que l’on en a envers son voisin, envers son prochain. Il y a donc une culture politique de la modernité.

Car oui, la politique doit s’adapter à chacun parce que l’homme doit être au cœur de la chose publique, de la vie de la Cité et de toutes les politiques publiques. Le modernisme c’est être pleinement conscient des grandes mutations du monde, de la complexité des crises multiformes qui touchent à la fois le monde arabe et l’Occident et de ce que nous devons faire pour les résoudre et les dépasser.

Etre moderniste c’est refuser l’esprit de système, la pensée unique ou l’idéologie. Depuis la chute du mur de Berlin et l’effondrement du bloc de l’Est, nous assistons à la fin des idéologies, théorie cher à Bell, Boudon et Aron. Sans pour autant avoir atteint la fin de l’histoire de Francis Fukuyama, nous ne vivons plus dans un monde marqué par les confrontations d’idéologies antagonistes. Le libéralisme, bien que remit en question aujourd’hui par la crise financière et économique internationale, est l’unique système de pensée qui domine le monde et le communisme, qui régnait sur la moitié du globe il y a peu, est désormais obsolète et « has been ». La naissance et le développement des nouveaux mouvements sociaux viennent anéantir toute chance de renaissance des idéologies. Au Maroc, et dans le monde arabe, le clivage idéologique classique entre la « Droite » et la « Gauche » n’est pas adapté. Cette classification politique n’est valable que dans certains pays européens et bien loin des réalités socio-politiques marocaines. Si un clivage doit exister au Maroc c’est bien celui entre conservateurs et modernistes. Un clivage qui se manifeste non seulement sur le champ politique mais également au sein de la société civile, des médias et des classes socio-professionnelles.

La devise de Rimbaud prend tout son sens aujourd’hui au Maroc, dans un contexte marqué par la montée en force des ultra-conservateurs. Au lendemain du petit « tsunami » du PJD aux élections législatives anticipées de 2011, j’ai ressenti une nécessité d’être « absolument moderne ». Lors de l’enterrement du cheikh Yassine, et ce jour là plus que jamais, j’ai ressenti une urgence d’être « absolument moderne ». Le Mouvement Justice et Bienfaisance, qui rêve d’installer au Maroc un califat islamique, est incontestablement la plus grande force de mobilisation citoyenne. Si leurs tristes rêves prenaient vies, Justice et Bienfaisance sonnerait le glas de tout élan de modernité au Maroc. Etre « absolument moderne » ne doit pas être un simple slogan, mais bien une réalité, un appel au sursaut citoyen. Prononcer ce « il faut », l’ordre de Rimbaud, c’est déjà faire l’effort de la conquête des esprits. Car oui, la modernité n’est pas acquise et chaque jour la montée des populismes et des conservatismes nous le prouve. Devant la gravité de la situation, être moderne ne suffit pas, cela ne suffit plus. Il faut l’être absolument, sans concessions, sans « lignes rouges », sans barrières aucune. La modernité ne peut être un état de fait, c’est une impulsion, une dynamique, une synergie. Dans cette "incantation rationnelle" que nous offre Rimbaud, il y a une idée de « rupture » : un thème encore inédit et inexploité dans le monde politique marocain. Etre absolument moderne, c’est en finir avec les pratiques politiques de l’ancien temps : les compromis tièdes, la politique molle, les petits arrangements et la politique politicienne. Il y a dans le modernisme une valeur d’absolue, une volonté de couper les ponts, de larguer les amarres, de quitter le port, une volonté de se délivrer du joug de la bien-pensance et de s’émanciper enfin des barrières socio-culturelles.

Le concept de modernité fait l’objet d’une réinvention perpétuelle dans le monde de la philosophie, et nos intellectuels doivent participer à ce travail de redéfinition. Nous, les politiques, devons permettre à la population marocaine de se rapprocher du modernisme et d’en comprendre les enjeux, la nécessité et l’urgence.


Tagué : Omar Alaoui

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