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Jabbouri El Mostafa - publié le Dimanche 12 Août à 22:24

Il est temps pour le ministre de l’enseignement supérieur de retourner aux bancs de l'opposition




Depuis que son parti a quitté les rangs de l’opposition et qu’il est devenu membre de l’actuel gouvernement, le ministre de l’enseignement supérieur, de la recherche scientifique et de la formation des cadres n’a cessé de multiplier les déclarations qui annoncent des décisions pour le moins précipitées et truffées de contradictions. Les plus significatives d’entre-elles, prédisent un avenir sombre pour l’enseignement supérieur publique et jettent directement le discrédit sur le corps des enseignant-chercheurs.



Il est temps pour le ministre de l’enseignement supérieur de retourner aux bancs de l'opposition
Dès le début de son mandat, les propos du ministre ont été marqués par la discordance et le revirement sur deux points principaux. Il a d’abord déclaré la guerre à l’enseignement payant qui a proliféré pratiquement dans toutes les universités marocaines, et qui a abouti à la délivrance de diplômes à caractère national (Licences professionnelles, masters…), et il a aussi décidé d’arrêter les procédures qui étaient en cours et qui allaient permettre la reconnaissance par l’Etat de l’équivalence des diplômes octroyés par certains établissements marocains de l’enseignement supérieur privé avec ceux délivrés par les établissements de l’enseignement supérieur publique.

Si, jusqu’à présent, la position du ministre quant à la gratuité de l’enseignement supérieur publique paraît claire, détrompons-nous, il n’en est rien. Ses récentes déclarations à ce sujet tranchent nettement avec les précédentes et laisseront l’opinion publique pour le moins perplexe pour un certain temps. Elles jettent un profond doute sur ses intentions et ses visions quant à l’avenir de cet enseignement !

D’abord, il déclare : « nous avons un autre problème grave, celui du tout-gratuit des études supérieures dans notre pays». Pour le ministre, 60% des marocains sont capables de payer les études de leurs enfants. Pire encore, le peu de chance qui restait, pour une infime minorité des couches les plus défavorisées, clients notamment des facultés à accès ouvert, de voir un jour leurs enfants décrocher un travail grâce à l’obtention d’un diplôme supérieur, saute en éclats. Car notre ministre conçoit les solutions aux problèmes de « la dégradation continue de la qualité de la formation » (constat fortuit et, à plusieurs égards, faux) dans l’implantation au Maroc de plus en plus d’universités étrangères, évidemment payantes, objectif auquel il a déjà donné son accord et qu’il compte voir démarrer les premiers établissements de ce genre en 2013/2014.

Il est tout à fait décevant de voir un ministre, ne faisant certes plus partie de la famille des enseignants chercheurs, pour l’avoir quittée à l’occasion du départ volontaire à la retraite en 2005, juger caduc tout l’effort entrepris, depuis 2003, par l’ensemble du corps enseignent-chercheur et administratif, en vue de réussir l’instauration de la réforme (système dit LMD), sans engagement matériel conséquent de la part des gouvernements et du ministère de tutelle.

Notre ministre n’a certainement pas manqué de jeter un coup d’œil du côté de nos voisins, algériens et tunisiens, pour constater qu’on est vraiment mal parti. En effet, l’Algérie, avec une population équivalente à celle du Maroc, a un nombre d’étudiants 3 fois supérieur et compte pourtant 4 fois plus d’enseignants-chercheurs. En Tunisie, avec une population équivalente au tiers de celle du Maroc et où le nombre d’étudiants y est égal, les enseignants-chercheurs sont une fois et demie plus nombreux qu’au Maroc.

Si on laisse de côté l’insuffisance des infrastructures, des subventions débloquées pour le compte de l’enseignement supérieur, très largement en deçà du strict nécessaire, on ne peut que rendre hommage aux exploits réalisés par nos universitaires, qui, malgré tous les handicaps, arrivent à talonner, sinon à dépasser, nos voisins en nombre moyen de publications par an et à hisser trois de nos universités parmi les dix premières d’Afrique !

Quant à la grande question de l’identification des ménages qui seraient amenés à contribuer au financement des études de leurs enfants, rien d’étonnant de voir notre ministre, dans un premier temps (« l’économiste » du lundi 23 Juillet), considérer qu’il suffit d’engager son « processus de discussion avec les partenaires » pour prendre les décisions qu’il faut, et que le lundi 06 Août, devant les parlementaires et à propos de l’impôt sur la fortune, avouer, et avec force, l’impossibilité d’appliquer cet impôt à cause de l’ignorance de la part des responsables de qui possède quoi !

Un autre « dictat » proclamé par notre ministre, aussi injuste qu’illégal, est d’en finir avec l’ancienneté comme l’un des critères de promotion et de ne plus considérer que la seule production de recherche. Le ministre semble oublier que plusieurs universités, notamment les pluridisciplinaires, souffrent de carence aigue en équipements, en personnel, rien que pour assurer le déroulement de l’enseignement dans la normalité et ne disposent d’aucune infrastructure de recherche.

Une chose est sûre, notre ministre, ne prête aucun intérêt aux charges pédagogiques de plus en plus lourdes et variées (enseignement, coordination de filières, de modules, réalisation de polycopiés, encadrement…) et qui accablent le corps enseignant. Notre ministre est sans aucun doute parfaitement au courant de la multitude d’artifices que les enseignants-chercheurs, qui s’acharnent à continuer à encadrer des doctorants, perfectionnent pour parvenir à faire aboutir leurs travaux et ceux de leurs étudiants, s’ils arrivent à les retenir !

En évoquant la problématique de la recherche sous un angle aussi exigu, et en incombant son développement ou sa régression à la seule volonté des enseignants-chercheurs, le ministre semble ignorer que la recherche est un sujet épineux et vital pour tout pays qui désire sortir du sous-développement et qu’elle relève tout naturellement de la politique générale poursuivie !

Ne serait-il pas plus utile et plus sage, qu’au lieu d’alimenter la polémique, d’essayer de convaincre son gouvernement d’ouvrir des débats nationaux, amenant le maximum d’intervenants (intellectuels, acteurs politiques, économiques, corps intermédiaires, membres de la société civile,…) à se concerter, en vue de prendre leurs responsabilités et d’œuvrer à l’intégration de la recherche et l’innovation, par nos nationaux, comme éléments moteurs du décollage de notre pays ?

Notre ministre ne pouvait ignorer que les enseignants-chercheurs ne bénéficient que de leurs salaires ! Que ces salaires, comparés à ceux d’autres cadres de l’Etat, ont dégringolé de la troisième place à la fin des années 70, à, pratiquement, la 40ème actuellement. Que la promotion ou le changement de grade et/ou de cadre, basés sur l’obtention de titres universitaires de très haut niveau, exigeant de passer des concours, avec de très faibles quota, et sur présentation de dossiers d’activités pédagogiques et scientifiques, constituent, pour tous les enseignants-chercheurs, l’unique manière de rattraper, ne serait-ce que partiellement, la cherté de la vie, dans un pays caractérisé par une absence totale d’indexation des rémunérations en fonction de l’augmentation des prix !

Par ailleurs, pour tous les autres cadres (ingénieurs, médecins, architectes, juges,…) il a été mis fin à la stagnation des salaires dont souffraient tous ces cadres en fin de carrière, en créant de nouveaux grades accessibles naturellement par ancienneté. Pour sa part, notre ministre, estime que les enseignants-chercheurs, pourtant maintenus dans leurs postes jusqu’à l’âge de soixante cinq ans, ne méritent pas un tel honneur et propose de réserver l’accès au grade de professeur de l’enseignement supérieur « D » à une petite minorité, alors qu’il ne crée aucun nouveau grade pour les professeurs assistants !

Ce qui est frappant, c’est que notre ministre se considère fin stratège, capable de faire avaler des couleuvres à tout le monde et passer sans encombre son précité et diabolique plan de marginalisation et de mise à mort des établissements publics. Ce qui signera du même coup la fin de la gratuité de l’enseignement, seule garante de l’universalité de l’enseignement supérieur dans un pays comme le nôtre.

A voir le nombre de réactions indignées, venant de toutes parts, rejetant en bloc les dires de notre ministre, relatant la menace qu’ils font peser, par leurs gravitée et impopularité, sur la stabilité déjà fragile de notre pays, on ne peut que lui annoncer, que sa « stratégie » a déjà échoué et lui conseiller de plier bagages et de retourner sur les bancs de l’opposition.

Jabbouri El Mostafa
Département de mathématique
Faculté des sciences
Rabat



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