Lemag.ma : Portail d’information dédié au Maroc et au Maghreb
Facebook
Twitter
App Store
Newsletter
Mobile
Rss
Rachida Dati : Le Roi Mohammed VI écrit une nouvelle page de l'histoire du continent en... | via @lemagMaroc https://t.co/gFJFDynMFj



par Nabila Pathan - publié le Mardi 5 Janvier à 10:24

Ibn Battuta sur le « très » grand écran






Londres– Pour beaucoup de musulmans, le nom d’Ibn Battuta évoque une certaine fierté et l’âge d’or de l’islam. Le Rihla, un des plus grands carnets de voyage jamais écrit, a joué un grand rôle dans la transmission de l’histoire de cet explorateur du 14ème siècle, qui, pour trouver le chemin de la Mecque, s’est laissé guider par le soleil et les étoiles.

L’an dernier, l’histoire de cet homme, vieille de 700 ans, a été portée sur le grand écran, et projetée dans une douzaine de salles de cinéma IMAX dans le monde. Journey to Mecca : In the footsteps of Ibn Battuta (Voyage à la Mecque : sur les traces d’Ibn Battuta) a été tournée en grande partie au Maroc et mêle fiction et documentaire pour nous faire redécouvrir une épopée classique.

Récemment, une projection spéciale du film a eu lieu dans la salle IMAX londonienne du British Film Institute, à l’occasion de l’Aïd al-Adha. Avant la projection, le producteur du film, Jonathan Barker s’est adressé aux spectateurs, dont nombreux étaient des passionnés d’Ibn Battuta, pour expliquer l’objectif du film : « rendre hommage à un héro musulman célèbre» et « permettre une meilleure compréhension de cette figure historique inconnue de la plupart des gens qui ne sont pas musulmans».

Ceux qui se passionnent pour l’histoire intemporelle d’Ibn Battuta trouveront le film réussi dans sa façon de capturer l’essence de son périple jusqu’à la ville sainte – un voyage physique à l’image du voyage spirituel à la quête du divin à travers la lumière et le savoir.

En utilisant un format de film qui rend les images plus grandes et d’une meilleure résolution que les formats conventionnels, IMAX crée une expérience visuelle unique, où tout est plus grand que nature. Les paysages désertiques spectaculaires et les prises de vue aériennes époustouflantes emportent le spectateur de Tanger à la Mecque, aux côtés d’Ibn Battuta. Cette façon de filmer concrétise en quelque sorte le rêve récurrent de ce voyageur qui voulait « voler jusqu’à la Mecque ». Les scènes de la « vallée de la mort », de la caravane s’acheminant de Damas à la Mecque, les images du hadj et du pèlerinage de nos jours dans les parties les plus sacrées de la Mecque, sont inoubliables et restent gravées à jamais dans la mémoire.

Le fait que des scènes de pèlerinage du hadj au 14ème siècle alternent avec celles du hadj au 21ème siècle emporte le spectateur dans deux mondes parallèles, passé et présent. Les images montrent bien que le rituel reste inchangé depuis des siècles. Toutes ces images magnifiques commentées par la voix familière de l’acteur Ben Kingsley expliquent aussi, d’une façon à la fois simple et symbolique la signification spirituelle de certains gestes comme le fait de tourner autour de la Kaaba, site le plus sacré de l’islam : « nous reproduisons les mouvements du paradis, sept fois ».

Les cinéastes ont pris des risques en choisissant de tourner les premières scènes IMAX dans deux des haut-lieux les plus sacrés de l’islam. Pour pouvoir le faire, il a fallu tout un processus de mise en confiance et beaucoup de paperasserie pour Jonathan Baker, qui avait produit auparavant des films sur l’espace (Mission to Mir) et sur les fonds marins (Into the Deep). Il décrit ce nouveau film comme étant « un des plus grands défis » de sa carrière IMAX ; il s’agissait pour lui de parvenir à intéresser son public à un monde auquel il n’a pas accès, comme par exemple la Grande Mosquée de la Mecque, où se trouve la Kaaba, vers laquelle tous les musulmans se tournent pour prier et seulement accessibles aux musulmans.

Dans Journey to Mecca, le goût pour le détail est évident, aussi bien visuellement que dans l’intrigue. Des phrases du dialogue telles que : « Si je dois mourir, alors que ce soit sur le chemin de la Mecque », sont des citations d’Ibn Battuta retrouvées dans ses notes, introduites dans le film, qui donnent un ton authentique à cette reproduction de notre époque. Une réplique de la Kaaba et l’aspect qu’elle avait au 14ème siècle a été minutieusement reconstituée au Maroc pour être conforme à son apparence de l’époque.

Par ailleurs, l’acteur marocain Chems Eddin Zinoun qui a tenu le rôle d’Ibn Battuta a été très convainquant et très proche du personnage. De son jeu émane une certaine gravité nécessaire pour incarner un des héros les plus révérés du monde musulman. Ce rôle est en quelque sorte l’héritage qu’il laisse derrière lui, puisqu’il est mort tragiquement deux semaines après la fin du tournage.

The Message, Lion of the Desert ou encore Kingdom of Heaven, histoire de Saladin, sultan d’Egypte et de Syrie au 12ème siècle, sont les quelques rares films de cinéastes occidentaux qui ont pour objet des figures historiques et des thèmes islamiques. Le film sur Ibn Battuta est ce mélange parfait de conte épique et d’histoire divertissante qui pourrait venir s’ajouter à cette liste. S’il est en tout cas un véritable hommage au fameux héro musulman, il reste à voir s’il pourra toucher d’autres publics, comme cela fut le cas pour les trois autres films.

Le format IMAX limite l'accès du film aux spectateurs qui fréquentent les musées et les centres scientifiques, ou qui possèdent des salles de projection avec grand écran. Le public visé est très spécifique. Lors d’ une projection IMAX à Toronto, plus de 75 pourcent des spectateurs étaient musulmans; le succès de ce film dépendra donc largement de la promotion faite auprès du grand public et des efforts déployés par les responsables des communautés musulmanes pour engendrer l’intérêt des autres. Le jeu en vaudra la chandelle.

###

* Nabila Pathan, écrivaine et présentatrice de télévision britannique, présentait l’émission de débats Women’s Voice et écrit aujourd’hui pour le blog Word Play. Article abrégé, distribué par le Service de Presse de Common Ground (CGNews), avec l’autorisation d’Altmuslim.com. Le texte est disponible dans son intégralité en anglais sur www.altmuslim.com

Source: Altmuslim.com, 11 décembre 2009, www.altmuslim.com
Reproduction autorisée.

Source : http://www.commongroundnews.org/article.php?id=269...


               Partager Partager