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Ahmed Addou - publié le Mardi 12 Novembre à 14:30

I Want Security






Les nostalgiques des années 60 et 70 se rappellent sûrement de cette chanson d’OTIS REDDING intitulée « SECURITY ».

Mais ce n’est pas de musique que je voudrais vous parler. Le sujet dont j’aimerais vous entretenir est celui de la sécurité ou plutôt de l’insécurité, phénomène qui ne cesse de prendre de l’ampleur dans plusieurs villes du Maroc, à Oujda notamment, une cité chère à nos cœurs.

Personne ne peut nier le fait qu’Oujda a changé de look ces dernières années ; elle est devenue plus propre et plus attrayante, mais le volet sécuritaire reste encore en deçà des attentes des habitants de la ville.

Quand on lit la presse locale (ACHARK par exemple), on est choqués par le nombre d’agressions, de délits et de crimes qui y sont commis quotidiennement, à tel point qu’on se demande parfois s’il s’agit de faits réels ou s’il s’agit seulement d’événements fictifs, fruit d’une imagination débordante.

Quand on voit aussi ce qui se passe au service des urgences de l’hôpital Al Fârâbî et les dizaines de blessés par arme blanche qui y sont acheminés pour y être soignés, on n’a pas l’impression de vivre dans un pays musulman.

Qu’a-t-on fait des prescriptions du coran et de la sounna ? Le Messager de Dieu (que la paix et le salut d’Allah soient sur lui) n’a-t-il pas dit dans certains de ses Hadiths rapportés par Boukhâry et Mouslim ?

« Le musulman est celui qui ne porte pas atteinte aux musulmans avec sa langue et sa main. Le croyant est celui auquel les gens font confiance à l’égard de leurs personnes et de leurs biens ».

« Le musulman est le frère du musulman ; il ne doit pas le tromper ni le trahir. Tout ce qui appartient au musulman est sacré pour le musulman : son honneur, ses biens et son sang ».

La peur et l’insécurité sont devenues une constante à Oujda. Les gens se font agresser physiquement à tous les coins de rue. L’insécurité règne partout à Oujda, même sur le boulevard Mohammed V. Aucun quartier n’échappe aux agressions et aux vols à main armée.

Nos enfants ont peur d’aller à l’école, sans être accompagnés, de crainte de rencontrer sur leur chemin, des voleurs, des malades mentaux ou des pédophiles et d’être ainsi victimes de violences physiques ou sexuelles.

Même les grandes personnes ne sont pas épargnées. Certaines d’entre elles ont même renoncé à faire le déplacement à la mosquée pour la prière de l’aube de peur d’être sauvagement agressées. Même à la mosquée, censée être le lieu par excellence de la sérénité et de la sécurité, on assiste à des vols à répétition, surtout des chaussures des fidèles.

Il est devenu dangereux de sillonner tout seul à pied les rues de la ville. Le vol à l’arrachée et les agressions à l’arme blanche sont devenus le lot quotidien des habitants d’Oujda.

Certes, l’insécurité n’est pas un phénomène spécifique à la ville d’Oujda. La délinquance et les actes d’agressions concernent toutes les grandes villes du Maroc : Casa, Rabat, Salé, Meknès, Fès, Marrakech,Tanger…..

Des marches de protestations et des sit-in ont même été organisés par la population dans plusieurs villes pour tirer la sonnette d’alarme et pour attirer l’attention des autorités locales sur cette problématique récurrente qui a atteint des proportions intolérables.

Que de vols à main armée sont restés impunis ! Que de crimes atroces n’ont pas été élucidés !

Comment peut-on expliquer cette recrudescence de l’insécurité dans notre pays en général et à Oujda en particulier ?

Je pense que l’insécurité est un problème qui découle de l’incivilité. Celle-ci est omniprésente dans la vie quotidienne des marocains. Qu’entend-on par incivilité ? « Non-respect des bienséances, harcèlement sexuel, insultes, dégradations des lieux publics, violences, etc. » (Définition du dictionnaire).

Plusieurs questions s’imposent alors : Où est la police ? Que font les forces de l’ordre ? Quelle est leur fonction ? Ont-elles la volonté et les moyens de lutter efficacement contre ce fléau ? Quelle approche et quelles solutions doit-on adopter en vue de stopper l’hémorragie ? Que veulent au juste les citoyens ?

Nous voulons la sécurité pour tous, pour nous-mêmes, pour nos enfants et pour nos biens. Nous voulons une sécurité à tous les niveaux.

Nous voulons une police qui aura pour rôle principal, le maintien de l’ordre et la prévention et non l’intimidation et la répression. Nous voulons une police de proximité, capable d’assurer la protection des personnes et des biens et à même de susciter chez les citoyens un sentiment de sécurité et de quiétude. Nous voulons une police au service de la population, toujours en alerte. Nous voulons un numéro 19, qui ne soit pas aux abonnés absents, et qui soit disponible et opérationnel 24 heures sur 24.

En Europe, quand on appelle la police, pour une agression, un vol, un viol, un accident…, elle se déplace sur le champ. Au Maroc, le standardiste vous demande : « wach kayen dem ? »(Est-ce qu’il y a du sang ?). Nous voulons une police qui soit plus à l’écoute des attentes et des inquiétudes des citoyens, une police intègre, non corrompue et incorruptible, qui respecte et applique la loi, sans abus de pouvoir et sans dérapage. Une police qui évite toute forme de discrimination entre les citoyens et qui ne favorise aucun individu au détriment d’un autre, eu égard à sa fonction ou à son rang social.

La présence des forces de maintien de l’ordre doit être constante, visible et massive. Il faudrait renforcer les effectifs de police et les répartir comme il se doit, dans tous les quartiers (résidentiels/ populaires / périphériques…)

Parce que la délinquance a évolué et parce que nos forces de l’ordre font face à des formes de criminalité plus violentes et plus sophistiquées, il est impératif que la police marocaine s’adapte et se modernise. Il faut reconnaître qu’il y a une carence au niveau des moyens humains et logistiques. Il faudrait créer plusieurs académies de police, recruter tous les jeunes intéressés par cette noble profession et leur donner une formation adéquate, portant sur le droit civil, le civisme, les techniques d’investigations policières, les arts martiaux, le maniement des armes à feu ….

Ce qu’il nous faut au Maroc, c’est une police comme la BAC (Brigade Anti-Criminalité ), constituée de jeunes bien motivés, bien formés et bien entraînés, dans des voitures ou des motos banalisés pour traquer les malfaiteurs, contrôler et fouiller toutes les personnes suspectes. Une police apte à apporter un traitement de choc, à l’américaine, à la violence et aux incivilités dans les rues comme dans les établissements scolaires et les lieux publics.

Mais la police à elle seule suffit-elle pour faire régner la tranquillité ? Le contrôle social effectué par les habitants eux-mêmes est nécessaire pour lutter contre l’insécurité. Autrement dit, une participation effective des citoyens est indispensable.

En effet, la sécurité n’est pas seulement une affaire de police. Elle interpelle aussi le gouvernement, les élus, les oulémas ainsi que tous les membres de la société civile. La coopération entre pouvoirs publics et habitants permettra de concilier liberté et sécurité dans l’espace urbain. Cette démarche est en conformité avec le Hadith du prophète de l’Islam (que la paix et le salut d’Allah soient sur lui) et s’oppose tout à fait à la loi du silence, à l’abstentionnisme et à la politique de la chaise vide.

« Si l’un d’entre vous voit ce qui déplaît à Dieu, qu’il le combatte de ses mains ; si cela ne lui est pas possible, que ce soit par la langue, et si cela encore ne lui est pas possible, que ce soit avec son cœur, c’est le minimum imposé par la foi ».

Autres solutions susceptibles de combattre l’insécurité : La vidéosurveillance, comme c’est le cas dans plusieurs pays. Il est nécessaire d’installer des caméras de surveillance dans les principales artères de la ville, dans les zones à risques et les quartiers sensibles. Il est vrai que les caméras de surveillance n’empêcheront pas les actes délictueux et ne remplaceront jamais la présence policière, mais elles permettront de rassurer les citoyens et de repérer les fauteurs de troubles.

En ce qui concerne la violence scolaire, il est nécessaire de sanctuariser les établissements scolaires. Le personnel administratif (directeurs, surveillants généraux,…) doivent recevoir une habilitation pour fouiller les élèves, ouvrir leurs cartables et leurs sacs et ce, pour s’assurer que ces derniers ne transportent pas d’armes, ni de drogue. Une équipe mobile d’agents de police viendra épauler le personnel administratif en cas de problèmes graves de discipline.

En outre, des colloques sur le thème de l’insécurité seraient les bienvenus pour faire un état des lieux avec des professionnels (psychologues, policiers, juges, victimes, délinquants, représentants de la société civile…) et pour évaluer les raisons de cette violence afin de dégager les solutions appropriées.

Par ailleurs, nous estimons que pour réduire durablement l’insécurité, il faudrait sans doute venir à bout du chômage de masse, de la forte paupérisation et de l’absence de perspectives. Cela doit être pour le gouvernement et pour les autorités locales une priorité après notre cause nationale.

La prévention doit avoir lieu également dans les prisons. En effet, les prisons telles qu’elles sont actuellement ont des effets plutôt déstructurants. Pour réduire la récidive, les prisons doivent devenir des lieux plus spacieux, plus humains et moins déconnectés de la vie réelle. Le fait d’instruire les prisonniers, de les former et de les faire travailler est une piste intéressante, par delà les économies que cela peut procurer à la collectivité.
Ceci dit, nous espérons que tous ces vœux et toutes ces doléances trouveront écho auprès des responsables et que la ville d’Oujda sera dans un avenir proche, classée parmi les villes sans bidonvilles, sans pistes, sans pollution, sans criminalité et sans risques et qu’elle deviendra « la cité idéale » telle que la concevait le philosophe grec Platon, une ville où il fait bon vivre.

AHMED ADDOU
Enseignant à Oujda



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