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Leigh Cuen - publié le Samedi 19 Octobre à 13:08

Houmous accompagné d’un soupçon d’harmonie en Israël






Houmous accompagné d’un soupçon d’harmonie en Israël
Acre, Israël – Parmi la douzaine de restaurants populaires que l’on trouve dans la vieille ville, Hendy Sohela de Sohel Hummus est la seule femme à diriger sa propre affaire. Les mûrs du restaurant sont décorés avec des versets du Coran, des images de la Coupole du Rocher et des écrans de télévisions qui diffusent des prises de vue des lieux saints islamiques de la Mecque.

Les anciens Egyptiens sont les premiers à mentionner la ville d’Acre dans des hiéroglyphes. En 66, l’endroit servait de base militaire pour les Romains lorsqu’ils ont écrasé la révolte juive. Les musulmans ont conquis la ville en 638, suivis par les Croisés en 1104. Napoléon l’assiégea en 1799, mais ne parvint jamais à la conquérir. Aujourd’hui, Acre continue d’abriter une diversité religieuse semblable à celle de Jérusalem. Cependant Acre possède son propre unique climat social. Des gens de multiples origines profitent d’opportunités égalitaires dans la scène culinaire florissante de la ville.

Hendy Sohela a hérité le restaurant de son père, Abo Sohel, en 1993. « Cela n’a pas été facile d’être la première femme à diriger un restaurant à houmous dans la vieille ville. L’houmous est une tradition à Acre. Au début, ma famille y était opposée », déclare Hendy Sohela. « Mais mes frères et sœurs m’ont soutenus. Après le décès de mon père, ma mère est tombée malade et l’un de mes frères et sœurs est devenu aveugle. C’était donc à moi de maintenir la recette familiale. » En 2005, Hendy Sohela a gagné le premier prix lors d’une compétition nationale organisée par des célébrités, les Chefs Oren Giron et Moshe Segev. Elle a été récompensée d’une plaque figurant une pita en or et son houmous fut couronné le meilleur d’Israël.

Selon le bureau central israélien des statistiques, la très grande majorité des habitants de la vieille ville d’Acre sont arabes, représentant environ 20 pour cent de l’entière population de la ville. Durant les week-ends le voisinage est bondé de gens provenant de tout le nord, moitié arabes, moitié juifs. Ils affluent dans les restaurants de la vieille ville, que cela soit dans de nouveaux locaux à la mode ou dans des endroits traditionnels gérés par des familles.

David Harari, un responsable du tourisme à Acre, nous informe que la ville attire chaque année 100’000 touristes provenant du monde entier. Elle héberge de nombreux lieux saints, y compris les Terrasses baha'ies (Bahá’i Gardens) à Bahji, l’église Saint George, la mosquée Jezzar Pasha et Or Torah, une synagogue tunisienne couverte de mosaïque.

Le restaurant à houmous d’Hendy Sohela est maintenant une étape renommée multiculturelle pour les gens du nord et les touristes, les chrétiens, les musulmans, les juifs et les druzes. « Mon houmous est comme une fleur, » dit-elle. « Je suis une femme musulmane, mais une fleur ce n’est pas seulement les pétales. Les fermiers locaux qui fournissent les ingrédients et les clients que je nourris proviennent de toutes les communautés d’Israël. Lorsque les gens mangent ensembles un bon houmous, ils ne se disputent pas. Ils se taisent et mangent heureux. »

Aujourd’hui, Hendy Sohela nous dit qu’elle bénéficie de l’égalité avec tous les hommes d’affaires de la ville, que maintenant le seul problème restant est de trouver une place de parking à proximités de leurs restaurants achalandés. « Je ne peux pas dire que j’ai les même droits que les propriétaires de commerces juifs. Je ne serai jamais juive, » dit-elle. « Mais je ne ressens aucune discrimination. Seuls les politiciens nous séparent en catégories. A Acre, nous sommes simplement voisins. »

De l’autre côté de la rue, son collègue et chef houmous Issa Makhol, un chrétien maronite, concourt sur le fait que la scène culinaire d’Acre promeut une coexistence pacifique. Issa Makhol a hérité son restaurant à houmous de son grand-père, qui ouvrit son négoce en 1950. « Cette atmosphère ne pourrait jamais se produire à Jérusalem ou à Tel Aviv, » dit-il. « C’est quelque chose d’unique. Nos diverses communautés sont égales et s’entendent très bien. »

Issa Makhol pense que des interactions routinières pacifiques nourrissent le climat unique de tolérance d’Acre. « Indépendamment de l’histoire, » dit-il, « vivre côte à côte, travailler et manger ensemble, c’est ainsi que chaque génération a appris à s’entendre. »

Beaucoup de choses ont changé depuis qu’Hendy Sohela a repris le restaurant de son père de l’autre côté de la rue. Aujourd’hui la femme d’Issa Makhol et sa mère travaillent également dans le restaurant familial. Il se sent relaxé de laisser son affaire sous leur contrôle lorsqu’il doit s’absenter ; cela lui semble parfaitement naturel.

L’économie d’Acre prospère grâce à des commerces culinaires indépendants, majoritairement tenus par des minorités. Hendy Sohela pense qu’il n’y a pas de formule universelle permettant de répliquer cette émancipation économique. « Chaque femme doit décider de son propre succès. Peut-être que l’une désire son propre restaurant et que l’autre souhaite rester à la maison avec ses enfants, » dit-elle. « Le succès n’est pas le nombre de femmes qui possède un restaurant. C’est que chacune exerce le droit de choisir pour elle-même. »

*Leigh Cuen est une écrivaine californienne, actuellement vivant à côté de la Méditerranée à Tel Aviv. Ses écrits ont été publiés par Al Jazzera English, Salon, World Literature Today et d’autres.
Article rédigé pour (CGNews).


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