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Abdellatif Chamsdine - publié le Mercredi 23 Avril à 10:13

Houara mon amour !



L’auteur de ce poème en prose, publié une première fois sous pseudonyme le 23/112013, a voulu rendre hommage à Houara, administrativement nommée aujourd’hui Ouled Teïma. Jusqu’en 1970, cette ville était un petit village.
Le « Je » du poème est imaginaire. Il ne représente donc pas l’auteur. En revanche les lieux et certaines personnes évoqués ont bien existé ou existent encore en 2014.



Petit bijoux verdoyant peint dans une nature baignée par une lumière bleue. Petit bijoux tel une créature divine. Petit bijoux encadré par des oueds regorgeant d'eau, des fontaines coulant comme des larmes de joie, et des espaces généreux comme les formes d'une vierge. Petit bijoux tel une créature divine. Petit bijoux jusqu'aux années 70. Jusqu'aux années soixante-dix. Petit bijoux où tout le monde connaissait tout le monde. Ou presque. Où l'on se disait salem, salem. Où le souk du jeudi ( سوق الخميس) était une vraie kermesse. Où les match de foot étaient une vraie fête orchestrée par les ballons d'or houaris Chicha, Mohamed Belhaj, Bzika et Othmann ( عثمان). Où les cafés fumant étaient les royaumes du rami. Où la musique était Riwanienne. Où la reine était la théière ( البرّاد) et le couscoussier (الكسكاس) son roi. Où les nuits de Ramadan étaient miraculeusement illuminées par la magie de la foi ! Où les familles prenaient le temps d'échanger sur les enfants et le beau temps. Où les voisins étaient des familles sans lien familial. Où les mamans ne dormaient que lorsque l'enfant soit rentré à l'aube. Où le plaisir et le bonheur confondaient le jour et la nuit. Où l'amitié signifiait la fraternité, la fraternité l'égalité, et l'égalité la solidarité. Où Oiseau Rare et son ombre qui ne cesse de le flatter étaient les empereurs de la nuit. Où les sorties des jeunes filles en jellaba et ltssam ( اللثام) pour le Nadi (النادي النسوي) étaient de salutaires manifestations de séduction .Où les sorties de l'école étaient l'occasion de voir les beautés cachées. Où les collégiens s'initiaient à la liberté d'expression, à la grève et à l'amour. Où les promenades après la canicule étaient de délicieuses mises en scène amoureuses. Où les fenêtres ne se fermaient le soir qu'après le retour du bienaimé. Où les amours authentiques rivalisaient avec celles d'Anntar et Abla ( عنتر و عبلة) et Kaiss et Leila ( قيس و ليلي). Où les rendez-vous des paradis interdits étaient des voyages à hauts risques. Où les nuits se dégustaient à doses savoureuses jusqu'à l'aube. Où les lettres d'amour étaient pleines de reproches. Où les lettres d'amour étaient pleines de promesses. Où les lettres d'amour ne disaient que des "Je t'aime" et des "Je t'aime" à longueur de pages !

Houara mon amour, ma bienaimée, mon cher amour, perdue entre Agadir et Taroudant, pourquoi avons-nous grandi ? Pourquoi avons-nous changé ? Pourquoi avons-nous vieilli ? Pourquoi ne se reconnait-on plus ? Pourquoi ne te souviens-tu plus de moi ? Pourquoi n'as-tu pas pris soin de notre amour ? Pourquoi as-tu effacé les traces de notre bonheur ?

Faut-il se rendre à l'évidence ? Tu n'existes plus ? Tu n'existes plus mon amour ? Tu n'existes plus depuis longtemps ? Depuis ces années soixante-dix ? Depuis mon départ pour ailleurs? La page est tournée ? On n'existe plus l'un pour l'autre ? D'autres nous ont remplacés ? Et la vie continue ? Tout est fini ? Tout ? Non ! Pas tout mon amour ! Je ne peux pas faire ton deuil ! Je ne peux pas admettre que tu n'es plus ! Je sais que je ne suis, hélas, désormais plus le seul dans ta vie ! Je sais que je ne règne plus seul sur ton cœur ! Que je ne règne même plus du tout sur ce cœur qui était autant le tien que le mien ! Je sais et tu sais Houara mon amour ! Mais je ne peux pas ! Je ne peux pas faire ton deuil ! Je ne peux pas t'oublier !

Houara mon amour ! Tu vis autant que je vis ! Et je me rappelle de tout ! Et surtout quand, debout sur le toit de la maison familiale, je voyais de loin arriver ton soleil parfumé et tout en or ! C'était tout toi mon amour ! Je me rappelle de ta chaleur, de ton air, de ta saveur ! De ta pudeur à couver notre amour ! De ta peur de me perdre ! De ta délicatesse ! De ta douceur ! De tes yeux ! Oh tes yeux ! Azur clair plein d'été, lagune vert émeraude, océan bleu à faire pâlir Tarazout ! Houara mon amour, je me rappelle de tout ! Et surtout de ces baignades si attendues, si rêvées, si désirées, dans le bonheur de ta fraicheur ! Je me rappelle, tout plein de toi Houara mon amour, de ces longues promenades sur le sable doré de Tarazout. Je me rappelle que je parlais pour deux, de toi, de nous. Je me rappelle du sentiment d'invincibilité dont m’auréolait ton amour ! J'étais Saif Dou Yazann (سيف دو يزن) ! J'étais Anntar Ibn Chaddad (عنترة ابن شداد) ! J'étais Kaiss (قيس) ! Je me rappelle de ces combats pour rester auprès de toi ! Je me rappelle des années collège et des miracles que produisait la force de ton amour !

Je me rappelle, Houara mon amour, du seul et grand Riad qui m'a vu venir au monde ! Où jouaient l'enfance et l'innocence jalousement gardées par la vénérable paternité ! Où déjà jouait le destin avec l'amour et la souffrance.
Je me rappelle, Houara mon amour, de Douar Chninate où Mohamed Sraïzi, premier artiste, chantait accompagné du seul Oud de la contrée, "Ech Annta Inni Mittou Baâdak" ( عش أنت إني مت بعدك). Je me rappelle de Said Fax, le premier mécène de la région, grand protecteur des jeunes artistes, de la liberté de penser et d'aimer. Je me rappelle de Boujemâa Zir, l'amoureux de la philosophie et du débat, dont la réflexion était solide comme le sentiment amoureux ! Je me rappelle de Omar Lehmadate, qui préparait son pauvre petit local comme une mère de famille préparait sa fille pour le mariage, afin que les jeunes intellectuels s'y adonnent à la poésie, la musique, et l'art de vivre ! Je me rappelle de Abderrahmane Belhaj, le premier pilote d'hélicoptère houari, le mathématicien, le scientifique, le prodige du pays, âme sincère et honnête, victime de l'amour ! Je me rappelle de Rbika et Abdellah quand j'allais au seul cinéma pour être toujours en ta compagnie, Houara mon amour, dans les fictions des films hindous ! Je me rappelle de Magana, l'horloger unique dans son genre, qui, le soir venu, rejoignait l'équipe des bons vivants !

Je me rappelle de ces réfugiées d'une misère sans nom de Zaouia, dont les histoires auraient pu inspirer Maupassant pour en faire des Boule de Suif houaries ! Ces réfugiées, Houara mon amour, d'une misère sans nom, qui louaient quelques bouts de leur corps, pour quelques poignées de dirhams, pour quelques misérables minutes, afin de financer les études de ces houaris pauvres qui, autrement, n'auraient jamais pu finir leurs études ! Je me rappelle, Houara mon amour, que certains d'entre eux, occupent aujourd'hui des postes importants dans l'administration ! Grâce aux sacrifices des Boule de Suif de Zaouia !

Je me rappelle, Houara mon amour, de Omar Lââbeyss, collégien plein de vie, garçon sensible et lyrique, chantant à qui veut l'entendre la jolie chanson de Farid : "Ya retni teer la ateer hawaleyk" ( يا ريتني لأطير حواليك) ! Je me rappelle de l'annexe du collège ( ملحقة ثانوية الحسن الثاني انذاك) derrière l'école Alleymoune (مدرسة الليمون) à proximité de Douar Hoummad Oulyazid où il fallait passer par la classe de l'Observation ! C'était un signe du destin ! Je me rappelle du collège Hassan II, de ses classes, de ses cours de récréation, de ses élèves ! Ses élèves et leurs histoires romantiques ! Ses élèves et leurs bagarres pour les faveurs de la bienaimée ! Je me rappelle de cette lettre d'amour à sens unique remise à la direction pour protéger l'amour partagé !

Je me rappelle de tout, Houara mon amour ! Et surtout de l'essentiel ! Je me rappelle de la paix de la mosquée et des magnifiques récitations coraniques ! Je me rappelle de l'ardoise en bois, de son argile et de son encre ! Je me rappelle de Ayat AL KOURSSI ! Je me rappelle de sourate YASSINE, sourate Al MOULK, sourate Al KAHF ! Que je psalmodie encore aujourd'hui ! Je me rappelle de la voix de la foi appelant vers ALLAH du haut de son minaret ! Je me rappelle des océans de croyants répondant majestueusement à cet appel sacré !

Je me rappelle, Houara mon amour, de l'église triste et solitaire abandonnée par la fidélité ! C'était pourtant devant elle que l'amour se donnait rendez-vous !

Houara mon amour ! Je me rappelle de tous les Douars : Cherrarda, El Kourssi, Chninate … Et surtout Douar Lehbab (دوار الأحباب ) ! Le lieu le plus pauvre Houara mon amour ! Mais le plus beau ! Le plus adoré ! Le plus vénéré ! Je me rappelle, Houara mon amour, des tièdes nuits d'été parfumées que j'y ai passées ! Je me rappelle que je n'ai jamais autant aimé la nuit ! Je me rappelle qu'il fallait veiller pour apprécier ton âme ! Que pour vivre tes nuits, je devais arrêter le temps ! Je me rappelle que lorsque je le quittais au petit matin, j'y laissais ma moitié ! Je me rappelle que je ne vivais que pour y retourner avec la bénédiction de la nuit et la jalousie des voisins !

Houara mon amour ! Je me rappelle de ces combats pour rester auprès de toi ! Je me rappelle de Sidi Lamour, esprit rare, courageux, ouvert et précoce, en avance sur son temps, valeureux précurseur du siècle des Lumières houari ! Sidi Lamour, âme tendre, âme pieuse, âme supérieure, dont le dévouement et le sacrifice n'ont d'égal que sa beauté, son intelligence et sa foi ! Sidi Lamour, le premier humaniste de la région du Souss, soucieux avant tout du bonheur d'autrui ! Bravant les interdits, risquant sa vie et son honneur, plaçant la félicité au-dessus de tout, et surtout au-dessus des dures mais néanmoins respectables lois paternelles, certes justifiées ! Mais si injustes pour un tel âge ! Sidi Lamour, mon cher être, qu'est-ce que je te regrette ! Sidi Lamour, mon cher soutien, qu'est-ce que tu me manques ! Sidi Lamour, mon cher fidèle, qu'est-ce que je me sens orphelin ! Sidi Lamour, mon cher souvenir, aurais-je pu être autrement que ce que j'ai été ! J'ai fait le bien parce que je voulais faire le bien ! J'ai fait le mal mais je ne voulais pas faire le mal ! Est-on maitre de soi quand on a dix-sept ans ? Est-on maître de soi quand on est adolescent ? Est-on maître de soi quand on aime ?

Je me rappelle, Houara mon amour du moment où l’on venait m’annoncer qu'on était séparés ! A jamais. Je me rappelle de la séparation et la souffrance ! Je me rappelle, Houara mon amour, qu'on a si fait pour nous séparer ! Nous écarteler entre Taroudant et Agadir ! Je me rappelle de sidi Mbark et le lycée d’Agadir ! Je me rappelle de mon cher père cherchant sa Renault16 blanche, empruntée par l'amour ! Je me rappelle d'un autre père, fier et digne, cherchant son bien et son honneur !

Houara mon amour, je me rappelle de tout et surtout de cette nuit où, pour se protéger mon cher amour, j'ai dû me cacher sous une voiture !

Je me rappelle, Houara mon amour, tout plein de toi, de Marrakech et sa Ménara ! La Ménara, son petit minaret et sa fontaine intérieure ! Je me rappelle de son eau fraîche ruisselant amoureusement sur ma jambe ! La Ménara et ses oliviers ! La Ménara et son bassin ! Je me rappelle, mon amour, de nos serments silencieux, gracieux, intemporels, de nous revoir demain, dans un siècle ! Dans l'au-delà ! Malgré tout, malgré nous, malgré le temps, malgré les distances ! Nous étions si naïfs ! Nous étions si heureux !

Je me rappelle, Houara mon amour, que nous n'avions pas besoin de nous parler pour nous aimer ! Pas besoin de nous parler pour nous revoir ! Et nous nous revoyons ! Et nous nous aimions ! Je me rappelle de tout et surtout que j'ai voulu t'épouser, Houara mon amour ! Pour rester avec toi, tout le temps, dans le halal, pour le meilleur et le pire, pour toujours ! Parce que je t'aime Houara mon amour ! Mais je m'y suis mal pris ! Ce n'était pas le bon moment ! On m'y a poussé ! J'ai fait le bien parce que je voulais faire le bien ! J'ai fait le mal mais je ne voulais pas faire le mal !
Houara mon amour ! Je me rappelle de tout et surtout de ce dernier retour de Tarazout ! Plein de ton souvenir, plein de toi, plein de ton étreinte ! Fou de toi Houara mon amour ! Ce dernier retour de Tarazout ! Sur le pont d'Agadir Houara mon amour ! La baie à ma droite ! La ville à la tienne ! Plein de toi Houara mon amour !

C'était surréaliste ! Que disais-je ? Trop tard ? Trop de souffrances dans tes murs ? Trop de douleurs dans les souvenirs ? Trop de monde entre nous ? Mais qui parlait à travers moi ? Qui ? Je ne m'entendais plus ! Je ne me connaissais plus ! Ce n'était pas moi ! Houara mon amour, ce n'était pas moi ! Je ne voulais pas ! Je ne voulais pas te quitter ! Je ne voulais pas qu'on se quitte ! Fatalité ! Je me rappelle de ce fatal retour de Tarazout ! Tout plein de toi, Houara mon amour ! Mais c'était bien fini ! Je ne te reverrai jamais plus comme je t'ai quittée ! Et je t'ai revue ! Et quelle vue ! Quelle image avais-je dû garder de toi ! Quelle triste séparation ! Je t'ai revue Houara mon amour ! Mais ce n'était plus toi ! Et ce n'était plus moi ! Comme si nous n'avions jamais existé ! Quelle tragédie ! Ce fatal retour de Tarazout ! Tout plein de toi, Houara mon amour ! Je ne savais plus qui j'étais ! Je savais que je te perdais ! Et je ne pouvais rien faire pour t'enchainer à moi ! Rien faire pour m'enchainer à toi ! Que disais-tu ? On accepte enfin de nous fiancer ? Tu parlais ? Je n'entendais plus ! L'indicible douleur de la fatale séparation me rendait sourd et aveugle ! Me rendait idiot ! Houara mon amour, qui t'a dépossédée de ton honneur ? De ton passé ? Je n'entendais pas tes souffrances, ni toi les miennes ! Je ne voyais pas ton désespoir ni toi le mien ! Aveuglé par la douleur, anéanti par l'idée de la vie sans toi, je ne savais plus où j'étais ! Je ne savais plus ce que je faisais ! Je ne savais plus ce que je disais ! Je n'entendais plus ta voix ! Tu chuchotais ! Tu parlais ? Tu me parlais ? J'hallucinais ?! Était-ce l'effet de ton soleil ? Tu ne parlais pas ! Houara mon amour, tu ne parlais pas ! Tu ne pouvais pas ! Tu n'avais pas de voix ! Je parlais pour deux ! Trop tard ! Trop de monde entre nous ! Et pourtant nous nous aimions !

Quelle digne tragédie ! Sophocle aurait pu l'écrire ! Shakespeare aurait osé en faire un drame, et Victor Hugo un drame romantique ! Racine aurait pu la chanter en alexandrins ! Ibn Rochd en personne aurait réussi à y démêler la part de raison de celle de la passion ! Houara mon amour ! Et pourtant nous nous aimions ! Et jamais assez ! Jamais lassés ! Jamais rassasiés !

Houara mon amour ! Je me rappelle de tant de précautions inutiles pour te préserver ! Tant de précautions inutiles pour te protéger ! Tant de précautions inutiles pour garder intact ton honneur, ta beauté, ta simplicité ! Je me rappelle des peurs et des larmes tant versées dans tes rues, le jour, la nuit ! Je me rappelle des cris d’amour poussés dans tes murs ! Je me rappelle des soupirs passionnés échangés dans tes roseaux ! Je me rappelle de mes mains tendues pour m'emprisonner avec toi, entre Taroudant et Agadir, Houara mon amour !

Houara mon amour ! Je me rappelle de mes camarades de collège qui m'enviaient ton amour ! Je me rappelle de leur admiration, et leur jalousie ! Parce que tu m'as choisi ! Certes, tu m'as beaucoup donné ! Mais pas tout donné ! Je me rappelle de ces voisins qui auraient applaudi, s'ils le pouvaient, notre audace à nous aimer, Houara mon amour ! Je me rappelle qu'ils admiraient notre jeunesse, notre beauté ! Qu'ils enviaient notre amour ! Qu'ils cachaient, couvaient notre bonheur ! Je me rappelle, Houara mon amour, qu'ils m'auraient demandé de tes nouvelles ! Qu'ils auraient fui à ma vue, sans toi à mes côtés ! Qu'ils auraient pleuré comme je pleure mon inconstance, ma folie et mon inconscience de t'avoir quittée Houara mon amour !

Houara mon amour ! Je t'ai aimée adolescente, jeune fille ! Je t'aime aujourd'hui vieille ! Je t'aime plus que Brahim Al Alami (ابراهيم العلمي) n'aime Marrakech ! Je t'aime plus que Mohamed Abdelwahab n'aime le Caire ( القاهرة) ! Je t'aime plus que Kadzem Al Saher (كاظم الساهر ) n'aime sa Bardad ( بغداد) ! Je t'aime plus que Nizar Kabbanni (نزار قباني) n'aime la poésie ! Je t'aime plus que Socrate n'aime la philosophie ! Je t'aime plus que Riad Al Soumbatti (رياض السنباطي) n'aime Al Attlal (الأطلال) ! Je t'aime plus que Farid Al Atrach n'aime son Oud ! Je t'aime plus que Sayed Mekkaoui ( سيد مكاوي) n'aime la langue arabe ( الأرض تتكلم عربي) ! Je t'aime plus que Tabââmrannt (تبعمرانت) n'aime son Tifinar (تفناغ) ! Je t'aime plus que le fellah ( فلاح ) n'aime sa terre !

Houara mon amour ! Je t'aime plus que tu n'aimes tes propres enfants !

Houara mon amour ! Je t'imagine comme une humaine, enfin heureuse, entourée par l'affection, la tendresse, l'innocence de l'enfance, l'insouciance de l'adolescence, baignant dans un bonheur si espéré, si mérité ! Je t'imagine heureuse et je me sens mieux ! Je t'imagine heureuse et je me sens bien ! Je t'imagine heureuse et je le deviens !
Houara mon amour, je t'imagine comme une humaine, me reprochant d'exhumer des amours anciennes ! Me reprochant ma bohème ! Me reprochant de réveiller des volcans mal éteints ! J'ai fait le bien parce que je voulais faire le bien ! J'ai fait le mal mais je n'ai pas voulu faire mal !

Houara mon amour ! Je t'imagine comme une humaine, cachant éternellement ta peine ! Souffrant de l'amour, de l'âge, de la vie ! Me souriant d'amour, de compassion, de complicité, et d'amertume ! Trop tard mon cher amour ! Bien trop tard mon cœur ! Où étais-je pendant si longtemps ! On a si changé ! On est si méconnaissables ! On est si étrangers ! Le sort et le temps ont si bien œuvré !

Houara mon amour ! Je t'imagine comme une humaine, souriant de ma candeur, ma naïveté, ma poésie ! Souriant de mon âme si encore jeune, si encore enfant, si encore amoureuse !

Houara mon amour ! Je t'imagine comme une humaine, lisant mon poème, avec des yeux fatigués ! Fuyant des souvenirs adolescents et têtus ! Plaignant la passion, soumise à la volonté divine ! A quoi bon, maintenant, tout ça ! Trop tard ! On est si vieux ! Si fatigués ! Si étrangers ! A quoi bon ! Tout ça ! J'ai fait le bien parce que je voulais faire le bien ! J'ai fait le mal mais je ne voulais pas faire le mal !

Houara mon amour ! Je t'imagine comme une humaine lisant mon poème, souriant, pleurant, peut-être, doucement, comme je pleure, sur le sort infidèle ! Larmes de temps perdu à tuer le bonheur ! Larmes de beauté perdue et une autre touchée ! Larmes chargées de pourquoi ? Pourquoi ?

Pourquoi, Houara mon amour, nous ne sommes-nous pas retenus ? Pourquoi ne m'as-tu pas gardé auprès de toi ? De force ? Par magie ? Pourquoi m'as-tu laissé partir ? Pourquoi t'ai-je quittée ? Pourquoi sommes-nous tombés dans tant de pièges ? Pourquoi avons-nous permis qu'on se venge de nous ? Qu'on se venge de nous ? Pourquoi, Houara mon amour, avons-nous accepté d'être séparés ? Pourquoi avons-nous accepté de souffrir chacun de son côté ? Pourquoi avons-nous accepté de vieillir chacun de son côté ? Pourquoi avons-nous maltraité notre amour ? Pourquoi avons-nous sacrifié notre amour ? Pourquoi avons-nous assassiné notre amour ? Pourquoi cet amour, que nous avons fait semblant d'oublier, que nous avons si douloureusement enterré, ne nous laisse-t-il jamais tranquilles ? Pourquoi ne cesse-t-il jamais de remonter à la surface du temps ? Pourquoi continue-t-il de nous hanter comme un fantôme ? Pourquoi nous poursuit-il où que nous allons ? Pourquoi continue-t-il de nous torturer comme s'il cherchait à se venger de nous ? Pourquoi, Houara mon amour, continuer de remuer le couteau dans la plaie ? Pourquoi maintenant ? Pourquoi aujourd'hui ? N'as-tu pas refait ta vie et moi la mienne ?

Alors vois ! Vois, mon amour, comme ton amour m'inspire encore ! Vois ce que les femmes et les hommes ont fait de nous ! Vois comme nous avons été manipulés ! Vois comme nous avons été candides ! Vois ce que l'adolescence, l'insouciance, l'inconscience, le temps et la civilisation ont fait de nous ! Vois ce que nous-mêmes avons fait de nous ! Vois ce que nous sommes devenus !

Contemplons, Houara mon amour, le cœur meurtri, l'âme suspendue, le regard menteur, chacun dans son pseudo bonheur, les ruines de notre histoire, les ruines de notre amour, les ruines de notre gloire !

Houara ma naissance, mon amour ! Je te vois avec mes yeux adolescents, vieille et belle, dans ta blouse blanche à petits pois ! Créature divine ! Comme autrefois ! Comme ces heureuses années collège ! Comme ces années soixante-dix ! Sans voile ! Grâce à toi l'amour est passé dans ma vie ! Grâce à toi j'ai aimé ! Alors merci ! Merci et pardon !

Pardon ! Je ne vois pas tes rides et tu ne vois pas les miennes, je n'ai pas vu tes souffrances et tu n'as pas vu les miennes ! Pardon ! Je n'ai pas vu tes larmes, elles ont tari ! Et tu ne vois pas les miennes ! Pardon ! J'ai fait le bien parce que je voulais faire le bien ! J'ai fait le mal mais je ne voulais pas faire le mal ! Pardon ! Tu as refait ta vie, comme une humaine, et moi la mienne !

Pardon ! Je n'ai pas d'or à t'offrir, comme jadis ma mère ! Pardon ! Je n'ai plus que mon amour à t'offrir, autant que je vis, et ce poème, Houara mon amour ! En hommage à notre histoire, à notre adolescence, à notre insouciance, à notre jeunesse, uniques, magnifiques ! En hommage à notre amour ! Notre pauvre amour ! Notre cher amour !

Aragon a chanté les yeux d'Elsa ! Moi je chante ton grand cœur, ta bonté, tes sacrifices ! Je chante la grandeur de ton âme, l'immensité de ton amour et ta foi ! Je t'offre, Houara mon amour, cet ultime poème, pour la paix de nos âmes ! Pour la paix de toutes les âmes ! Paix aux vénérables parents qui ont tant souffert ! Paix aux vénérables grands parents ! Paix au monde ! Paix à l'amour ! Paix à notre amour !

Houara mon amour ! Reine de mes pensées ! De nous aimer, nous n'avons jamais cessé !

Abdellatif Chamsdine
Diplômé de 3ème cycle Université Paris7 Jussieu.

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