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Abdallah BOUHAMIDI - eMarrakech - publié le Samedi 3 Juillet à 00:10

Heidemarie Schwermer et Percy.Schmeiser : Même combat




Abdallah BOUHAMIDI : Je ne sais pas ce qu’il m’arrive, mais coup sur coup et d’une semaine à l’autre, j’ai rencontré deux personnages de roman. Une femme d’abord puis un homme qui ont cela en commun à la fois, chacun à sa manière de dire non à la fatalité du système et, par la force de leur exemple de l’interroger là où ça lui fait mal.



Heidemarie Schwermer
Heidemarie Schwermer
Je les ai rencontrés lors de deux séminaires qui se tenaient, en mai et juin derniers tous les deux en Autriche, l’un à Sankt Pölten en basse Autriche, l’autre à Altlengbach,  toujours dans la même région, pas loin de Vienne. La première Heidemarie Schwermer est Allemande de Dortmund, le second Percy Schmeizer est Canadien de l’Ouest, d’origine autrichienne.

L’argent-roi détrôné

Heidemarie, est une jolie femme coquette et toujours habillée avec goût et recherche. Elle a 68 ans. Elle a été enseignante. Elle semble en bonne santé et sourit tout le temps. Heidemarie , depuis 14  ans a pris la décision et a tenu à vivre en se passant de l’argent qui est, pour elle “l’oeuvre du diable”. Pour cela, elle l’a banni totalement de sa vie. Elle n’en a pas et s’organise pour vivre sans avoir recours d’une manière ou d’une autre à ce média.

Comment vit-elle ?

Cela a été un rude apprentissage, mais elle y est arrivée. Elle a d’abord rejoint à Dortmund des groupes qui pratiquaient le troc des services rendus. Je te peins ta chambre à coucher et tu t’occupes de mon jardin. Je peux aussi te donner des leçons d’aquarelle contre des  cours de philosophie ou bien contre un hébergement dans ta maison de campagne pendant quelques jours de vacances où je peux disposer de ton verger. La liste serait longue et se pratique bien. On trouve ce genre de mouvements un peu partout dans le monde. En France , on appelle cela des SEL. C’est un mouvement qui se développe un peu partout dans le monde et qui, soi dit en passant existe au Maroc depuis des lustres sous forme de ce qu’on appelle “Touiza”.

Une rupture complète avec l’argent

Heidemarie, elle voulait plus que ce type d’échange. Elle voulait une rupture complète d’avec l’argent. C’est ainsi qu’elle est devenue sans domicile, sans meubles et sans attache. Elle vit ça et là, chez des amis, mais attention, elle ne demande pas la charité. Elle a développé des aptitudes diverses qu’elle échange contre des services qui lui permettent de vivre à l’aise en dépit des aléas du genre. Le bouche à oreille fonctionne à merveille. Là, elle garde une maison de campagne pendant quelque mois. Parfois, c’est d’une personne âgée ou malade qu’elle s’occupe pendant quelque temps, moyennant hébergement, vêtement, loisirs ou nourriture. « Des fois, quand je sens que je vais avoir besoin de quelque chose, il suffit que j’y pense fortement pour que quelqu’un m’en propose ». Et de donner l’exemple récent d’un tube de dentifrice qui touchait à sa fin . « Il a suffit que je pense : « Tiens il me faudrait du dentifrice »,  pour qu’un copain m’appelle pour me dire qu’on lui avait offert un lot de tubes de dentifrice contre un service quelconque et qu’il en avait de trop » . « C’est ainsi, ajoute Heidemarie en riant (Elle rit tout le temps)  que je me suis retrouvé avec 5 tubes de dentifrice d’un coup » … dont elle a distribué certains à d’autres qui en avaient besoin. Il faut dire que son aventure est possible parce qu’un réseau s’est constitué autour d’elle. Il faut dire aussi qu’elle doit rendre au moins autant de services qu’elle en reçoit sinon plus. Donc, exit tout sentiment de vivre accrochée aux basques des autres .

Heidemarie, dit-elle même qu’elle ne préconiserait pas une généralisation de son expérience qui n’en demeure pas moins intéressante en cela qu’elle s’oppose à l’argent roi. Elle a réussi à échapper à son emprise. Heidemarie voyage beaucoup, donne des conférences et participe à toute sortes d’activités et d’événement culturels et humanitaires. On l’invite un peu partout et elle met souvent la main à la pâte toutefois jamais contre de l’argent, mais contre des produits en nature, voyage, spectacles, nourriture et sorties. Elle n’a pas d’argent ni sur elle ni dans aucun compte bancaire.

Elle s’est également constitué un réseau de magasins qui lui font cadeau , notamment en alimentation, des invendus. Et pour elle, ce n’est pas de la mendicité, mais tout simplement une remise en question d’un système qui a fait du gaspillage l’un de ses piliers fondamentaux. Et c’est ainsi qu’alors qu’il y en a qui n’ont rien, le maintien des prix élevés impose que l’on jette de la marchandise encore saine à la poubelle. Dans un film autrichien  de l’an dernier « Let’s make money » du réalisateur autrichien  Erwin Wagenhofer (2008)…., il est montré que les magasins de la ville de Vienne jettent chaque jour la quantité de pain qui suffirait à nourrir la ville de Linz (190 000 habitants)….. Cela se fait partout. Au nom du sacro saint profit. Et c’est ainsi que l’on épuise la terre pour de l’argent. On peut légitimement se poser la question si cela ne se fait pas au Maroc.

 Quand Heidemarie veut se rendre quelque part, elle va à la gare et profite des gratuités dont bénéficient les groupes à partir d’un certain nombre de personnes. Elle met un panneau et demande ce type de service. Et il se trouve toujours un groupe qui la prend en charge et la fait bénéficier de la gratuité acquise. Il lui suffit d’expliquer qui elle est et sa philosophie de la vie. Après, je parie que les compagnons de voyage ne le regrettent pas. Parmi les services qu’elle peut rendre, le meilleur de ce qu’elle peut proposer est la bonne humeur et un optimisme à réveiller un panda asthénique.

Percy. Schmeiser
Percy. Schmeiser
Percy Schmeiser ou David contre Goliath
 
Percy, lui a 79 ans et va, plutôt en bonne santé et une très belle humeur, vers ses 80 printemps. Percy lui est agriculteur de son métier. Il exploite une propriété moyenne à Bruno, dans l’ouest du Canada  Où, pendant plus de 40 ans il a développé des semences diverses notamment de colza. Percy Schmeiser a été également maire de la petite commune de Bruno de 1966 à 1983 et député dans le parlement de sa province de 1967 à 1971.

 Il s’est trouvé que sa ferme n’était pas trop loin des terres que le géant Monsanto, multinationale agro-chimique et empoisonneur patenté de l’ensemble des continents exploitait pour expérimenter ses pesticides et autres OGM.  

L’une des spécialités de Monsanto est de fabriquer et de commercialiser ses semences modifiées génétiquement de manière à résister aux attaques naturelles mais aussi de ne pas se reproduire , si bien que les agriculteurs qui en sont acquéreurs à des prix, certes très compétitifs, doivent signer un contrat les obligeant de racheter leurs semences annuelles chez Monsanto, ce dernier se donnant le droit d’inspecter leurs terres afin de s’assurer qu’ils respectent bien le contrat et qu’ils ne se fournissent chez personne d’autre.  On imagine ce que cela peut signifier comme pouvoir et ce à une échelle qui ne pourrait que s’élargir jusqu’à atteindre le monde entier. On imagine ce que cela peut représenter comme enjeu autant économique que politique. Mais, là, à y voir plus attentivement, on n’est plus dans un scénario fictif, mais déjà dans une réalité tangible. On imagine aussi ce que peut représenter quelqu’un comme Percy Schmeizer  qui prétend échapper à cette machine de conquête du terrain et du pouvoir. Un petit concurrent à plier ou à abattre.

Le choix de se battre

Percy eut le tort de résister à ce système. Et alors Monsanto l’attaqua en l’accusant de bénéficier par les voies naturelles de ses semences et pesticides et demanda réparation. Le 14 août 1999, Dave Margoshes du Vancouver Sun écrivait : « Percy était blessé dans sa fierté. Il choisit de se battre plutôt que de prendre sur lui-même . » Mais le combat, il le savait, ne serait pas facile, contre une multinationale de cette envergure. Il n’avait certes qu’un avocat à opposer à la vingtaine défendant  Monsanto, mais Percy se prit au jeu avec sa foi inébranlable pour lui.  Plutôt que de penser « pot de terre contre pot de fer », il pensa « David contre Goliath ».

Question de perspective, ça change tout.

Soutenu par sa femme et un nombre croissant d’amis, Percy ne se laissa pas faire.. Le géant Monsanto  qui demandait près d’un million de dollars canadiens comme dédommagement, perdit ses procès contre le petit Percy à l’issue d’une procédure qui dura des années.

La contre attaque et la victoire.

 Non content d’avoir gagné, Percy Schmeiser attaqua à son tour le géant des OGM pour contamination de ses terres via les fameuses voies naturelles. Cela dura des années et Monsanto finit, tenez-vous bien, par proposer un règlement à l’amiable que Percy négocia , accepta et empocha de quoi le dédommager de ses frais et préjudices subis.

Mais pour Percy, le combat ne s’arrêtera pas là. Ses longues années de batailles lui avaient fait prendre conscience des méfaits des pesticides et des risques pour la nature des manipulations génétiques. Il consacre désormais son temps et son énergie à les combattre partout où il le peut et ce à l’échelle mondiale. Il va jusqu’à remettre en question les bénéfices promis des OGM. Il est vrai qu’on revient de plus en plus des miracles des OGM.

Le faux miracle des OGM

Quand j’ai découvert, il y a vingt ans les OGM dans un documentaire, j’ai été personnellement fasciné par tout ce que ces techniques promettaient. Faire pousser des tomates sur un terrain rocailleux, renforcer les défenses « naturelles » des plantes, j’ai tout de suite pensé que là se trouvaient les clés pour nourrir l’humanité. Finies les disettes et autres famines. Finies l’injustice alimentaire entre pays fertiles et pays arides etc… Depuis, on en est revenu de ce rêve et ne restent que les cauchemars des incertitudes sur les effets sur la santé et l’environnement des manipulations génétiques.

Où en on est-on au Maroc ?

L’Inde ( plus d’un milliard de personnes à nourrir)  vient de voter une loi interdisant les cultures OGM dans ces terres au motif des mêmes incertitudes et de l’impossibilité dans laquelle on se trouve de contrôler les chaînes de modification sur la faune, la flore et la terre qui peuvent en résulter. D’autres pays évoquent les mêmes positions de précaution. Bien entendu, là où l’on voyait des perspectives de développement alimentaires et des possibilités d’enrayer la famine de la surface de la terre, des multinationales telles le Monsanto, voyaient , elles, les bénéfices à en tirer à travers l’emprise qu’elles auraient sur la production agricole mondiale et les dépendances que cela créerait à son égard de la part des agriculteurs et paysans du monde.

J’ai essayé de voir ce qu’il en était au Maroc et pour l’heure, je n’ai trouvé que du flou. Il n’y a pas de loi réglementant et encore moins interdisant l’utilisation d’OGM au Maroc. On se trouve à tout le moins devant un vide juridique et les déclarations des responsables comme quoi il n’y aurait pas d’agriculture ni d’expérimentations OGM dans notre pays est , au plus une attitude plus frileuse que réellement prudente et encore moins rassurante.  Même les verts marocains, il y en a et c’est déjà beaucoup, demandent une réglementation. Or pour l’heure, il s’agirait plutôt d’exiger l’interdiction, si l’on veut être sérieux.

Ce que l’on sait, c’est que de l’OGM, on en bouffe, au moins indirectement, à longueur de journée au Maroc qui importe maïs et soja génétiquement modifiés pour l’alimentation animale. CQFD. Ces animaux génétiquement modifiés urinent et défèquent dans la nature avant de finir dans nos tajines et enfin , de nouveau dans la nature via nos vessies et nos intestins infestant à notre tour l’environnement.

Quand on sait que les USA sont les premiers producteurs de maïs et de soja transgéniques, on mesure le poids économique et politique  d’un tel commerce et les fragilités de notre indépendance, économique, politique et maintenant … génétique par rapport à cette puissance.

Là où nous en sommes rendus, nous pourrions chanter à l’oncle Sam, cette belle chanson d’amour : I’ve got you under my skin.



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