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Ramzi Ghannouchi - publié le Samedi 27 Juin à 12:06

Habemus problema

Des gens qui doutent ...






Tous les verbes se conjuguent désormais au passé et l’époque est au rappel des conservatismes. Islamisme, civilisations, barbares, juifs, arabes, homosexuel, avortement, nation, étranger, famine, guerres...la modernité tourne le dos même au vocabulaire. Pas de renouveau fondamental mais un retour spectaculaire au bagage lexical du siècle dernier. Des variables supplémentaires mais les mêmes constantes : l’instinct belliqueux de ceux qui ne doutent plus et qui nous refusent le droit à l’indifférence, la peur destructrice de ceux qui disent croire à l’immensité sans vraiment croire en elle, la vengeance, maladive par définition, de ceux qui ne s’aiment plus et qui ne peuvent donc plus nous aimer et puis cette envie si ancienne de dominer la différence sans daigner la regarder. L’impuissance devant la complexité du monde humain doit-elle justifier sa perdition intellectuelle et la régression de l’esprit d’ouverture ! Loin de nous l’idée de rejeter « le contemporain » en magnifiant nos aïeux et leur époque. C’est à eux que l’on doit beaucoup mais à qui des reproches pourraient être faits. Le présent n’est-il pas un produit du passé et des erreurs des anciens !

Mais ce présent est très mal assumé, hypocrite et naturellement égoïste. Nous voulons comme l’illustre bien une formule triviale « l’avantage du voyage sans s’engager ». Nous nous attendons à la glorification de nos choix progressistes incomplets et nous voulons renvoyer une image d’un être qui est loin, trop loin, de pouvoir nous représenter. Nous demeurons bizarres, à la marge de notre histoire. Notre modernité n’est pas réelle et nous ne méritons pas d’y vivre. Cette modernité qui a bousculé l’histoire, cette modernité qui a importuné les esprits endormis, cette modernité qui a écrasé, broyé et jeté aux oubliettes, croyions-nous, toute cette malheureuse sémantique discriminatoire, cette modernité là nous est étrangère et étrange même. Nous nous refusons de la voir et de la vivre, nous acceptons seulement de porter ses étendards, comme les lâches du village qu’on obligeait autrefois à partir faire la guerre. La suspicion, la haine, les discriminations, les prises de position condescendantes font foi et ont droit de cité. La comparaison de l’immigration à une fuite d’eau que nous devons à un ancien Chef d’Etat (N.K), le gouvernement hongrois qui assume sa décision de dresser un mur le long de la frontière avec la Serbie, la condamnation de deux jeunes hommes marocains pour homosexualité à cause d’un simple baiser, les jupes trop courtes jugées trop ostentatoires (il ne faut pas gêner dans ces pays, il ne faut pas vivre non plus paraît-il), la non-observation du jeûne qui donne lieu à des agressions... , illustrent ce rejet contemporain de l’altérité. La critique de ce rejet ne s’inscrit pas dans une logique de déni de l’histoire, une histoire qui a toujours connu des intolérances et des discriminations. Cependant, la modernité avait inauguré, croyions-nous, une ère de progrès, et le progrès n’est pas supposé s’arrêter, le progrès n’est pas un point d’arrivée. C’est à ce niveau que se situe notre positionnement intellectuel. Pourquoi avons-nous décidé d’arrêter d’évoluer ? Pourquoi osent-ils, ces progressistes des années 70-80, nous dire ce que c’est que le progrès, ce que doit être notre attitude et surtout comment réagir aux problématiques d’une époque qui doit bien être la notre ? Pourquoi acceptent-ils, ces conservateurs de toujours, de valoriser des acquis qui autrefois les irritaient ? Ceux qui étaient contre le PACS homosexuel en France sont aujourd’hui pour sa valorisation et sa présentation comme une alternative au Mariage, permettant ainsi de limiter encore une fois les droits au lieu de les faire évoluer, ceux qui méprisaient le Code du Statut Personnel tunisien, le mettent aujourd’hui en avant afin de « geler » des acquis qui pourtant , pour être valorisés, devraient plutôt évoluer .

Habemus problema car nous ne nous connaissons pas assez. Habemus problema car nous n’assumons pas notre retard. Habemus problema car nous ne reconnaissons pas notre arriération et nous faisons une fixation sur un passé qui pourtant n’était pas le notre et qui ne nous doit rien !



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