Lemag.ma : Portail d’information dédié au Maroc et au Maghreb
Facebook
Twitter
App Store
Newsletter
Mobile
Rss
DMN : Fortes pluies parfois orageuses de dimanche après-midi à lundi à... | via @lemagMaroc https://t.co/fMulX9kRJr https://t.co/WIPUGiCK7G



AFP - Ingrid BAZINET - publié le Jeudi 26 Décembre à 12:03

Franco en punching-ball: le "défoulement" d'un artiste espagnol contre le tabou




Madrid - La tête en silicone quasi-réelle de Franco trône sur le pied d'un punching-ball: un sculpteur espagnol Eugenio Merino affronte une nouvelle plainte de la Fondation Franco qui a perdu cet été un premier procès contre une autre oeuvre exposant le dictateur dans un réfrigérateur.



Francisco Franco
Francisco Franco
A 36 ans, Eugenio Merino fait partie de cette génération de jeunes artistes qui, nés après la mort de Francisco Franco en 1975, s'attaque au tabou en Espagne du régime de franquiste (1939-1975).

"Il me semblait bien pour ceux qui ont été réprimés et qui n'ont rien obtenu en justice, d'avoir cela pour pouvoir se défouler, comme une espèce de catharsis", explique à l'AFP Eugenio Merino.

Pour son oeuvre intitulée "Punching Franco", l'artiste a sculpté une tête en silicone de Francisco Franco, d'une ressemblance frappante, installée à la place du traditionnel sac de frappe sur un lourd socle à ressorts, affublée de lunettes de soleil dont un verre est manquant.

"Tu peux faire ça, te défouler, parce que tu ne pourras pas obtenir autre chose en Espagne", se désole-t-il tout en réparant dans son atelier l'oeuvre endommagée par le perroquet du photographe qui en est désormais le propriétaire.

"L'artiste a un perroquet vivant habituellement en liberté dans sa chambre et il l'a mangé", explique Eugenio Merino, montrant les raccords de silicone sur une oreille et sur le nez.

Mais la Fondation nationale Francisco Franco, chargée de préserver l'héritage du dictateur, est outrée. Elle a déposé plainte début novembre pour "atteinte illégitime à l'honneur" de la fondation, dénonçant une "reproduction, de celui qui fut un chef de l'Etat, frisant le grotesque et l'outrage".

"L'outrage et l'injure ne sont protégées comme un droit dans aucun pays", s'insurge auprès de l'AFP le vice-président de la fondation, Jaime Alonso.

"En plus, c'est de mauvais goût, car cela pourrait être son père ou le mien, placé de même manière contre lequel on dirait: défonce-lui le nez, défonce-lui la tête", dit-il. "C'est d'une médiocrité et d'une grossièreté indigne d'une civilisation".

La Fondation Franco s'était déjà insurgée contre "Always Franco", une autre sculpture d'Eugenio Merino, montrant le dictateur grandeur nature dans un réfrigérateur, en uniforme militaire et lunettes de soleil noires, exposée lors du salon d'art contemporain Arco en février 2012.

Mais elle avait été déboutée de sa plainte en juillet dernier, la juge estimant que l'oeuvre "n'altérait pas la réputation ou la mémoire du personnage historique mais constituait une oeuvre critique qui appelle à la réflexion".

"Punching Franco" est d'ailleurs "une réponse à cette première plainte" de plusieurs artistes, souligne Eugenio Merino. Son punching-ball inédit était l'une des oeuvres exposées lors "des Journées contre Franco" organisées par le Collectif d'Artistes anti-fascistes, une semaine avant la décision de justice l'été dernier.

Ces artistes avaient regretté que l'Espagne soit "incapable d'évaluer avec distance les funestes conséquences de la dictature militaire qui a contrôlé le pays pendant 40 ans".

L'avocat d'Eugenio Merino, Jorge Laguna Alonso, estime aussi, dans une réponse à la nouvelle plainte, que la Fondation Franco "tente de nouveau de faire pression sur les droits reconnus par la Constitution espagnole, à savoir, la libre expression, la création artistique, démontrant une sorte de manie de la persécution interdite dans notre droit, avec une évidente mauvaise foi".

Cela prouve "qu'il y a toujours un tabou en Espagne" et qu'"il y a des personnalités politiques qui défendent ce personnage", dit Eugenio Merino. Il cite aussi le refus de l'Espagne d'enquêter sur les crimes du franquisme, sur la base de la loi d'amnistie de 1977, et l'interdiction d'exercer prononcée contre le juge Baltasar Garzon pour, selon ses défenseurs, avoir voulu enquêter sur ces crimes.

Pour Eugenio Merino, "il est essentiel qu'un artiste soit proche de ce qui se passe". Dans l'atelier, aux côtés de moulages de têtes des ex-dirigeants cubain Fidel Castro et vénézuélien Hugo Chavez, sa prochaine oeuvre prend forme: une sculpture de Kim Jong-Il, le père décédé le 17 décembre 2011 de l'actuel dirigeant de Corée du Nord Kim Jong-Un, qui finira elle aussi exposée dans un réfrigérateur.



               Partager Partager


Dans la même rubrique :
< >

Samedi 3 Décembre 2016 - 10:37 L’ETOILE D'OR ne sera jamais marocaine!?

Vendredi 2 Décembre 2016 - 16:17 Ousmane Sow : Le sculpteur qui vient des étoiles