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Abderrahman Benhamza - publié le Lundi 27 Septembre à 12:22

Faux et faussaires : La course au pognon




Ces derniers temps au Maroc, l’industrie des faux tableaux va bon train. On falsifie un peu partout, caché dans des caves ou tapi, loin des regards, dans quelques lointains patelins, comme on nous l’a souvent raconté. On falsifie sur commande, ou par esprit subversif, activant un commerce lucratif pour les uns, de nègres pour les autres souvent payés en monnaie de singe. On falsifie des palettes ciblées, aux signatures juteuses et jugées faciles à imiter, des figuratifs, des naïfs, parfois des abstraits, dont on trouve preneur à toutes les occasions. C’est ce que commencent à dénoncer nombre d’amateurs inquiets, que dénonce le syndicat marocain des artistes plasticiens marocains et l’ANAP qui, nous déclare son fondateur, ne vont pas rester les bras croisés sans réagir, quitte à porter l’affaire devant la justice, une fois surpris le premier faussaire !



Certes, dans l’absence d’un contrôle judicieux et de sanctions effectives, il se trouve qu’aujourd’hui la pratique du faux est la meilleure façon de s’enrichir à bon compte. Et, comme la plupart de nos collectionneurs aisés manquent souvent de perspicacité en matière d’acquisitions, les faussaires leur auraient facilement fait avaler des copies serviles d’un Van Gogh, d’un Courbet ou d’un Warhol si ces derniers avaient été par hasard des Marocains, tellement nos artistes, désemparés et mal encadrés, prêtent le flanc à ce genre de cannibalisme artistique.

On se demande alors où sont nos experts en art.  Et d’abord, qu’est-ce qu’un expert ? Par définition, c’est quelqu’un qu’on a investi d’une responsabilité juridique afin de faire consciencieusement son travail ; il est assermenté près les tribunaux pour les beaux-arts et tout porte à croire qu’il est dans son cas l’honnêteté incarnée. Certes, on ne pourrait être spécialiste que d’un ou de deux artistes, parce qu’on les a longtemps fréquentés, qu’on connaît donc leurs parcours, leur technique de travail, les étapes qu’ils ont traversées, leur intimité même oserions-nous dire. Ceci est important pour la culture de l’expert, cela l’empêche de verser dans les a priori. Il est vrai aussi que l’expertise n’est pas une science exacte, à moins de recourir à des instruments de laboratoire, au Carbone 14 ou à la thermoluminescence, qui servent surtout pour la datation, ce qui compte le cas échéant. Or, certaines personnes qualifiées d’experts prétendent maîtriser toutes les palettes, celles des morts et celles des vivants, et n’hésitent pas de vous délivrer des certificats d’authenticité le moins qu’on puisse dire expéditifs. A comprendre tout de suite par là, vu les rumeurs qui courent, soit qu’il s’agit d’une obscure histoire de blanchiment d’argent, soit qu’il est question de grosses sommes à gagner et à partager, au mépris de toute éthique, de toute culture, de toute créativité !

Le plus grave, c’est que certains faux circulant librement (notamment à propos de Hassan El Glaoui, de Chaîbia, de Saladi…) sont écoulés sur le marché comme étant des originaux. Ceux qui les acquièrent arrivent à les vendre et revendre en toute impunité, forts de leurs soi-disant certificats, en les insérant dans des ventes aux enchères contre bénéfices cela va de soi, en vue d’une plus VALUE alléchante. Des ventes aux enchères qui, depuis qu’elles existent, orchestrent la partition des cotes et des prix à leur guise en argumentant que ce sont là des astuces de marketing tout à fait légitimes. Nous savons pourtant, ne serait-ce que par oui-dire (qui est la fumée du feu) ce qui se passe en réalité dans les coulisses lorsqu’un acheteur vient à découvrir que ce qu’on lui vendu n’est rien de moins qu’un faux étincelant, l’acheteur qui risque de ne plus voir dans la salle qui l’a si bien accueilli qu’un tripot déguisé, dans le cérémonial déployé par le commissaire-priseur (toujours un étranger) qu’un triste jeu d’illusionniste. Le clinquant du catalogue édité à l’occasion faisant le reste !

Pourtant il y a une loi qui a tranché dans l’organisation et la marche de ce « souk ». Ainsi, il est par exemple interdit que les maisons de ventes achètent des œuvres à des particuliers pour les revendre lors de leurs enchères ; de même qu’une cote ne se fabrique pas du jour au lendemain ni sur la seule tête de l’artiste ou du client, pour en décider. Il y faudra au moins quinze ans de recul, de présence et de travail assidu et tangent… Nous en connaissons des artistes qui brillent par leurs talents mais, parce qu’ils sont marginalisés, brimés, combattus, ils n’ont pas droit encore eu droit à la reconnaissance, partant au festin. Certainement qu’il y a une loi, mais on fait tout pour en détourner l’esprit et l’application en commençant par acheter les médias, soudoyer les intermédiaires, enrôler des marchands de mirage, préparant de la sorte le terrain à l’amateur/acheteur potentiel (vraiment niais celui-là? mais nanti, il n’y a pas de doute), et lui en faisant accroire à coups de formules magiques, de dithyrambes et de fanfaronnades à propos de telle ou telle œuvre risquant de lui plaire. Cela frise tout bonnement l’arnaque.

De leur côté les ayant droit ont aussi leur propre manège, qui ne surpasse pas en démonstrations fumeuses celui des salles de ventes. Leur expertise, qu’ils disent leur revenir de droit naturel (!), est une autre paire de manches, elle repose le plus souvent sur leur humeur du moment, surtout quand ils savent qu’il n’y a pas grand chose à tirer de ce qu’on leur propose. Beaucoup d’œuvres de Chaîbia ont ainsi été déclarées des faux, de Ahmed Cherkaoui aussi, de J Gharbaoui, etc. L’expertise est assujettie là à un bon vouloir qui n’est que cachotterie et tromperie. Car, on a souvent vu les faux stigmatisés mener ailleurs leur vie naturelle d’œuvres originales intouchables. Beaucoup ne le savent peut-être pas ou ne veulent pas le savoir. En attendant…

Ajoutons à cela le rôle joué par certaines revues d’art complices, qui en reproduisent des photos et, de la sorte, leur dorent le blason, donnant simplement le coup de grâce à l’art marocain.

Revoir la situation du marché de l’art au Maroc est une urgence. D’autant que le domaine connaît un essor évident, de charrier une masse monétaire non négligeable, mais qui ne profite pour l’instant qu’aux docteurs ès « bizness », sous couvert d’une légalité de façade. Revoir le statut de l’expert en précisant ses prérogatives et son champ d’action, celui du commissaire priseur ; contrôler fiscalement les recettes et les dépenses des salles de ventes. Afin d’assainir les lieux et les mentalités et lever l’ambiguïté qui plane sur un patrimoine national aujourd’hui au vampirisme. Un souhait citoyen de quelqu’un qui croit à l’avenir artistique de son pays.



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