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Hamid OURBA - publié le Lundi 11 Juillet à 11:37

Famille, Enfance et Genre, pour une réelle performance des politiques sociales au Maroc

L’Agence de Développement Social au centre de l’innovation sociale et l’appui à l’animation territoriale






Hamid OURBA
Hamid OURBA
Au Maroc, le capital humain, le Développement durable, la Croissance inclusive, le Développement Social  sont des termes en vogue. Pourtant, depuis plusieurs décennies, les inégalités n’ont pratiquement pas baissée. Avoir plus de croissance et moins de pauvres n’impliquent pas systématiquement la baisse des inégalités. Face à ce dilemme infernal des familles marocaines, le Maroc est en face d’un enjeu de taille et un chantier mobilisateur d’intelligence et de solidarités collectives à  instaurer et construire. 

Durant plusieurs décennies, le Maroc s’est investi dans différents domaines sociaux par des programmes sectoriels pour atténuer les effets de la pauvreté et des inégalités. L’action publique est toujours confrontée aux inévitables défis déclinés dans les objectifs millénaires de développement du Maroc, à savoir , activer la baisse des inégalités sociales, atténuer la pauvreté ressentie et activer la cadence de la baisse de la vulnérabilité et des différentes facettes de la pauvreté. Malgré les ressources importantes mobilisées pour le redressement des indices sociaux, les efforts publics tardent à produire des résultats tangibles vers une réduction graduelle et constante, des vulnérabilités, de la pauvreté et des inégalités. La « politique publique sociale » actuelle, perçue comme inapproprié et inefficace, pour lutter contre la pauvreté, dans un contexte de démographie en transition avancée, avec émergence de nouveaux besoins matériels et culturels exprimés et encadrés par la société civile. Cette situation de manque de performance dans le social est due en grande partie aux approches préconisées et au mode gestion qui ne répond pas aux besoins réels des bénéficiaires. Dupliquer des stratégies développées ailleurs sans tenir compte des réalités sur terrain , des outils spécifiques et des modes de gestion appropriés de conduite du processus, a engendré des actions sporadiques sans effets sur les indices de développement. De plus, le fait de s’appuyer sur des stratégies sectorielles autour du social sans établir le pont vers un changement réel et vers l’autonomisation des bénéficiaires, ne peut que rendre pérenne et perpétuelle une situation de déficit, alimenté par des générations de pauvres et des laisser pour compte. Le cas du programme de transfert monétaires conditionnel au Maroc dans le domaine de l’éducation (Tayssir) où des « transferts directs aux ménages pour de lutter directement contre la pauvreté et sont conditionnés à l’assiduité scolaire des enfants », a montré ses limites. La même constatation est valable pour les autres programmes (Ramid, politiques publiques de l’enfance, … etc.), où on se heurte toujours à une conduite estropiée des programmes qui ont pourtant, montrés une grande efficacité ailleurs. Dans l’éducation, Il ne suffit pas de garantir la présence des enfants dans les classes primaires mais de garantir une éducation juste et équitable aux populations démunies. Ceci suppose aussi la lutte contre la déperdition scolaire à tous les niveaux d’apprentissage, réduction du travail des enfants et amélioration de la fréquentation scolaire. La nécessité de repenser le développement en action intégrée s’impose fortement en tenant compte d’abord d’une mise à niveau sociale de résomption des déficits en matières de développement humain, d'infrastructures et d'équipement et surtout à un travail de fonds pour permettre le passage à un développement social l’autonomisation des individus, des familles et des territoires.

Dans la quête d'une société cohérente et solidaire, l’Initiative Nationale de Développement Humain(INDH) l’Agence de Développement social(ADS)et autres institutions, ont essayés d’instaurer ce lien entre l’assistance et le développement social par des processus stratégiques territorialisés basés sur les principes de participation et de partenariat ,sans pour autant réussir à produire des changements constants et graduels dans la société marocaine. Actuellement, les fonds pour le développement rural et des zones de montagne dédiés à la lutte contre la précarité dans le monde rural s’avère un levier potentiel du développement local .En effet, l’analyse des plans communaux de développement (2009-2015) a recelé des enjeux transversaux de développement territoriaux autour de l’infrastructure sociale de base (Education, santé, réseaux routiers et voix de communication). C’est en valorisant les territoires déficitaires en infrastructures de base qu’on permettra leur ouverture aux investisseurs et aux producteurs pour la création davantage d’emploi. C’est en développant les réseaux routiers en rendant les fiefs carrossables qu’on garantira une meilleure scolarisation et un meilleur accès aux soins de base. Toutefois, faute de politique sociale intégrée concertée et fondée sur la notion de résultats, le risque est énorme, dans le sens de la transformation de ce fond en une série de projets qui ne répondent pas nécessairement enjeux réels d’atténuation de la pauvreté et la précarité. La recherche d’impact de changement ne peut aboutir que dans un traitement complet de la pauvreté avec une programmation unifiée combinant les stratégies de santé, d’éducation et d’emploi.

Le chantier de la famille et l’enfance s’avère une avancée majeure dans la confection et le suivi des politiques publiques sociale. En effet, la Chambre des Représentants vient d’adopter le projet de loi n° 78-14 relatif au Conseil consultatif de la famille et de l'enfance(CCFE). Présenté par le ministère de la Solidarité, de la femme, de la famille et du développement social et élaboré en collaboration avec des partenaires nationaux et internationaux, notamment les ministères de la Justice et des libertés et de la Jeunesse et des sports, la Délégation interministérielle des droits de l'Homme et la Commission de Venise relevant du Conseil de l'Europe, ce texte de loi intervient dans le cadre de la de la mise en œuvre des dispositions de l’article 169 de la constitution. Cette nouvelle entité, aura pour mission de veiller à l'élaboration des grandes orientations des politiques publiques portant sur les droits de la famille, de l'enfance, des personnes en situation de handicap, des personnes en situation difficile, des personnes âgées et de tous les membres de la famille. Cette innovation majeure vise "l'instauration des piliers d'une société cohérente et solidaire où tout un chacun, communautés et individus, jouissent de la sécurité, la liberté, la dignité, la parité, l'égalité des chances et la justice sociale, en plus de la mise en place des fondamentaux d'une vie digne". Toutefois, les défis générés par l’instauration de ce conseil sont énormes et supposent la mise en place de partenariats et de relations de coopération avec l’ensemble des parties prenantes. L’objectif est d’éclairer les priorités stratégiques au regard des évolutions sociales, économiques et démographiques et surtout de réussir la mise en œuvre et l’opérationnalisation du processus vers un développement social pertinent.

Agir donc ,dans le domaine de développement social, suppose répondre à des enjeux, d’objectifs et de résultats prédéfinis et concerté dans un cadre global de politique publique sociale. Au Maroc, l’enjeu actuel est de faire émerger des orientations politiques et des modes d’action innovants pour la promotion d’un nouveau modèle de développement social au service du rééquilibrage de la société marocaine au niveau régional et national. Bien sur plusieurs parties prenantes sont concernées dans un cadre de projet sociétal bénéficiant de conviction et volonté politique pour un vrai changement et épanouissement des populations marocaines. Cet enjeu devra être traduit en une vision bien claire et des résultats prédéfinis avec gestion orientée vers la performance et non sur la redondance de l’action.

La Cible : la famille/enfance
Dans le domaine du développement social, la responsabilité de l’action publique est inéluctable dans l’atteinte des objectifs millénaires de développement par la création des synergies et la mobilisation de toutes les parties prenantes y compris les organisations d’Economie sociale et solidaire pour générer une plus value sociale au niveau des familles marocaines. Ceci ne peut aboutir que dans un cadre conceptuel innovant, privilégiant un ciblage pertinent, le processus, la recherche- action et l’apprentissage continu. Cette démarche est d’actualité est bien expérimentée, car même si la plupart des programmes sont présentés selon une conception de développement durable , leur conduite et opérationnalisation, se heurtent fréquemment à un manque de performance lié surtout au manque de gouvernance, à des résultats mal définis, des indicateurs perdus en court de route et qui se trompent souvent de cible.

La cible donc est la famille/enfance et non les organisations communautaires appelées à participer et à s’acquitter d’une partie de l’action publique pour alléger les inégalités et la pauvreté. Certes, le renforcement des capacités des acteurs locaux et surtout les organisations d’Economie Sociale et solidaire est une nécessité transversale au processus de changement, mais leur action devra être inscrite et programmée dans le plan d’action d’une stratégie territorialisée répondant à un impact prédéfini. Cette conception d’action trouve sa légitimité dans le profil de la pauvreté au Maroc et plusieurs pays du Sud, distingué par le très bas niveau du capital humain, identifié comme l’une des causes principales de la pauvreté à long terme avec incidence de pauvreté élevée parmi les enfants. En plus, les enfants des parents pauvres sont les plus susceptibles de le rester. Ainsi, mettre l’accent sur les familles avec enfants serait une meilleure stratégie de réduction de pauvreté et d’accumulation de capital humain (Langoni, 1973 et Fishlow1972). Du coup, nous pensons que c’est au niveau de la famille que devra être concentrée l’action publique de l’état afin d’atténuer les vulnérabilités sous forme d’accompagnement social personnalisé, territorialisé, tenant compte des spécificités et des disparités territoriales. C’est au sein des familles que les dépenses des programmes anti-pauvreté trouveront leur efficacité. C’est à ce même niveau que doit être conçu, suivi et évalué les indicateurs de développement dans les domaines de l’éducation, santé et emploi, avec attention particulière à la petite enfance, des personnes âgées, des malades, des personnes en situation de handicap.

L’enjeu ultime est de structurer le système de protection social pour agir efficacement sur les causes de la pauvreté via un processus qui établit le pont entre l’assistance sociale et le développement social. Ce système devra capitaliser sur la conception de transfert conditionné des revenus expérimenté au Maroc (Programme Tayssir) et qui s’est avéré une importante innovation sociale surtout dans les pays sud-américains. Le transfert conditionné des revenus qui a été développé dans les pays d’Amérique du sud et ailleurs, a pour objectif, comme définit dans les termes du programme Bolsa Brasilia, « non seulement d’atténuer la pauvreté avec les transferts de revenus mais aussi de combattre ses causes à l’aide de conditionnalités qui génèrent des incitations à des investissements en capital humain ». L’idée est de s’investir dans un processus d’apprentissage continu dans la conduite de politique publique sociale qui soulage la pauvreté actuelle et s’attaque aux causes des disfonctionnements sur le long terme. Ce processus débutera par l’application du concept dans le domaine d’éducation pour le généraliser ensuite sur les autres formes d’investissements en capital humain. Ce processus nécessite une stratégie de suivi-évaluation et capitalisation autour d’indicateurs bien différenciés et des résultats à atteindre bien définis. L’opérationnalisation de ce processus nécessite un investissement dans le capital humain en dispensant des formations à un nombre important dans le domaine d’assistance sociale et développement Social ( assistants sociaux et agents de développement ) pour accompagnement et suivi de proximité des indicateurs de changements au sein des familles.

Solidarités, convergence et territorialité autour de la famille, enfance et genre.
Si la politique sociale est l’apanage de l’état, son opérationnalisation devra être conduite dans un cadre de gestion décentralisée où toutes les parties prenantes sont représentées (Région, collectivités locales, éducation, santé, emploi, haut commissariat au plan...Etc.). Etant la famille marocaine est la cible du processus de développement, le ministère de tutelle à savoir le ministère de Solidarité, de la femme, famille et Développement Social a plusieurs défis à relever. Ce ministère pourra par le biais de ses représentations territoriales à savoir, l’Agence de Développement Social, l’entraide National et l’Action sociale conduire un réel changement dans un cadre pertinent de politique sociale intégrée. Et pour aligner son action sur une cible précise, la tutelle pourra être abrogée en ministère de la famille, enfance et genre. Les solidarités, le développement social et le genre seront les outils de confection du maillon assistance sociale –Développement social pour une meilleure performance de son action. C’est donc un chantier colossal qui nécessite non seulement des fonds étatiques, des solidarités interrégionales, mais aussi de mobiliser des solidarités au sein de la société marocaine. L’alignement de toutes les parties prenantes y compris l’INDH, des fondations de l’état, du ministère des affaires islamiques et ses grandes ressources via le concept de zakat, pourraient participer à l’apport de deniers nécessaires pour réussir ce chantier sociétal.

Vers une meilleure intégration de L’agence de Développement Social dans le chantier de la famille, enfance et genre.
Depuis quelques années, l’Agence de Développement social (ADS), créée par l’ancien premier ministre Abderrahmane El Youssoufi traverse une crise qui affecte sa mission et même son existence au point d’envisager sa dissolution et sa transformation en direction affiliée au Ministère de Solidarité, de la Femme, Famille et Développement Social. Depuis sa création en 1999, Cet établissement public a dédiée sa mission à la « réduction de la pauvreté et à la promotion du développement social au Maroc, en complémentarité avec les autres instruments étatiques qui contribuent à réduire le déficit social, et dans le cadre d'une approche participative et partenariale avec la société civile et les institutions locales élues ». Malgré ses apports importants dans l’innovation sociale, la confection de méthodes, et d’outils charniers entre assistance sociale et développement social, l’ADS est confrontée actuellement, à une crise majeure qui entrave son processus d’action, en la cloisonnant dans un terrain conquis par une politique sécuritaire et stationnaire, autour de l’assistance sociale. En fait, l’approche agence pour le développement parait ignorée au profit d’une vision plus fonctionnaliste d’appui au développement. Cette régression, entrave le processus évolutif des approches préconisées au Maroc dans les domaines de Développement durable et des politiques publiques sociales. L’approche agence pour le développement propose de se séparer des aspects sectoriels de l’action, et préconise une certaine cohérence et une convergence à la base avec un projet de territoire répondant aux enjeux de développement des territoires et la création de dynamiques capables d’engendrer le changement. Cette régression est d'autant plus paradoxale que la nécessité de développer des modes de gestion et de Combiner l’action sociale au développement social sur une programmation unifiée, est d’actualité au Maroc. Réduire les inégalités sociales est une question de ciblage, mais aussi, une participation dans un cadre de convergence et de performance de toutes les parties prenantes, pour une meilleure réussite du passage assistance sociale –développement Social autour de la lute contre la pauvreté et l’exclusion sociale. L’opérationnalisation du processus et du chantier de la famille dans la conception proposé, devra être l’apanage d’une institution à l’avant-garde des concepts de performance, d’appui au développement d’animation et innovation territoriale pour la lutte contre la pauvreté et vulnérabilité auprès une grande tranche de la population.

Du coup, le renforcement de la mission et l’action de l’ADS est donc une nécessité pour accompagner le processus du chantier famille, l’enfance et le genre. En effet, l’ADS, forte de ces représentations régionales, a développé un certain ancrage territorial et une connaissance approfondie des enjeux et outils d’action qui lui permettent d’introduire les problématiques sociales et confédérer les parties prenantes dans les processus de changement. Du coup, elle s’impose en tant qu’outil d’identification, d’aide à la prise de décisions et de conduite du changement nécessaire pour répondre aux problématiques sociales du Maroc.

L’Agence de Développement social, présente tous les atouts pour participer à ce grand chantier en tant qu’instance orientée vers la recherche-action dans le domaine d’ingénierie et d’innovation sociale ainsi que l’appui à la co-construction des processus de changement. S’appuyant sur sa propre expérience et d’autres expériences mondiales ainsi que sur sa quête pour l’innovation sociale, l’ADS pourra participer et jouer un rôle incontournable dans la construction et la production de modèle marocain innovant en matière réduction de la pauvreté et à la promotion du développement social au Maroc.

Enfin, le chantier de la famille, enfance et genre, s’avère un éternel nouveau chantier de redressement de la nation marocaine, dont le capital humain est la seule garantie de son développement et son épanouissement. L’action publique doit repenser ses objectifs, ses résultats et surtout ses modalités d’action vers la recherche de la performance et d’impact. C’est un long et difficile processus d’apprentissage et de recadrage à construire pour lutter pertinemment contre les inégalités. Face à une éternelle hypothétique répartition équitable des bénéfices de la croissance économique, la mobilisation des solidarités et toutes les forces vives dans un cadre de convergence et de processus innovant de politiques publiques sociales, peuvent apporter les fonds et les dynamiques nécessaires capables de rompre, dans le long terme ,avec le cercle vicieux da pauvreté au Maroc.

Hamid OURBA
Consultant en Développement Territorial


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