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Editorial du Daily Times - CGNews - publié le Samedi 8 Novembre à 10:21

Faire la paix avec les Talibans




Lahore - La jirgagai (mini-assemblée) de 50 membres a conclu sa session de mardi à Islamabad par une invitation à entreprendre des pourparlers de paix avec les Talibans, « y compris tous ceux impliqués dans le conflit ».



Deux comités ont été formés, l’un pour assurer que la résolution de la jirgagai soit mise en place, l’autre pour amorcer concrètement les négociations avec les Talibans. Du côté afghan, représenté par le ministre des affaires étrangères Abdullah Abdullah, le gouvernement a clairement changé d’avis.

Jusqu’à présent, les Afghans avaient toujours dénoncé les efforts du Pakistan visant à inclure les militants aux pourparlers de paix.

Les Américains ont eux aussi changé d’avis. Les commandants de l’OTAN-FIAS s’étaient toujours plaints du fait que les « arrangements de paix » conclus par le Pakistan dans le Waziristan avaient tendance à intensifier les attaques frontalières par les Talibans. Selon certains rapports, la Maison blanche et le haut commandement de l’armée sont en faveur des pourparlers « pour aider à mettre fin au cercle vicieux en Afghanistan et au Pakistan ».

Or le porte-parole des Talibans afghans, Zabihullah Mujahid, a lui qualifié l’invitation au dialogue d’« inutile » tant que « les troupes étrangères sont dans notre pays ».

Alors est-ce que les pourparlers de paix proposés sont condamnés d’avance ?

Les Talibans afghans sont présents dans certaines régions du Pakistan, s’ils y restent c’est aussi grâce aux Talibans pakistanais qui se situent idéologiquement quelque part entre les Talibans afghans et al Qaeda, sympathisant avec les deux à la fois. Les Talibans pakistanais ont déjà exprimé le désir de participer à des pourparlers avec les autorités pakistanaises tout en maintenant de manière constante leur droit à frapper les « forces de l’occupation » sur la ligne Durand.

Mais suite aux opérations militaires entreprises par l’armée pakistanaise, dans les zones tribales, jusque-là couronnées de succès, les militants se sont « adoucis » dans une certaine mesure. Est-ce que cela servira à quelque chose de dialoguer avec eux ?

Un dialogue entre les autorités pakistanaises et le Tehreek-e-Taliban Pakistan (TTP) sera certainement utile, mais le moment n’est pas encore venu pour cela. La position du Pakistan, décidée lors d’une session du parlement à Islamabad, est que la priorité soit donnée aux négociations.

Celles-ci n’auront lieu cependant qu’avec ceux qui auraient décidé de déposer les armes et d’accepter de se soumettre à la constitution du Pakistan.

Les déclarations faites par les « porte-parole » des Talibans – afghans ou pakistanais- ne veulent pas dire grand-chose car elles sont avant tout destinées à soutenir le moral interne. Il y toujours des espaces au sein d’un mouvement où les nuances de réconciliation existent dans l’affirmation du défi.

C’est pourquoi il ne peut y avoir d’opposition à la résolution de la jirgagai qui prévoit qu’un comité procède à l’exploration de possibilités de dialogue avec les Talibans.

Du côté pakistanais, en tout cas, il y a indubitablement des négociateurs qui ont une approche amicale envers les militants qui peuvent nous informer sur les possibilités d’un « juste milieu », où la violence peut cesser et la reconstruction commencer dans les zones touchées.

Si du côté afghan il n’y a pas de tels négociateurs, le Pakistan peut aider en s’érigeant en médiateur. Mais est-ce que tout cela a quelque chose à voir avec le soudain changement quant à la question de traiter avec les Talibans ?

Tout cela a commencé lorsque les militaires britanniques et les autorités diplomatiques « pensaient à haute voix » à propos de la guerre en Afghanistan. Mais maintenant les stratèges de Washington suggèrent « une porte de sortie » en Afghanistan à la nouvelle administration.

Ils pensent que l’Afghanistan est tombé dans un autre Grand Jeu avec l’Inde et le Pakistan, qui disputent leurs éternelles guerres interposées à travers des pions déployés là-bas pour tromper les Etats-Unis et leurs alliés.

Derrière ces deux belligérants locaux il y a tout un éventail d’acteurs régionaux qui interviendront en Afghanistan pour préserver leurs sphères d’influence. Si le scénario actuel devait se dérouler jusqu’au bout, l’espoir du Pakistan que son conflit tribal soit déplacé en Afghanistan, comme dans les années 1990, ne sera plus qu’une chimère.

L’Iran, la Russie, la Chine et l’Inde ont un intérêt dans le nouvel ordre en Afghanistan. Sur l’échiquier du pouvoir, les coups sont motivés par deux facteurs : la montée des Talibans par rapport à d’autres acteurs locaux ne sera pas acceptable ; la domination de l’Amérique serait tout aussi inacceptable dans la région si celle-ci venait à vaincre les Talibans.

D’où la prise de conscience que les facteurs « externes » dans la guerre qui sévit dans les zones tribales du Pakistan ont en fait pour objectif faire partir les Américains de la région.

Tout en voulant écarter les Etats-Unis, le but est d’arriver à une solution d’accord « régional » sur la question de savoir qui gouverne l’Afghanistan.

Une approche régionale, sur laquelle les voisins de l’Afghanistan s’accordent, et qui soit fondée essentiellement sur une normalisation des relations entre l’Inde et le Pakistan, est recommandée.

Cela arrangera certainement les choses, le Pakistan étant de plus en plus conscient des enjeux de l’Inde et des autres Etats impliqués dans le conflit auquel il est confronté dans ses zones tribales.

Le problème au Pakistan découle de la préoccupation qu’ont les puissances régionales quant à la forme que prendront les choses en Afghanistan. Ces préoccupations peuvent être apaisées à travers un « groupe de contact » sondant les Etats régionaux et adjacents à propos d’une approche collective sur le problème afghan.



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