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Arif Rafiq - CGNEWS - publié le Samedi 3 Mai à 09:31

Etats-Unis et Pakistan: pour un nouveau partenariat




Arif Rafiq : Greenvale (New York) – Aujourd'hui plus que jamais, il s'impose de redéfinir nos relations avec le Pakistan, ce pays nucléarisé, placé aux avant-postes de la guerre contre la terreur. L'occasion se présente maintenant de le faire.



Ce mois-ci, les représentants démocrates du sénat des Etats-Unis ont invité dans une lettre le président George W. Bush "à amorcer de nouveaux rapports avec le Pakistan, fondés sur une coopération avec les institutions plutôt qu'avec les personnes et à soutenir la volonté du peuple pakistanais telle qu'elle s'est exprimée lors de l'élection législative du 18 février".

Historiquement, les liens entre les Etats-Unis et le Pakistan sont au mieux lorsqu'un républicain se trouve à la Maison Blanche et un général d'armée à Islamabad. La lune de miel se détériore dès que les démocrates reviennent à Washington et que des représentants élus du peuple reprennent le pouvoir à Islamabad. Depuis les années 50, c'est ainsi que fonctionne le "je t'aime, moi non plus" entre les Etats-Unis et le Pakistan.

Les démocrates américains pourraient casser ce cycle en apportant leur soutien au nouveau gouvernement civil qui s'est installé à Islamabad, en cette période de transition qui voit le renouveau de la démocratie et du nationalisme. Encore faut-il que l'administration Bush suive cet exemple. La politique consistant à tout miser sur un seul général (Perverz Moucharraf en l'occurrence), a montré ses limites. Ce qu'il faut aujourd'hui pour répondre à des intérêts réciproques sur le long terme, c'est une relation forte avec le peuple, avec la nation et l'Etat du Pakistan.

Faute de le faire dans les quelques mois qui lui restent, le gouvernement Bush pourrait porter un coup fatal à nos relations avec le Pakistan. Dans un Pakistan démocratique, la prise de décision, moins centralisée, sera plus représentative de l'opinion publique. A l'heure actuelle, le gouvernement américain a choisi l'action unilatérale dans les zones tribales du Pakistan et a consolidé l'emprise d'un gouvernement à sa botte à Islamabad.

On le voit, les circonstances sont porteuses à la fois d'un espoir de rapprochement entre les Etats-Unis et le Pakistan et d'un risque de dégradation totale. La coopération bilatérale soutenue qui est dans l'intérêt des deux pays devrait être pérennisée. Pour ce faire, il faudra requalifier les relations entre ces deux pays pour en faire un partenariat entre deux démocraties souveraines.

A cette fin, voici quatre recommandations à l'intention des responsables politiques américains:

1) Ne vous mêlez pas de politique intérieure pakistanaise. Washington a essayé de concocter une coalition à sa main, dont est exclu le deuxième parti du pays, la Pakistan Muslim League-Nawaz (PML-N). Mais cette tactique se retourne contre ses auteurs, profitant à ceux qui résistent contre les Etats-Unis. Si Washington continuait de surjouer sa partition, il pourrait prochainement trouver ces partis au pouvoir à Islamabad et se retrouver lui-même sans partenaire à Islamabad.

2) Dialoguez avec les Pakistanais. Les Etats-Unis doivent continuer de faire entendre leur voix au Pakistan. Les responsables américains qui s'y rendent pratiquement toutes les semaines s'adressent rarement aux médias locaux. On voit régulièrement des généraux et des diplomates américains sur la chaîne panarabe Al Jazeera, mais leur contact avec l'opinion locale est maigre. Il n'y a aucune raison de faire l'impasse sur les moyens d'information pakistanais, dont deux sont exclusivement en langue anglaise (Dawn News et GEO English).

Au lieu de plaider leur cause auprès du peuple pakistanais, les responsables américains traitent avec leurs homologues pakistanais à huis-clos. Pour les Pakistanais, les Etats-Unis ne sont pas un ami, mais un tyran. Même les bonnes actions qu'accomplit Washington au Pakistan (bourses Fulbright et financement de mouvements associatifs) ne sont pas appréciées à leur juste valeur.

3) Prouvez que la démocratie rapporte. Les deux derniers épisodes de démocratie, dans les années 70 et 90, se sont soldés par un tassement massif de l'aide américaine. Dans un pays à court d'argent, leur perte était fatale. Cette fois-ci, les Etats-Unis devraient maintenir leur assistance militaire et, se rangeant aux propositions du sénateur Joseph Biden, multiplier par trois l'assistance non militaire pour la porter à 1,5 milliards.

Tout appauvri qu'il soit, ce pays est un marché émergeant. Pourtant, cette poussée économique n'a guère eu d'effet sur l'emploi. Pour être rentable, l'aide de Washington devrait aller au développement de l'éducation et des infrastructures. Il faudrait aussi envisager activement un accord de libre échange. Les principales industries du Pakistan – agriculture et textiles – sont en état de crise. L'élimination des barrières commerciales actuelles rendra les exportations pakistanaises plus compétitives, stimulera l'emploi et ira droit au cœur des Pakistanais.

4) Traitez avec le Pakistan et l'Afghanistan dans le cadre d'une politique unique. L'unilatéralisme et la force militaire ne viendront jamais à bout des insurrections dans ces pays. Une solution globale au niveau de la région peut le faire. Il faudra d'abord extirper les militants locaux d'Al-Qaeda, réintégrer les dissidents pakistanais et afghans dans leurs systèmes politiques respectifs et réparer les relations pakistano-afghanes.

Pour mettre un terme aux insurrections, il conviendrait éventuellement de remplacer les forces des Etats-Unis et de l'OTAN par des troupes d'Etats musulmans non limitrophes, comme par exemple l'Indonésie et la Turquie. Aucune puissance d'occupation n'est jamais restée aussi longtemps en Afghanistan.

Nos relations avec le Pakistan sont à un tournant crucial. Le gouvernement américain actuel et le prochain, de même que le Congrès, ont l'occasion de conclure un new deal avec cette jeune démocratie musulmane, qui est aussi une puissance nucléaire et un pays clef dans une région sensible. Ne la laissons pas passer.

* Arif Rafiq, politologue et consultant en communication, est le directeur de publication du Pakistan Policy Blog (www.pakistanpolicy.com).


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