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MAP - Ali Refouh - publié le Vendredi 14 Mars à 15:28

Entre marketing acharné et polémique sur les "E+chiffres", le consommateur livré à lui-même




"Annulation!", s'exclame Nora, caissière dans une supérette à Essaouira, visiblement contrariée par ces clients qui ont les yeux plus gros que le portefeuille et qui ne se rendent compte de leur avidité démesurée qu'une fois le total des achats qu'ils ont commis est affiché.



Derrière cette scène qui se répète quotidiennement dans les grandes surfaces, se cache une véritable calamité, à savoir l'ignorance des consommateurs sur ce qu'ils consomment.

"Beaucoup de clients viennent ici sans savoir ce qu'ils veulent vraiment. Seuls ou en famille, ils passent un temps énorme à déambuler entre les rayons, pour enfin se présenter avec un chariot surchargé, qui dépasse souvent leur budget du jour. On dirait qu'ils sont poussés par une rage d'acheter sans réel besoin", confie à la MAP cette jeune licenciée du droit, qui a requis l'anonymat.

A l'intérieur de la superette, un cri d'enfant : une fillette de presque cinq ans qui s'accroche à un gros sac de bonbons que ses parents tentent de lui arracher et remettre à sa place. Pour la convaincre de lâcher prise, toutes les méthodes sont usées, des plus tendres aux plus "musclées". Même les intimidations du père sont vaines, l'autorité de ce patriarche étant bafouée par l'entêtement d'une fille complètement envoutée par ces couleurs et ces senteurs irrésistibles du rayon "sucreries et chocolat".

"Quelle idée d'amener des enfants dans un lieu où tout est à portée de main !", se moque, à quelques pas, un jeune homme. En costard et cravate, ce jeune fonctionnaire semble très minutieux côté achat. Liste en main et yeux braqués sur les prix, il n'hésite pas à comparer coût et poids, s'assurer du code à barre pour pallier au mauvais affichage et faire le total des achats à l'aide de son téléphone portable.

Pour ne pas dépasser les bornes et tomber dans le piège doré tendu par cet espace charmant où tous les désirs sont réalisables, à condition d'avoir de quoi payer bien évidement, Hafid dit avoir une astuce bien à lui. "Je ne vais jamais faire les courses le ventre vide. Je sais par expérience que quand on a faim, on se laisse entraîner par ses envies sans raisonnement", lance-t-il sur un ton savant.

Mais dans le panier de ce fin calculateur, figurent beaucoup de boîtes de conserve. "Normal, je suis célibataire et je n'ai pas assez de temps pour préparer à manger", s'explique-t-il. Interrogé sur les composantes de ces aliments, il avale sa langue et se contente, embarrassé, de balbutier en essayant de déchiffrer, grimasses à l'appui, les composantes d'une boite de mortadelle. "C'est quoi ces E plus chiffre ?" finit-il par lâcher, faisant référence au code des additifs alimentaires indiqués dans l'étiquetage.

Ainsi, quand il s'agit d'argent, les consommateurs, rationnels ou gaspilleurs, s'identifient facilement à l'une ou l'autre catégorie et ne manquent pas d'argument dans ce sens, mais une fois interrogés sur les colorants, édulcorants, conservateurs ou autre additifs qu'ils consomment visiblement à leur insu- dans leur nourriture, ils se montrent évasifs, ou, dans le meilleur des cas, incapables de trancher.

"Pour moi, tout ce qui se vend est sûrement contrôlé. Je ne pense pas qu'ils vont nous servir des aliments nuisibles, sauf accident", indique une quadragénaire, souriante, alors que son époux lance le fameux adage "ce qui ne tue pas, rend plus fort".

"J'ai déjà entendu parler des additifs alimentaires dans les médias. Tantôt on nous dit qu'ils ne sont pas nuisibles car approuvés par des institutions crédibles, tantôt on nous avertit sur leur danger qui peut aller jusqu'à causer des cancers. On n'arrive vraiment pas à se décider", confie, de son côté, une jeune femme dans la trentaine.

"Dans tous les cas, il faut manger un peu de tout et bouger assez souvent", lance-t-elle en quittant la caisse, tout en omettant de prendre son ticket, sa seule preuve d'achat.

Ainsi, se succèdent et se ressemblent les mauvaises habitudes de consommation, par négligence ou par ignorance, avec leur lot quotidien de préjudices, minimes ou graves. Mais le plus grave est le mutisme collectif qui dépossède le consommateur d'un pouvoir naturel dans l'orientation du marché. Ne dit-on pas que le client est roi?



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