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Khalid FENSAB - publié le Jeudi 11 Février à 21:34

Entre 2 toits




Khalid FENSAB : Je ne vais jamais voir le pays de mes ancêtres, je suis condamnée à vivre sous deux toits. Quand on frappe à la porte de notre maison, je ne cours pas pour ouvrir car celui qui entre n’est pas mon père. Ma mère me demande de ne pas croire tout ce que me dit mon père et vice versa. Qui croire alors ?



Mon histoire est bonne à entendre. Je préfère ne pas vous dire qui je suis, cela n’a pas d’importance…
Je ne sais pas quelle erreur j’ai commise, ô mon Dieu, pour mériter d’endurer cette dure épreuve de la vie !

Casablanca, Maroc

Tout commence dans un petit appartement mal ensoleillé mais plein d’amour. Mes deux parents rêvaient d’immigrer au Canada pour améliorer notre situation de vie. Ils me disaient, j’avais alors 7 ans : « On va dans un pays où tu vas étudier dans une vraie école, nous aurons notre propre médecin de famille, ton père pourra exercer le métier pour lequel il a été formé, il aura un bon salaire et on va vivre heureux ».
A les voir, tous les deux unis dans le rêve, je me laissais à mon tour charmer par la nouvelle vie que nous allons mener au Québec.
Je me suis préparée à ce voyage.
Que dois-je emporter avec moi ? Mes vêtements, mes souliers, mes livres ?
Ma mère me disait que là où nous allions, les enfants ne mettent pas des habits usagés, mon père le confirmait en disant : « ta maman a raison ».
Nous avions quitté les petites ruelles du quartier et moi l’école et mes amies. J’avais dit « Adieu » à mes grands parents, mes amies du quartier, mon enseignant…

Montréal, Québec, Canada
C’était la première fois que je prenais l’avion, mon grand pays devenait de plus en plus petit au fur et à mesure que l’avion prenait de l’altitude. Montréal est une ville moderne, blanche de neige d’octobre à mai, verdoyante le reste de l’année.
Nous avions vite trouver un joli appartement et moi ma nouvelle école. Ce que me racontaient mes parents sur cette ville est vrai, les enfants ont tout ce dont ils ont besoin pour être heureux.

J’étais heureuse, très heureuse pendant 3 ans. Les jours du bonheur passent tellement vite car on est heureux.

Mais, comme par enchantement, ce bonheur alla disparaître comme un mirage.
Mes deux parents se disputaient souvent, ils ne parlaient pas la même langue et étaient souvent en désaccord. Ma mère voulait travailler et mon père disait qu’il était capable d’assurer nos besoins et que, lui et moi, nous avions plus besoin d’elle à la maison. Ils se disputaient sans cesse, ils ne s’écoutaient même pas.

Ils décidèrent de se séparer ! Ce fut très dur pour moi.

Par la force de la loi, mon père était obligé de quitter la maison et d’aller vivre ailleurs. Chaque fin de semaine, il venait me prendre pour deux jours. Il s’efforçait d’être, à la fois, mon père et ma mère !
Un jour, il m’informa qu’il est devenu un bon cuisinier et que cette soirée là il va me préparer les spaghettis italiennes que j’aime tant. Le pauvre, était perdu dans sa petite cuisine, il n’arrivait pas à mémoriser où se trouvait les épices, les cuillères, les fourchettes…
Apres une heure de préparation, les spaghettis de mon père ressemblaient à autre chose.
Nous avions décidé de dîner au Mac Donald’s du coin.

Ma mère avait fini par trouver un emploi dans une garderie, elle rentrait fatiguée, épuisée surtout durant l’hiver.
Mon père me disait qu’il ne voulait pas divorcer…
Ma mère me disait d’oublier mon père une fois de retour de chez lui…
Et moi, je disais, à moi-même, qu’ils n’ont pas le droit gâcher ma vie et la sienne.

Je déteste vivre entre 2 toits.

Un an après, ma mère s’est remariée, un étranger est venu prendre la place de papa.
Quand on frappe à la porte de notre maison, je ne cours pas pour ouvrir car celui qui entre n’est pas mon père. Je suis tout le temps renfermée dans ma chambre, je n’ai plus envie d’étudier, j’ai l’esprit ailleurs, je n’arrive plus à me concentrer. Ma seule consolation est la musique, j’écoute la musique même quand nous sommes à table à trois : moi, lui et ma mère. Je n’ai plus envie de l’entendre parler car quoique je fasse je ne suis pas sa fille…

Je ne vis que grâce aux souvenirs que la mémoire d’une petite fille de 7 ans garde encore. Mon père rentre du travail, chemise blanche et cravate bleu, il dépose son cartable noir sur la table et crie :
- " Fatima, achno kin lghda ? Fatima, que nous prépares-tu à manger ?"
- " Laadess à Hamid, des lentilles Hamid", lui répond ma mère,
- " O malo laades, à Fatima rah maklat el moulouk, les lentilles est le déjeuner des rois", répond mon père en souriant.

Je n’ai pas visité le Maroc depuis 7 ans, mes parents aussi.
Ma mère refuse que j’accompagne mon père au Maroc de peur qu’il ne revienne pas et qu’il me garde pour toujours au Maroc.

Chaque vendredi, je prends le métro pour me rendre chez mon père.
Il essaye toujours de préparer un délicieux plat de spaghettis…

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J’ai visité un bon nombre d’écoles au Québec à la recherche d’élèves marocains. J’ai été choqué de constater que beaucoup de familles sont divorcées et que nos enfants sont les premiers à en payer le prix.

" Entre 2 toits " est une histoire vraie, racontée par une jeune marocaine qui souhaite garder l’anonymat.
J’ai compris que les petits marocains résidents à l’étranger n’ont pas la vie facile et qu’aucun effort n’est déployé pour leur venir en aide.

On s’intéresse à la bourse des parents mais pas aux problèmes des petits.

Malheureux, sommes-nous, en négligeant de renforcer nos liens avec nos enfants qui vivent sous d’autres cieux.


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