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Abdellatif Chamsdine - publié le Vendredi 28 Février à 22:47

En quoi suis-je Marocain? (5/5)




Dans les parties 1, 2 et 3 nous avons analysé des arguments fréquemment présentés comme des éléments constitutifs de notre« marocanité » : le « parler marocain », la religion, les droits du sol et de sang, la carte nationale d’identité, les origines. La quatrième partie a été consacrée à une composante fondamentale : notre culture plurielle. Dans cette cinquième et dernière partie nous nous intéresserons à l’histoire du Maroc.



Sa Majesté Mohammed VI s’adressant à son peuple le 30/07/2001, dès le deuxième anniversaire de son intronisation, précise que les Marocains sont « une nation unifiée, ne connaissant ni majorité, ni minorité, car ses citoyens se rejoignent à l'unisson autour de ses valeurs immuables et ce, grâce à la pérennité de notre régime monarchique qui s'est attaché, treize siècles durant, à entourer de sa constante sollicitude, notre identité, dans son unité et sa diversité ; ce qui lui a permis de se singulariser, tout au long de notre histoire nationale, par ses spécificités, à nulles autres pareilles»¹.

Mille trois cents ans d’«histoire nationale» ! Mille trois cents ans d’histoire ancestrale commune ! Bernard Lugan, spécialiste de l’histoire de l’Afrique, affirme que « Le Maroc est un vieil Etat-nation…une simple référence permettra de mettre en évidence cette idée : quand Hugues Capet était le roi de France en 987, la Monarchie marocaine a déjà quasiment deux siècles d’existence »². Voilà qui affole les maffiosi envieux, les propagandistes adversaires de notre Nation et les ennemis de notre « marocanité » : la vérité par l’Histoire ! La solidité des faits historiques ! Le 3 mars 1986, Sa Majesté Hassan II disait : « «Le Maroc est un arbre dont les racines plongent en Afrique et qui respire par ses feuilles en Europe»³. Métaphore subtile et réaliste de la situation géostratégique du pays, et qui fait une allusion claire à l’Empire Chérifien s’étendant jusqu’au Sénégal sous l’autorité du Roi alaouite Moulay Ismaël. On oublie bien rapidement que la partie comprenant Tindouf et Béchar, ainsi que la ville de Tombouctou au Mali étaient marocaines, et que dans cette dernière « la prière était célébrée au nom de Sa Majesté le Roi », précise encore Bernard Lugan. La grande tournée africaine de SM Mohamed VI, du Mali au Gabon, en passant par La Guinée Conakry et la Côte d’Ivoire, redonne donc au pays sa profondeur africaine historique, illustrant ainsi de la plus belle manière la magnifique métaphore de son auguste père.

Et puisqu’on parle de faits historiques et de Nation, rappelons que c’est un descendant d’Ali qui signe l’acte de naissance de l’Etat marocain : « En 791, création de l'État Marocain. Idriss Ier, descendant d'Ali, gendre du prophète, fuira l'Arabie pour échapper au massacre de sa famille pour venir s'installer à Volubilis et fondera Fès qui, après sa mort en 792, sera désignée capitale du Royaume par son fils successeur Idriss II »⁴.

Historiquement donc, notre « marocanité », politiquement indissociable de la Monarchie, a mille trois cents ans d’existence. Pour ceux qui raffolent des origines, les voilà bien servis. Les dynasties arabes et amazires (nous préférons et nous conseillons l’orthographe « Amazir » car le son [r]existe en français, il est donc faux d’écrire « Amazigh » qu’on prononce « Amazig ») qui ont façonné l’histoire marocaine, ont du même coup édifié et perpétué l’Etat-nation dont tous les Marocains héritent aujourd’hui. Nous disons bien tous les Marocains : arabes, africains, amazirs, andalous, saharo-hassanis, juifs, chrétiens, musulmans... L’histoire marocaine du XXème siècle illustre parfaitement la fusion entre cette identité marocaine plurielle et la Monarchie. D’éminents penseurs et historiens marocains, comme Abdellah Laroui ou Mokhtar Soussi, entre autres, ont analysé cette époque et nous ont livré des réflexions fondamentales. Nous conseillons vivement de se référer à leurs travaux.

Nous sommes tous foncièrement Marocains par cette histoire commune multiséculaire qui continue de s’écrire au jour le jour, comme la culture, et dont nous énumérons quelques exemples, sans forcément remonter à Idriss 1er ou à Al Andalous. On pourra pour cela se reporter aux ouvrages historiques spécialisés.

Nous sommes Marocains par la bataille d’Oued Al Makhazeen de 1578 et la victoire contre l’armée portugaise ; Nous sommes Marocains par Aicha la Comtesse, la belle patriote, la Jeanne d’Arc marocaine qui a combattu elle aussi les portugais. Que retient l’imaginaire collectif marocain aujourd’hui d’elle, faute d’enseignement de son histoire ? Une femme affreuse pour faire peur aux enfants et même aux adultes : Aicha Quanndicha, hélas ! On connait les histoires racontées à son sujet. Ce n’est qu’en 2013 que l’on a commencé à s’intéresser à sa dimension patriotique.

Nous sommes Marocains par les Amazirs du Rif Mohammed Amziane, Mohamed Lemnichi, ou encore Mohammed Abdelkrim Khattabi, le libérateur des villes de Chefchaoun et Tétouan et le héros de la bataille d’Anoual qui a, en 1921, remporté une victoire mémorable contre des armées espagnoles suréquipées ; nous sommes marocains par Fatima Al Fihri, fondatrice de Kairouan à Fès ; nous sommes Marocains avec beaucoup de fierté par les femmes engagées dans la guerre contre le protectorat : on peut citer par exemple Aicha bent Lhaj (Salé), Rahma Hammouch surnommée Rahma Lbahloulia (Sefrou), Malika Lfassi (Fès) qui a joué le rôle d’intermédiaire entre les nationalistes et Sa Majesté Mohammed V, Touria Chaoui, la plus jeune patriote dans l’histoire marocaine, emprisonnée à l’âge de 7ans et première femme pilote. L’histoire de la lutte contre le protectorat retient le nom de plus de 440 femmes.

Nous sommes Marocains par toute la richesse de cette histoire commune, vivante et plurielle dans son processus. Une histoire nationale qui fait notre « singularité », notre « spécificité » et notre force en tant que Marocains, et que nous ne partageons qu’avec d’autres Marocains qui acceptent d’y adhérer et de la partager avec nous, quelle que soit leur ethnie, leur « parler », leur religion … Un Chinois, un Péruvien ou un Australien, par exemple, qui parle « marocain », qui s’est converti à l’islam, qui possède la carte nationale d’identité, s’il refuse d’entrer dans le processus de construction permanente de l’identité de notre histoire nationale et notre culture en l’enrichissant par ses propres apports (historiques, culturels …), s’exclue lui-même de notre « marocanité ».

C’est dire que notre histoire nationale ouverte, comme l’est notre culture spécifique, est une composante fondatrice de notre personnalité marocaine, de notre « marocanité ». Nous sommes Marocains par cet héritage historique commun rassembleur et ouvert, que nous perpétuons en le transmettant aux générations futures accompagné de ses valeurs anciennes et nouvelles : loyauté à la Nation historique, à son intégrité territoriale et à la Monarchie constitutionnelle, unité dans la diversité, liberté et respect de la tradition, égalité, justice, tolérance, pluralisme, ouverture. Nous sommes Marocains parce que nous y adhérons mais nous ne l’instrumentons pas pour prendre le pouvoir. Nous appartenons à cet héritage commun et il nous appartient, alors nous le défendons, nous le fortifions, nous évoluons avec lui, pour enrichir notre « personnalité » marocaine sans la renier, sans passer par-dessus.

Ainsi, au XXème siècle, deux évènements historiques majeurs illustrent parfaitement le caractère exceptionnel de notre « marocanité », sa nature politique et son essence patriotique : l’exil de Sa Majesté Mohammed V par les autorités protectorales le 20 août 1953, et la Marche verte en 1975. A chaque sollicitation le patriotisme du peuple a répondu à celui du Roi : Sa Majesté Mohammed V a accéléré l’indépendance, Sa Majesté Hassan II l’a complétée par le retour de nos provinces sahariennes. Ces deux exemples sont emblématiques de l’« attachement symbiotique entre le Trône et le peuple »⁵ qui caractérise notre « marocanité ». Les divergences, et elles existaient, étaient mises en sourdine (sauf l’attitude paradoxale de Ben Barka dans la « guerre des sables »), pour voler au secours de la patrie en danger. C’est sans doute la fête du Trône qui exprime le mieux cette communion : « la première fête à mobiliser des Marocains en tant que tels, non pas en tant que Musulmans, ni en tant que membre d’une communauté locale, d’une cité, d’une tribu, d’une confrérie, d’une corporation etc. Vouloir fêter le même jour dans différentes régions du pays, par des musulmans comme par des juifs, par des « berbérophones » comme par des «arabophones », par des ruraux comme par des citadins, par des savants, comme par de petites gens, c’est manifester son appartenance à une communauté, le Maroc, qui transcende les clivages politiques, religieux, linguistiques... »⁶. Le caractère fédérateur de ce rendez-vous national montre bien que la « marocanité » se situe, dans l’échelle des valeurs, au niveau supérieur. Au-dessus d’elle il n’y a rien, ou si l’on y place autre chose, on cesse d’y appartenir, on cesse d’être Marocain. C’est bien cette valeur patriotique que lui assigne SM Mohammed VI à la fin de son discours à la Nation à l'occasion du 60ème anniversaire de la Révolution du Roi et du Peuple du 20.08.2013 : « ton Premier Serviteur n’est affilié à aucun parti et ne participe à aucune élection. Le seul parti auquel Je suis fier d’appartenir, Grâces en soient rendues à Dieu, c’est bien le Maroc». Dans un énième acte patriotique, Mohammed Mraizika a hissé cette phrase au statut de titre pour son recueil « Notre parti c’est bien le Maroc », publié en 2013.

Aujourd’hui la fête du Trône est davantage civique et politique que festive, comme elle l’était du temps de Sa Majesté Hassan II. Ce symbole fort dans la vie politique de la Nation marocaine, l’équivalent du 14 juillet français, a été adapté au nouveau projet de société du XXIe siècle, impulsé par SM Mohammed VI qui inscrit son action royale dans la continuité de celle des ancêtres : poursuivre l’œuvre de modernisation de la patrie et sa consolidation. On retrouve cette orientation de façon insistante dans la quasi-totalité des discours royaux.

Dans cette perspective, le patriotisme est érigé en mère des valeurs. Il se décline en des formes infiniment variées, pour autant qu’elles servent l’intérêt suprême de la patrie. Au niveau de l’action royale et du gouvernement, il se manifeste par l’action diplomatique à l’extérieur, et le souci constant des réformes à l’intérieur. Mostapha El Khalfi, ministre de la communication et porte-parole du gouvernement a énuméré, lors de sa rencontre, sans langue de bois, avec les Marocains résidant à l’étranger (MRE) à Paris le 8/2/2014, les nombreux chantiers révolutionnaires, aboutis comme la Moudawana (Code de la Famille), ou en cours comme la justice, les finances publiques, la presse, l’économie, la fonction publique, la politique extérieure … et plus récemment la mise en œuvre de la constitution de 2011, et notamment la démocratie participative qui devrait consacrer la participation de la société civile à la prise de décision politique. Sur le plan diplomatique, l’élection de notre patrie au Conseil des droits de l'Homme de l'ONU (CDH) en novembre 2013, constitue "un désaveu de tous ceux qui critiquent le Maroc, le dénigrent et l'agressent en ce qui concerne la prétendue violation des droits de l'Homme", précise SE Hilale Omar, ambassadeur représentant permanent du Maroc auprès de l'Office des Nations unies à Genève, qui enchaîne : "Le Maroc a été élu parce qu'il détient la carte de visite de l'engagement en faveur de la protection et de la défense des droits de l'Homme partout dans le monde". On ne peut pas en dire autant par exemple du camp de Tindouf, et encore moins de celui de Guantanamo, qui restent à ce jour une entorse aux droits de l’Homme !

Autre signe de satisfaction pour notre patrie et qui constitue une haute marque de confiance envers la solidité de nos institutions : le Statut Avancé dont nous bénéficions depuis 2008, qui se poursuit donc, et qui entre dans sa deuxième phase pour de nombreux secteurs comme l’agriculture et l’éducation, ou la troisième phase pour la couverture médicale de base. Ces réformes courageuses, et ces quelques exemples d’actions diplomatiques efficaces, engagées au niveau de l’Etat, contribuent incontestablement au rayonnement international de notre patrie et la repositionnent positivement dans l’arène de la mondialisation.

Ainsi, le patriotisme peut, et doit, s’exprimer à tous les niveaux de la citoyenneté marocaine pour l’intérêt suprême de la Nation. Hassan Samrhouni, citoyen marocain aux Etats Unis, armé de sa seule foi patriotique, a courageusement tenu tête aux traîtres et aux ennemis de notre intégrité territoriale.⁷ Le virtuose du Oud, Haj Younes qui a mis cette vidéo sur Facebook a fait acte de patriotisme à son tour. Des citoyens patriotes de Tétouan vigilants, ont arrêté un pédophile et l’ont livré aux autorités. La création à Rabat de l’association « La Maison Internationale des Traducteurs Littéraires » dont l’objectif principal est le rayonnement de la culture marocaine est une action hautement patriotique qui nous replonge dans l’âge d’or musulman et l’époque andalouse. Dénoncer la maltraitance des animaux au zoo de Casablanca, comme le signale encore notre artiste Haj Younes, est patriote, car cette situation inhumaine porte atteinte à l’image de notre patrie. Ramasser un papier, les sacs de poubelle qui gâchent souvent les paysages de la patrie, ou changer le parc autobus comme à Casablanca sont des gestes patriotes car ils contribuent à relever l’image de notre partie. S’engager dans la société civile est un acte de patriotisme. La création d’un centre en l’honneur de la Résistance et l’armée de libération à M’Hamid El Rizlane à Zagora est une initiative patriotique. On peut multiplier les exemples, tant les attitudes patriotes sont infinies. Les fréquentes réunions, colloques et conférences qui ont lieu dans plusieurs villes du Maroc, d’Europe et d’Amérique, et qui rassemblent des centaines de Marocains pour parler de la chose commune, c’est-à-dire la patrie, sont des manifestations patriotiques. Elles sont nécessaires, elles sont utiles. Rappelons-nous les Salons mondains et les Cafés (Procope) du XVIIIème siècle animées par des femmes célèbres comme Mme Geoffrin ou Mlle de Lespinasse, et qui rassemblaient toute la crème de la pensée philosophique des Lumières : Rousseau, Voltaire, Diderot, D’Alembert, Montesquieu… Ils étaient à l’origine de la révolution française de 1789 qui contribuera à l’avènement de la France d’aujourd’hui. N’oublions pas enfin les nombreuses réunions des patriotes marocains constitués en réseaux et qui ont été, avec SM Mohammed V, les artisans de l’indépendance : « l’existence même de ce réseau donne un fondement sociologique à l’idée moderne de nation. Le fait que des nationalistes originaires de différentes villes (Fès, Rabat, Salé et Tétouan au début) se rencontrent pour débattre de questions communes constitue une concrétisation de l’idée de l’attachement à une nation ».⁸ Quoi de plus patriote que de se réunir le plus fréquemment possible pour chercher des solutions aux problèmes de la patrie ? N’est-ce pas ce manque de rencontres avec les composantes du gouvernement que reproche Mohand Laenser à Benkirane ? Ne menace-t-il pas, façon Chabat, de se retirer du gouvernement parce que, justement, il estime qu’il n’y a pas assez de dialogue pour débattre des affaires de la patrie ? : “J'ai dit que si on venait à s'apercevoir qu'on n'était pas traité en partenaire complet ou qu'on ne participait pas à certaines grandes décisions surtout celles d'ordre social, nous pourrions même aller jusqu'à nous retirer du gouvernement.”

Il faut promouvoir et entretenir un dialogue de qualité et une culture patriotique forte. Il faut relancer l’amour de la Nation marocaine, de son histoire, de sa culture. Il faut protéger notre jeunesse, l’aider à connaître et à aimer sa culture, son histoire, sa patrie, sa « marocanité ». Un proverbe chinois dit : « Si vos projets portent à un an, plantez du riz ; à vingt ans, plantez un arbre ; à plus d'un siècle, développez les hommes ». La Nation marocaine de 2114 se prépare maintenant. Nous insistons : la Nation marocaine de 2114 se prépare maintenant ! Les parents doivent assumer leur rôle éducatif et il faut les aider. Les organisateurs des festivals (Mawazine, Timitar, film international de Marrakech, …), la presse et la télévision publique en particulier, portent une lourde responsabilité dans la formation culturelle et patriotique du citoyen marocain. Il est urgent de réorienter les signaux envoyés à notre jeunesse dans le sens du patriotisme. La classe intellectuelle marocaine patriote doit s’engager et contribuer à la consolidation de cette culture patriotique. C’est aussi un défi colossal à relever pour le système éducatif marocain, mais pas impossible. Le déplacement au Maroc de Vincent Peillon, ministre de l’Education française, le 17 et 18/2/2014/2/2014 va dans ce sens : les deux États s’engagent dans la refonte de leur système éducatif. SM le Roi a d’ailleurs tiré la sonnette d’alarme dans son discours du 20/08/2013 : «La situation actuelle du secteur de l’éducation et de la formation nécessite de marquer une halte pour un examen de conscience objectif permettant d’évaluer les réalisations accomplies et d’identifier les faiblesses et les dysfonctionnements existants ». En effet, Le rapport que l’UNESCO vient de publier à cet égard est catastrophique : « plus de 50% des élèves marocains ne savent pas lire une phrase » ! C’est une confirmation du diagnostic de la Banque mondiale. On ne doit pas se résigner et accepter cette situation indigne de nos ancêtres les savants et de l’âge d’or musulman ! Un colloque international sur les Conseils consultatifs de la Jeunesse et les lois cadre pour la politique intégrée de la jeunesse s’est tenu le 08/02/2014 à Rabat : ces jeunes connaissent-ils ces rapports ? Et qu’en est-il des jeunes de la Diaspora marocaine ? Sont-ils représentés dans ce Conseil ? Par qui ? Et la Diaspora elle-même, plurielle et diversifiée, est-elle représentée ? De quelle « marocanité » doivent se réclamer la Diaspora et sa jeunesse ? De celle que nous avons analysée dans cet article ? Assurément. Mais pour cela, il est impératif de repenser toute la stratégie d’approche et mettre les moyens car il s’agit d’un investissement pour la patrie. Mostapha El Khalfi qui nous a confirmé que l’Etat intègre ce chantier dans les priorités du gouvernement, reconnaît que c’est le début d’un nouveau processus qui reste, certes, insuffisant, et promet de prendre en compte de façon plus efficiente, la voix de la Diaspora dans sa pluralité. Celle-ci, malgré ses agendas chargés, reste patriotiquement disponible pour son ministre de tutelle, Anis Birou, afin de réévaluer, ensemble, la gestion de cet immense dossier et d’en faire un levier efficace pour la patrie. Il serait en effet incohérent et à l’encontre du patriotisme, et surtout tragique de continuer à négliger, à gaspiller tant d’expertises patriotes, tant de compétences marocaines occidentalisées, éparpillées dans le monde, à un moment crucial pour notre patrie.


* * * * *

Nous voici au terme de cette longue réflexion en cinq parties, pour rappeler, avec force et conviction, que nous sommes Marocains, certes, par notre « parler », notre religion officielle, l’Islam, par le sol et le sang, par notre carte nationale d’identité, nos origines. Mais nous sommes surtout Marocains par notre culture plurielle, notre histoire nationale commune, et notre patriotisme, c’est-à-dire notre loyauté à la Nation et à la Monarchie constitutionnelle. Qu’on soit juif, chrétien, musulman, Amazir, Arabe, Andalou, Saharo-hassani … notre bien commun c’est notre patrie, c'est le Maroc.

Depuis Homère et le génial Ulysse, roi d’Ithaque, on sait désormais ce que cachent les chevaux de Troie, et ce que dissimulent les masques. Les Marocains de cœur et de conscience patriotique, où qu’ils soient, quels qu’ils soient, ne se leurrent pas et ils le disent haut et fort : le Maroc n’est pas Troie, les Marocains ne sont pas des Troyens et SM le Roi n’est pas le candide et malheureux Priam, le roi troyen qui est tombé dans le piège grec.

Nous invitons tous les patriotes marocains sans exception, quel que soit le niveau de responsabilité où ils se situent, à préserver notre personnalité marocaine, construite difficilement, patiemment, à travers des siècles d’histoire, par la bravoure et la dignité de tant de générations plurielles de Marocains qui ont souffert, qui ont sacrifié leur vie pour que vive notre Nation. Il est absolument vital de consolider notre histoire nationale commune ancestrale autour de la Monarchie, de promouvoir notre culture riche et diversifiée, et protéger notre « identité islamique » ouverte et tolérante, cordon ombilical historique entre la Nation et son Roi.

Cette « marocanité » qui fait notre fierté n’est cependant pas figée, fermée. Elle est vivante, historiquement ouverte et doit demeurer plurielle et citoyenne, instruite et solide, pour qu’elle n’ait pas à craindre la différence, l’évolution inéluctable et la mondialisation.

En ce début de siècle extrêmement imprévisible et instable, la Nation marocaine a besoin de toutes ses forces vives à l’intérieur et l’extérieur. Elle a besoin de cohésion et d’unité pour faire face à des menaces visibles et invisibles : obscurantisme, ethnocentrisme, traitrise, adversité, cyclones de la mondialisation.

Œuvrons ensemble, à l’apaisement et à la réconciliation des Marocains avec eux-mêmes et avec la patrie.

Les institutions mondiales qui comptent, et les indicateurs nationaux (pas ceux de la presse politicienne) et internationaux montrent sans ambigüité aucune, que notre Nation est positionnée sur la bonne piste de décollage, et elle prend déjà son élan. Soutenons cet élan. Soutenons les femmes et les hommes de bonne volonté, dans cette nouvelle révolution démocratique patriotique pacifique, impulsée et suivie par SM Mohammed VI. Soutenons notre Roi. Notre Roi qui supporte avec héroïsme une souffrance patriote, et qui lutte sans répit pour préserver notre « marocanité », notre personnalité et notre patrie :

« Cher peuple,
Nous voilà donc célébrant l’anniversaire de la glorieuse Révolution du Roi et du Peuple et Notre anniversaire avec les membres de Notre grande Famille, à savoir Notre peuple fidèle. C’est un moment fort pour exprimer les sentiments d’estime et de déférence que nous inspire la mémoire immaculée des martyrs de l’unité, de la liberté et de l’indépendance, avec, à leur tête , Notre Vénéré Grand-Père, Sa Majesté le Roi Mohammed V et son compagnon de lutte, Notre Auguste Père, Sa Majesté le Roi Hassan II, que Dieu bénisse leur demeure éternelle.
C’est également une occasion propice pour puiser dans ces valeurs de fidélité et d’altruisme la force et la volonté de continuer à porter le flambeau de la révolution renouvelée du Roi et du Peuple et parachever l’édification du Maroc de l’unité, du progrès et du développement global.
Wassalamou alaikoum warahmatoullahi wabarakatouh. »⁹

ALLAH révèle à son prophète Mohammed, paix et prière pour son âme : « Rappelle. Car le rappel est bénéfique pour le fidèle »¹⁰
أعوذ بالله من الشيطان الرجيم، باسم الله الرحمان الرحيم "وذكر فإن الذكري تنفع المؤمنين" صدق الله العظيم.

شمس الدين عبد اللطيف
Abdellatif Chamsdine
Diplômé de 3ème cycle, Université Paris7, Jussieu
Ancien professeur Paris II Assas-Sorbonne
Ancien professeur référent ESSEC
Professeur de Lettres en exercice au grand Lycée Jules Verne.



¹Discours de la fête du Trône de juillet 2001. L’équivalent du Discours du Président américain sur l’état de la Nation, ou celui du président de la République française du 14 juillet.
²Bernard Lugan, L’Afrique réelle : http://www.youtube.com/watch?v=DthQaXH-LKo
³Discours de la Fête du Trône de Sa Majesté Hassan II du 3/3/1986.
⁴Une synthèse utile de l’histoire du Maroc sur le site de la Mission diplomatique permanente du Maroc à Genève : http://www.mission-maroc.ch/fr/pages/78.html
⁵Discours de Sa Majesté le Roi à la Nation à l'occasion du 60ème anniversaire de la Révolution du Roi et du Peuple (20.08.2013).
⁶Nation, nationalisme et citoyenneté, Cahiers Bleus n°8, 2007, p.9
⁷ Hassan Samrhouni, un patriote aux Etats-Unis : https://www.youtube.com/watch?v=31d1GIs0VcY
⁸ Nation, nationalisme et citoyenneté, Cahiers Bleus n°8, 2007, p.7
⁹ Discours de Sa Majesté le Roi à la Nation à l'occasion du 60ème anniversaire de la Révolution du Roi et du Peuple (20.08.2013).
¹⁰ Sourate Addzariate, Aya 55 سورة الذاريات، آية. Traduction de l’auteur de l’article.



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