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Abdellatif Chamsdine - publié le Mardi 25 Février à 21:26

En quoi suis-je Marocain ? (2/5)






Nous avons évoqué dans la première partie la nécessaire prise de conscience de notre "marocanité"  dans un monde devenu "village planétaire", sous l'effet d'une mondialisation impitoyable. Il faut savoir qui on est, en tant que Marocains, pour comprendre où on nous mène. Nous engageons donc une réflexion à propos des référents de ce vocable : qu'est-ce que la "marocanité" ? Qu'est-ce que cela veut dire "être marocain" ? En quoi suis-je marocain ? Quelles sont les composantes de mon identité marocaine ? Nous poursuivons notre analyse tout en évitant le piège du pédantisme. Nous tenons absolument à rester le plus près possible de la réalité observée. Nous utiliserons un lexique simple afin de garder au propos toute son apparente candeur et son naturel, c'est à dire, sa vérité.  

Suis-je Marocain parce que je parle "marocain" ? Qu'est-ce que la langue marocaine ? Est-ce d'abord une langue ? Bien sûr que non. Alors qu'est-ce que le "parler marocain" ? Le "bérbèrarabe" (العربزيغية) ? Le "françarabe" (العرنسية) ? "L'anglarabe" (العركليزية) ? "L'espanarabe" (العرسبانية) ... ? Et ce qui vaut pour l'arabe vaut pour le tamazirt (nous préférons et nous conseillons cette orthographe parce que le son [r] existe en français, alors que l’orthographe « amazigh » se prononce « amazig ») et le saharo-hassani. Un Marocain : amazir, arabe, saharo-hassani, quel que soit son statut socio-professionnel, ne peut très fréquemment aligner cinq mots sans qu'une autre langue, le plus souvent le français ou l'espagnol, ne vienne dominer sa parole. De plus, lorsqu'on évoque la communication en tamazirt, il faut tenir compte de ses variantes : l'Atlas, le Rif et le Souss.

Qu'est-ce que donc le" parler marocain" ? Les dialectes (اللهجات، الدارجة) ? Lesquels ? Ceux de Tanger ou Lgouira ? Ceux de Fès ou Agadir ? Ceux d'Oujda ou Casa ?

N'oublions pas non plus l'arabe littéraire (العربية الفصحي) qui est, lui, bien une langue. L'arabe littéraire que l'on étudie, qu'on utilise pour l'écriture ou dans la communication officielle : discours royaux, journaux télévisés, certaines administrations ... mais que l'on ne parle pas au quotidien.

On ne peut, bien sûr, éviter de penser ici à la polémique déclenchée par le publicitaire Norddine Ayouch, et ses développements concernant l'enseignement en "darija". Nous nous contentons de la mentionner sans la discuter : elle ne fait pas partie de notre propos.

En réalité, le "parler marocain" c'est bien toute cette diversité, mosaïque de dialectes et de langages enchevêtrés, imbriqués, entremêlés. Pour autant, il est évident que quiconque communique avec ce « parler marocain » n'est pas forcément Marocain. Des Asiatiques, des Européens, des Américains, des Français, des Anglais ...parlent plus ou moins "marocain" pour des raisons multiples (politique, commerce ...), mais ils ne sont pas Marocains. Je ne suis donc pas Marocain, uniquement parce que je parle "marocain". Mon "parler marocain", extrêmement problématique on le sait, ne suffit pas à lui seul, à définir ma "marocanité", mon identité marocaine.

Alors en quoi suis-je Marocain ?
Parce que je suis musulman ? L'Islam est religion d'Etat, confirmée par la Constitution de 2011. C'est la religion de la majorité des Marocains. De plus, elle joue un rôle fédérateur historique fondamental. Cependant, à côté des musulmans marocains, vivent aussi d'autres citoyens marocains de confession juive ou chrétienne, dont la liberté historique de culte est également préservée par la nouvelle Constitution. Par ailleurs, on ne doit pas confondre citoyenneté et religion : il y a des musulmans chinois, des juifs américains, des coptes égyptiens, des libanais chrétiens, des musulmans israéliens ... Je ne suis donc pas Marocain uniquement parce que l'Islam est ma religion, même si celle-ci occupe une place particulière dans ma « marocanité ».

En quoi suis-je donc Marocain ?
Par le "droit du sol" ? Parce que je suis né sur un espace géographique appelé le Maroc ? Oui, nous disent les articles 7 et 9 du code de la nationalité. Ainsi des enfants de parents étrangers (Russes, Japonais, Australiens ...), nés sur le sol marocain, deviennent Marocains. Mais leur unique rapport à la "marocanité" est leur naissance sur ce sol. Le "droit du sol", et même le "droit du sang" depuis la Moudawana de 2007 (la femme marocaine mariée à un étranger est enfin autorisée à donner sa nationalité à ses enfants) leur permettent d'acquérir la nationalité marocaine, mais cela ne suffit pas à définir leur " marocanité ", leur identité marocaine. Cette naissance sur le sol marocain et la filiation par la mère, leur donnent, certes, une carte nationale d’identité. Mais quelle identité ? Une identité marocaine de citoyenneté ! Il nous faut donc distinguer la citoyenneté marocaine de l'identité marocaine pour mieux comprendre l’essence de ma « marocanité ». La carte nationale d'identité ne suffit pas, à elle seule, à faire de moi un Marocain. Un seul exemple : le roi médiatique du raï qui a récemment obtenu la nationalité marocaine par mariage, lorsqu'il évoque notre Sahara, il le qualifie d' "occidental". Trouvez-moi un Marocain digne de ce nom qui parle de" Sahara occidental". La "marocanité", d'arrière, arrière, arrière, arrière, arrière-grand-père dit : "Sahara marocain". Ainsi, la carte nationale d'identité donne à celui qui la possède, tout au plus, des droits civiques et économiques. Elle ne garantit absolument pas son appartenance intime à la nation, telle que tente de la définir Ernest Renan, et que nous appelons ici la "marocanité" (تمغربيت"").

Ainsi, ni mon "parler marocain", ni ma religion musulmane, ni les droits de "sol" et de "sang", ni ma carte nationale d'identité, ne suffisent, à eux seuls, à définir ma "marocanité".

Alors en quoi suis-je Marocain ?
A suivre 3/5.

Abdellatif Chamsdine
Diplômé de 3ème Cycle, Université Paris7, Jussieu
Ancien professeur Paris II Assas-Sorbonne
Ancien professeur référent ESSEC
Professeur en exercice au grand Lycée Jules Verne



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