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Le Monde Diplomatique - publié le Mercredi 16 Décembre à 11:49

En Libye, ce n’est pas le chaos, c’est la guerre



Dans un contexte de violences entre factions rivales, l’offensive du général Khalifa Haftar contre les islamistes aggrave les fractures qui divisent les Libyens. Si les négociations entamées sous la houlette des Nations unies se poursuivent, la présence de groupes affiliés à l’Organisation de l’Etat islamique renforce l’éventualité d’une intervention étrangère, aux conséquences plus qu’incertaines.



ui se souvient encore de la visite-éclair en Libye de MM. Nicolas Sarkozy et David Cameron, le 15 septembre 2011 ? Devant la foule de Benghazi, le président français appelait alors la population à « montrer un nouveau courage, celui du pardon et de la réconciliation (1) ». Pour les médias français, ce discours triomphaliste consacrait le succès de la guerre menée par l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN) contre les troupes du régime de Mouammar Kadhafi.

Près de quatre ans plus tard, l’heure est à la désillusion et à l’inquiétude. En proie à l’instabilité politique et aux affrontements armés entre factions rivales, la Libye semble au bord de l’implosion. La sécurité publique ne cesse de s’y dégrader. La France a ainsi dû évacuer son ambassade de nuit, et sous la protection de ses forces spéciales, en juillet 2014. Depuis, le ministre de la défense, M. Jean-Yves Le Drian, et son homologue italienne, Mme Roberta Pinotti, évoquent régulièrement la perspective d’une nouvelle intervention militaire pour annihiler les groupes ayant fait allégeance à l’Organisation de l’Etat islamique (OEI). De leur côté, nombre de journalistes, qui ne peuvent effectuer que de très courts séjours sur place, utilisent désormais le qualificatif de « chaotique » pour décrire la situation. Après l’usage des termes binaires « démocratie contre dictature » en 2011, puis « milices contre société civile », ou encore « islamistes contre libéraux », ce choix sémantique découle de l’incapacité — ou du refus — d’appréhender les événements. Il témoigne aussi de l’absence de grille d’analyse tenant compte des identités des acteurs en présence et de la logique rationnelle de leurs stratégies et modes d’action.

Toute réflexion quant à l’avenir de la Libye nécessite de revenir sur les événements ayant conduit à la disparition de Kadhafi — ce que l’histoire officielle qualifie de « révolution ». Si l’on ne peut nier l’occurrence d’un moment révolutionnaire en février 2011 dans plusieurs villes, dont Benghazi, la réalité est que, après quelques jours d’une insurrection populaire rapidement militarisée, le pays a basculé dans la guerre civile. Huit mois d’un conflit fratricide, doublé de l’implication directe d’une coalition étrangère, ont abouti à l’écroulement du régime. Cette chute, seul objectif politique consensuel des insurgés de l’époque, peut au mieux être qualifiée d’« issue révolutionnaire ». Mais aucun ordre sociopolitique stable ni à plus forte raison aucun Etat n’a pu émerger. Cela tient au retour en force des « identités primaires », façonnées et définies par les appartenances locales et les particularismes propres à chaque groupe, ou sous-groupe, ethnique ou tribal.
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Patrick Haimzadeh
Ancien diplomate français à Tripoli (2001-2004), auteur de l’ouvrage Au cœur de la Libye de Kadhafi, Jean-Claude Lattès, Paris, 2011.


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