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AFP - publié le Mardi 8 Mars à 10:42

En Algérie, la "révolution silencieuse" des réseaux de femmes



ALGER - Championne olympique de demi-fond en 1992, la "reine des gazelles" Hassiba Boulemerka se démène aujourd'hui pour promouvoir le sport féminin en Algérie, un pays où les femmes s'organisent en réseaux pour conquérir une plus grande place dans la société.



En Algérie, la "révolution silencieuse" des réseaux de femmes
Présidente de la commission "sport et femme" du Comité olympique algérien (COA), l'ex-athlète devenue chef d'entreprise sillonne écoles, lycées et universités pour encourager les femmes à s'engager dans une carrière sportive.

Dans les années 1990, en pleine guerre civile, les imams intégristes s'insurgeaient de voir Hassiba Boulemerka courir jambes nues dans les grandes compétitions internationales. Elle avait alors réchappé à deux attentats, devenant un symbole de la lutte des femmes contre l'islamisme radical.

Vingt ans plus tard, les femmes sont de plus en plus visibles dans le sport, comme dans les affaires et la politique, mais l'écart reste très important avec les hommes.

"Les femmes bénéficient de l'élargissement progressif des libertés fondamentales" au Maghreb, souligne le démographe Kamel Kateb. "Cependant l'ordre social et religieux ne lâche que partiellement et seulement lorsqu'il est contraint", nuance l'auteur d'un essai sur "l'émergence des femmes au Maghreb".

Alors, pour mener leur "révolution silencieuse", comme la qualifie M. Kateb, les femmes s'organisent en réseaux.

- Encourager les créatrices d'entreprises 

Dans les affaires, une dizaine d'associations de femmes ont ainsi été créées et comptent des centaines de membres.

Malgré des débuts difficiles en 1993, le réseau Savoir et vouloir entreprendre (SEVE) est aujourd'hui devenu le premier cercle patronal féminin du pays, souligne sa présidente, Nanaâ Ouanani.

Une ancienne présidente de SEVE, Samira Hadj Djilani, a lancé en janvier à Alger le Réseau algérien des femmes d'affaires (Rafa) pour "porter la voix des femmes auprès des autorités".

Selon des chiffres officiels, les femmes représentaient 19,5% de la population active en 2014 contre seulement 10,5% en 1991. Et elles sont de plus en plus diplômées: un tiers exerçaient des professions intellectuelles et scientifiques en 2013, bien davantage que dans les années 1970-1980.

"L'Algérie a un grand potentiel féminin mais peu de femmes passent à la création d'entreprise", regrette toutefois Nassima Berrayah, présidente de DZ Women in Technology, une communauté de 223 étudiantes, chercheuses et cheffes d'entreprises créée en 2014. 

DZ Women permet aujourd'hui le transfert de savoir-faire entre ces différentes femmes pour stimuler les investissements féminins dans des domaines autres que les hydrocarbures en Algérie.

Dans tous ces réseaux économiques, les femmes conseillent et aident les étudiantes porteuses de projets à la fin de leurs études tout en assurant le partage de carnets d'adresses.

Souvent affiliés à des centres de réflexion et des forums internationaux, ces réseaux sont soutenus par des sponsors privés même s'ils travaillent en collaboration avec des institutions publiques.

Leurs efforts commencent à porter leurs fruits: une femme, Saida Nezgha, vient d'être désignée à la tête de la Confédération générale des entrepreneurs algériens, la deuxième association patronale du pays.

"Les revendications des femmes se sont spécialisées", affirme l'avocate Nadia Aït-Zaï qui estime que "la condition féminine s'est améliorée sur le plan juridique".

Ainsi, le "Code de la famille" de 1984 qui était inspiré de la loi coranique et dénoncé par les féministes comme le "code de l'infamie", a été assoupli en 2005.

Sur le plan politique, l'évolution est spectaculaire. Après avoir été longtemps à la traîne avec seulement 8% de députées durant la législature 2007-2012, l'Algérie a redressé la barre grâce à une loi sur les quotas dans les assemblées. La proportion de femmes parlementaires a bondi à 31%, la plus importante du monde arabe.

- Danger permanent

La nouvelle Constitution, adoptée en janvier, stipule que "l'Etat oeuvre à promouvoir la parité entre les hommes et les femmes" et "encourage la promotion de la femme aux responsabilités".

Le gouvernement compte quatre femmes sur 30 ministres, dont la "Merkel algérienne", Nouria Benghabrit, à la tête de l'Education, et la jeune Houda Imane Feraoun aux Technologies de l'information et de la communication.

L'armée algérienne est "la seule dans le monde arabe à avoir promu" cinq femmes au grade de général. La prédominance d'un "paternalisme protecteur" les confine toutefois dans un "rôle de soutien" (santé, administration des armées), tempère la chercheuse Dalia Ghanem-Yazbec.

"Les discriminations au sein du travail perdurent", rappelle aussi Mme Aït-Zaï, qui estime que les mentalités doivent encore changer en profondeur.

Les progrès ne sont pas irréversibles, met en garde la sociologue Nassera Merah, une des plus anciennes figures du féminisme, pour qui "les acquis des femmes sont en danger permanent".

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