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AA/Tunis/Esma Ben Said avec la contribution de Fiston Mahamba/Josiane Kouangheu/Mahamat Ramadhane - publié le Lundi 1 Février à 10:47

Emissions TV satiriques : en Afrique, on sait aussi rire des politiques



«Le rire est une forme de communication qui gagne du terrain dans le continent et c’est souvent un moyen de faire passer une pilule qui est amère, notamment en ce qui concerne les sujets politiques»



Emissions TV satiriques : en Afrique, on sait aussi rire des politiques
« Bienvenue installez-vous. On a des nouvelles pour vous !» et des nouvelles qui frappent là où ça fait mal grâce à Keyti et Xuman, deux stars du rap sénégalais, qui dans un style novateur, et décalé, rappent depuis trois ans le journal télévisé, sans langue de bois.

Et c’est non sans rire que le public écoute que « Macky (Sall, le président) malgré son poids, a des réflexes de boxeur, feinte de corps, gauche droite, qu’il est trop rapide pour les caillasseurs »…. Ou encore que « les parapluies de ses gardes du corps sont devenues des parapierres»… (en référence à une visite houleuse du président sénégalais à l’Université de Dakar il y a quelques mois.) 

Le JT rappé, donne ainsi le ton: au Sénégal, on peut rire des dirigeants africains à la télé, sans pour autant se retrouver derrière les barreaux.

Apparu depuis quelques années, c'est par "mimétisme" que ce genre d'émissions s'est propagé un peu partout en Afrique subsaharienne, souligne, dans une déclaration à Anadolu, l’enseignant chercheur à l’Université de N’Djamena, Kila Roskem.

"Certaines conditions, comme la démocratisation et vulgarisation de la politique ont favorisé les développement et réussite de ces émissions. Après, c'est tout comme les contestations contre les changements de constitutions, une contamination", ajoute-il.

Inspiré d'émissions occidentales, le concept s'est ainsi propagé depuis quelques années dans quelques pays d'Afrique subsaharienne avant de prendre dans d'autres, acquérant, ainsi, la dimension de "phénomène", selon le chef de département des sciences et techniques de l’information et de la communication, dans la même université.

Au Kenya, c’est le « The XYZ Show » qui amuse, depuis 2009, plus d’un million de spectateurs chaque semaine. L’émission s’inspire de l'émission française «Les Guignols de l’info», et de l’ancienne émission britannique «Spitting Image».

Dans un ancien sketch (2013) de l’émission satirique de marionnettes, diffusée en langue swahili, sur la chaîne privée Citizen TV, une marionnette explore le crâne rempli d’insectes de l’ancien dictateur, Daniel Arap Moi (qui a dirigé le pays entre 1978 et 2002), « pour mieux comprendre d’où provient la corruption endémique qui ruine le pays».

Pas de censure même lorsque l’émission s’attaque aux dirigeants ou symboles de l’Etat Kényan actuel.

Pour le chercheur Kila Roskem, « les émissions satiriques qui jouissent d’une liberté certaine, sont celles diffusées dans des pays marqués par la stabilité politique et économique et un état avancé de démocratie culturel».

Il cite à ce propos des pays africains anglophones, "très en avance" en matière de libertés politiques, "les hommes politiques endossent les critiques et analyses bien plus facilement".

"Ghana, Afrique du Sud, Kenya, Tanzanie sont ainsi à distinguer de beaucoup de pays francophones, où la démocratie est soit plus jeune, soit plus fragile.

«Dans les pays comme le Tchad, la Mauritanie, le Niger, le Cameroun la Guinée et le Burkina Faso les contenus des émissions politiques des chaînes de télévisions publiques, dépendent directement des ministères de la communication et de la culture », rappelle le chercheur joint par Anadolu.

Un constat qui accule des chaînes privées à être les pourvoyeuses de ces émissions, mais leur nombre reste limité.

Au Cameroun, quelques émissions satiriques marquent tout de même le paysage audiovisuel, cohabitant avec "une censure maquillée", selon les journalistes du pays.

Kardinal Aristide 1er, de son vrai nom Aristide Betnga Yankoua, est comédien, mais il se définit comme «journaliste comique» au Cameroun depuis 1996.

Animateur des émissions «La vérité presse», «Le journal du bien» de 2004 à décembre 2015 sur la chaîne de télévision privée «STV». Il a été recruté, début janvier, par la Cameroon radio and télévision (CRTV), la radio nationale où il va peut-être, dit-il, expérimenter «la vraie censure».

«Le rire est une forme de communication qui gagne du terrain dans le continent et c’est souvent un moyen de faire passer une pilule qui est amère, notamment en ce qui concerne les sujets politiques», analyse Kardinal rencontré par Anadolu.

«Pour ma part, je me définis comme un artiste impartial, qui peut aussi bien critiquer l’opposition que le pouvoir et les dérives de ceux qui ont la charge de nous gouverner.» 

Pourtant, l’humoriste a déjà été confronté à une désapprobation indirecte. «Quand je travaillais sur la STV nous avons reçu une fois une lettre du ministère de la communication qui mettait en garde notre hiérarchie, à la suite de la venue d’un invité qu’elle a estimé être une «dérive». 

«Une autre fois, je me suis amusé à croquer un leader de l’opposition en disant que, s’il n’a pas trouvé un travail, il pouvait envoyer son CV à la présidence de la République. Il m’a aussitôt contacté pour me dire qu’il protestait contre mes propos», explique l’animateur qui s’en sort, cependant, mieux que certains de ses confrères africains.

Eliezer Tambwe, est journaliste indépendant et animateur de l’Emission télé « Tokomi Wapi ? » (Où en sommes-nous ? en langue Lingala) en République Démocratique du Congo.

Chaque semaine, Tambwe invite un membre du paysage politique congolais qu’il interroge, toujours avec humour, sur les questions politiques, parfois les plus gênantes, du moment.

L’émission a rapidement conquis un large public et, pour échapper à la censure, l’animateur a décidé de jouer «la carte de la neutralité», en diffusant son émission satirique sur deux chaînes de télévision, une appartenant à l’opposition congolaise « « Canal Kin ») et l’autre, sur une chaîne proche du pouvoir.

Un choix qui ne l’a toutefois pas empêché d’être interpellé à plusieurs reprises par les services de sécurité congolais, parfois sans explication, conclut-il, sur une note d'amertume.

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