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Samir Khirani - publié le Jeudi 15 Janvier à 10:48

Élections au Nigéria : ce que le candidat Buhari aimerait nous faire oublier




Le 14 février prochain se déroulera l’élection présidentielle au Nigéria. Cette élection verra s’affronter le Président sortant Goodluck Jonathan, issu du Parti démocratique populaire, et l’ancien général Muhammadu Buhari, choisi par le Congrès progressiste (APC) pour briguer la présidence nigériane. Ce dernier s’est déjà retrouvé à la tête du pays dans les années 80 et s’il assure aujourd’hui vouloir diriger le pays de façon démocratique, son passé de dictateur pourrait lui valoir une nouvelle défaite.



Des élections rythmées par la menace Boko Haram

Pays le plus peuplé d’Afrique avec plus de 177 millions d’habitants, le Nigéria est la première puissance économique du continent. Indépendant depuis 1960, le pays est sorti d’une dictature militaire en 1999 pour installer un régime présidentiel et fédéral directement inspiré par celui qu’on retrouve aux Etats-Unis. L’année 1999 marque alors les premières élections démocratiques depuis la victoire de Shehu Shagari en 1979, élections remportées par Olusegun Obasanjo.

Près de la moitié de la population se revendique d’origine chrétienne quand l’autre moitié est principalement constituée de musulmans. D’importantes tensions entre ces deux religions rythment le quotidien du pays depuis de nombreuses années. Le Nigéria est notamment le théâtre d’attaques régulières perpétrées par la secte islamiste Boko Haram. La ville de Baga a dernièrement été victime de l’action du groupe terroriste pour ce qui est qualifié aujourd’hui comme étant le « pire massacre de l’Histoire récente de Nigéria » avec plus de 2000 personnes tuées. La menace de Boko Haram, dont l’objectif est d’instaurer la charia sur l’ensemble du pays, et des massacres dont il est coutumier poussent les Nigérians à fuir le pays vers des territoires voisins comme c’est le cas au Tchad depuis quelques semaines.

«Depuis la mi-décembre, on a constaté un afflux massif des réfugiés nigérians dans la région du Lac-Tchad, notamment dans la localité de Gubuwa. A ce jour, l’on a enregistré plus de 3 000 réfugiés nigérians et 543 « retournés » tchadiens», a déclaré le Premier ministre tchadien Kalzeubé Pahimi Deubet, avant d’ajouter : «L’instabilité dans certains pays voisins du Tchad, et particulièrement au Nigeria, causée par Boko Haram nous inquiète».

Maîtriser l’instabilité provoquée par Boko Haram est une des priorités du président en place, Goodluck Jonathan, priorité qu’il affirmait encore il y a quelques mois après le terrible épisode du kidnapping des 219 lycéennes par l’organisation terroriste. « Je suis déterminé à protéger notre démocratie, notre unité nationale et notre stabilité politique, en menant une guerre totale contre le terrorisme (...). Les forces de sécurité seront autorisées à utiliser tous les moyens nécessaires dans le cadre de la loi pour assurer que ce soit fait », avait-il alors assuré.

Souvent critiqué pour son manque de résultats quant à la lutte qu’il mène face à Boko Haram, Goodluck Jonathan s’efforce de rappeler combien ce combat est un travail de longue haleine, qui présente également de grandes difficultés. « Je peux vous assurer que ces voyous seront chassés. Cela ne se fera pas du jour au lendemain, mais nous n’épargnerons aucun effort pour atteindre ce but », ambitionne-t-il. Aujourd’hui, même si une partie des lycéennes demeure toujours aux mains de Boko Haram, le Président nigérian reste déterminé et met un point d’honneur à débarrasser son peuple de cette menace terroriste qui fragilise le pays, comme il le rappelait encore lors de son discours prononcé le 31 décembre dernier.

Il ne fait donc aucun doute que Boko Haram est aujourd’hui plus que jamais un argument électoral, scandé par les deux partis en lice pour remporter la victoire. Si l’ambition du président sortant Goodluck est clairement affichée et se veut sans compromis à l’égard du groupuscule, son challenger Buhari a tendance à adopter un discours un peu plus timoré. Il faut dire que le passé du monsieur est plutôt trouble et l’homme d’aujourd’hui a beau se présenter comme le candidat qui libèrera le Nigéria de l’insécurité et de la corruption, son parcours peine à le rendre crédible aux yeux des Nigérians.

Dictature, discours pro-charia, financements obscurs, les casseroles gênantes de Buhari

La dualité chrétiens du Sud et musulmans du Nord qui sévit au sein de la population nigériane se retrouve en politique avec une opposition qui voit s’affronter traditionnellement un candidat chrétien, aujourd’hui le président Goodluck, et un candidat musulman en la personne de Muhammadu Buhari. C’est la quatrième fois que cet ancien général se présente à l’élection présidentielle et la seconde fois qu’il s’oppose à Goodluck Jonathan, la première remontant à 2011.

Si ces dernières années Buhari accumule les défaites électorales, il a tout de même dirigé le pays de 1983 à 1985. Arrivé au pouvoir à la faveur d’un coup d’état, il a participé à la dictature militaire qui a mis le pays à genoux durant près de trente ans. Ses 20 mois de règne sous couvert de « guerre contre l’indiscipline » font encore et toujours figure de lourds traumas pour le peuple nigérian.

Aujourd’hui plébiscité par une opposition au pouvoir en place renforcée, le parti APC est une coalition de quatre partis d’opposition au PDP, Buhari trimballe avec lui une odeur de souffre et même s’il crie à qui veut l’entendre sa volonté de rétablir l’ordre dans le pays, le candidat transpire la violence dans ses propos et dans ses actes. Il n’y a qu’à constater la façon dont il a appelé ses partisans à s’insurger, à prendre les armes et à tuer lors des élections de 2011 pour se rendre compte que l’homme n’a rien du réformateur qu’il prétend être.

Quant à la nécessité d’éradiquer le mouvement Boko Haram, Buhari répond publiquement présent même s’il condamne fermement le dispositif et les méthodes radicales prônées par son adversaire pour atteindre cet objectif. Prudent, Buhari entend lui aussi mettre fin à la secte mais n’a pas son pareil pour rester flou lorsqu’il s’agit de rentrer dans le concret. Une réserve que certains associent aisément aux soupçons qui entourent Buhari quant aux liens étroits qu’il pourrait avoir avec la secte.

Il y a deux ans, un ancien membre fondateur de Boko Haram, Sheikh Haliru, révélait l’identité de plusieurs personnalités qui auraient joué le rôle de financeur pour l’organisation islamiste et le nom de Buhari apparaissait en haut de la liste. « J’ai des documents qui prouvent que le général Mohammadu Buhari, Alhaji Abubaka Atiku ainsi que d’autres hommes politiques font partie des personnes derrière Boko Haram » , déclarait-il en 2012. Des accusations qui ont été depuis démenties par l’intéressé mais qui continuent d’entacher un peu plus l’image du candidat à la présidentielle.

Les déclarations d’Haliru n’ont peut-être pas été prouvées, elles n’auraient rien de surprenant tant les positions qu’adoptait Buhari il y a une dizaine d’années au sujet de la charia tranchent avec sa posture d’aujourd’hui. En 2001, l’homme assistait en effet à un séminaire qui se déroulait à Kaduna et n’hésitait pas à revendiquer son soutien à la charia. « Je continuerai à montrer ouvertement mon engagement total envers le mouvement de la charia qui se propage rapidement dans le pays », garantissait-il, précisant au passage que lui et les membres du groupe ne cesseraient d’agiter le pays jusqu’à ce que la loi islamique soit mise en œuvre sur l’ensemble du territoire. Il représente de ce fait la vitrine politique de Boko Haram, ​qui massacre des innocents depuis des années afin d'atteindre cet objectif.

La candidature de Buhari pose donc de nombreuses questions. On peut en effet se demander si la campagne électorale de l’ex-dictateur est l’œuvre d’un individu faisant amende honorable, tirant un trait sur un passé propice à la controverse et contraire aux impératifs politiques actuels du pays, ou y voir davantage la persévérance et la manipulation d’un homme au discours hypocrite, cherchant à récupérer le pouvoir à n’importe quel prix. Le doute plane sur l’homme alors que le Nigéria a uniquement besoin de certitudes quant à la façon dont le futur président va s’y prendre pour lui faire retrouver une stabilité pérenne.


Tagué : Samir Khirani

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