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Nadine El Sayed - publié le Mardi 16 Juillet à 11:25

Egypte: finissons-en avec le deux poids deux mesures






Egypte: finissons-en avec le deux poids deux mesures
Le Caire – L’atmosphère festive qui a suivi la destitution du président Mohamed Morsi le 3 juillet dernier s’est détériorée avec l’arrestation de plusieurs personnalités politiques (dont certaines ont été relâchées par la suite) ainsi que la fermeture de quatre chaînes de télévision de tendance islamiste, sans oublier les éclats de violence faisant de nombreuses victimes parmi les manifestants des deux camps. Un dernier incident vient de provoquer la mort de deux soldats et de cinquante et une personnes parmi les manifestants pro-Morsi et des centaines de personnes ont été blessées.

Comme des millions d’autres Egyptiens, je suis descendue dans la rue pour manifester contre la politique de Mohamed Morsi. Je reproche à l’ancien président d’avoir mis tous les postes clefs du gouvernement entre les mains des Frères musulmans, d’avoir écarté du pouvoir tous les autres segments de la société, d’avoir transgressé le système judiciaire à plusieurs reprises, et enfin d’être resté sourd aux demandes principales des Egyptiens.

Toutefois, je regrette les incidents qui se sont produits après sa destitution et qui sont en train de diviser davantage encore notre société. Je pense qu’au contraire, nous devrions montrer de l’empathie vis-à-vis de ceux qui n’approuvent pas le départ de l’ancien président et nous devrions surtout les rassurer en leur montrant que notre but n’est pas de les oppresser sous le couvert du libéralisme.

Les partisans de Morsi ne doivent pas être privés de leur droit de manifester pacifiquement. En même temps, tout acte de violence doit être condamné et poursuivi en justice.

Les événements de la semaine dernière, qui mettent en avant le fossé qui se creuse au sein de la société égyptienne, m’ont fait penser à une femme que j’avais interviewée dans le cadre d’un article sur l’intégration sociale. Cette femme portait le niqab (voile facial) et elle était une fervente partisane de l’islam politique.

C’est elle qui avait choisi notre lieu de rendez-vous, et je n’ai compris son choix qu’en y arrivant : dans ce café, les vêtements dénudés et les rencontres de personnes de sexe opposés n’étaient pas permis.

Elle m’a expliqué qu’elle avait choisi cet endroit parce qu’elle s’y sentait acceptée : on ne la fixait pas et elle n’avait pas à soutenir les regards interrogateurs qui pèsent d’habitude sur elle lorsqu’elle se trouve assise à une table, avec son ordinateur portable et ses livres anglais.

Malgré le fait qu’elle n’avait pas de préférence particulière pour les Frères musulmans ou pour le président Morsi, elle était néanmoins ravie du résultat des élections. Avec un gouvernement de mouvance islamique, elle sentait enfin qu’elle avait sa place dans la société. Elle rêvait d’un état islamique dans lequel elle se sentirait enfin à l’aise et dans son élément, et où elle ne serait plus celle qu’on regarde bizarrement. Pour elle, ce n’était pas une question de politique mais un problème d’acceptation et d’appartenance.

Quelques mois après cette rencontre, je la retrouve sur différents forums de discussion en ligne. Elle y poste une avalanche de messages d’indignation dans lesquelles elle exprime sa colère et déplore les manifestations contre Mohamed Morsi, la fermeture des chaînes de télévision religieuses et l’arrestation de personnalités politiques islamistes tout en demandant l’intervention de l’armée.

Comme cette femme, les opposants au soulèvement contre Mohamed Morsi font comprendre à travers leurs messages qu’ils sont profondément inquiets de se retrouver isolés et d’être persécutés ou même opprimés.

C’est pourquoi, au lieu de prendre des mesures alarmistes contre les partisans d’un islam politique qui manifestent pacifiquement leur désaccord, il vaut mieux leur faire comprendre que nous ne sommes pas là pour les attraper et au contraire les rassurer.

Nous ne devrions pas fermer des chaînes de télévision ou mettre tout le monde dans le même sac. En revanche, nous devrions concentrer notre énergie pour alléger la tension entre les partisans de la religion au sein de l’Etat et ceux qui sont contre.

Nous ne devrions pas couper la communication entre les deux camps, mais plutôt faire circuler entre eux des messages de paix. Nous devrions rassurer les partisans pacifistes de mouvance islamique en leur montrant qu’il n’y aura pas de répression contre l’islam, ou contre ceux qui veulent que la religion intervienne dans les affaires de l’Etat. Nous devons leur faire comprendre que nous ne sommes pas en train de mener une guerre contre la religion. Ces personnes devraient pouvoir être rassurés qu’ils pourront pratiquer leur religion en toute liberté même si le gouvernement n’est plus de tendance islamiste.

Cela ne veut pas dire que nous devons nous excuser d’avoir manifesté. À mon avis, cette vague récente de protestation était une belle démonstration paisible de la volonté du peuple. Cependant, le temps est venu de clarifier nos croyances et nos valeurs : nous ne pouvons pas appliquer une politique de deux poids deux mesures ; nous sommes partisans de la liberté d’expression pour tous – tout en refusant les discours haineux.

J’espère que le message que je véhicule ici parviendra à cette femme que j’ai interviewée ainsi qu’aux autres personnes qui soutiennent Mohamed Morsi.

*Journaliste égyptienne, Nadine El Sayed prépare un doctorat à l’Université de Westminster. Elle est également la rédactrice en chef de www.19TwentyThree.com. Article écrit pour (CGNews).


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