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Mohamed El-Sayed - publié le Samedi 27 Juillet à 13:07

Egypte : comment aller de l’avant ?






Egypte : comment aller de l’avant ?
Le Caire – Indépendamment de la question de savoir si le 3 juillet a été une révolution ou un coup d’état contre Mohamed Morsi, premier président élu démocratiquement en Egypte, le fait que des millions de gens sont descendus dans la rue pour manifester leur mécontentement montre que la révolution du 25 janvier 2011 est toujours en marche. Le glissement vers la violence et la division sociale est certes inquiétant, mais toute révolution comporte par nature des hauts et des bas et des cycles récurrents de violence et de divisions.

En tout cas, les événements de ces deux dernières semaines montrent clairement que les Egyptiens sont capables d’évincer tout gouvernement qui ne répond pas à leurs aspirations : « la liberté, la justice sociale et du pain ». Mais ces affrontements ont aussi creusé un peu plus le fossé existant entre ceux qui soutiennent le premier président élu démocratiquement et ceux qui l’ont évincé. Toutefois, cette situation peut aussi être l’occasion d’un nouveau départ.

Les événements du 3 juillet dernier ont fourni l’opportunité de réécrire un meilleur contrat social, satisfaisant une plus grande majorité d’Egyptiens. La constitution de 2012 a été suspendue et remplacée par une déclaration constitutionnelle. La constitution avait été principalement élaborée par les partisans d’un islam politique (les Frères musulmans, le Parti Al-Nour et le Groupe islamique) étant donné que les partis laïcs, les coptes et les militants des droits de l’homme s’étaient retirés de l’assemblée constituante en signe de protestation. Adoptée par seulement 64 pour cent de l’électorat, la constitution de 2012 avait donc suscité une grande déception auprès de plus d’un tiers des électeurs.

À présent, il faudrait la mise en place d’une assemblée constituante équilibrée représentant toutes les mouvances politiques égyptiennes pour réécrire une constitution qui convienne à une plus grande majorité des citoyens.

Une initiative de réconciliation nationale s’impose d’urgence : toutes les factions politiques doivent être incluses. Gagnant des dernières élections, le Parti de la liberté et de la justice des Frères musulmans doit justement se retrouver au centre de cette initiative, maintenant qu’il a été mis à l’écart du pouvoir.

Le succès du processus politique dépend de la participation des partis islamiques. Il incombe au président intérimaire Adly Mansour d’amadouer l’éventail de partis islamiques et laïcs pour que cette réconciliation se concrétise. Pour cela, les partis politiques devront abandonner la politique de la rue et les affrontements et s’asseoir à la table des négociations.

Si la réconciliation politique aboutit, le gouvernement de transition pourrait être formé de technocrates qualifiés. Le premier ministre intérimaire, Hazem El-Beblawi, pourrait choisir des cadres issus aussi bien de partis islamiques que laïcs pour constituer son cabinet. Cela permettrait d’éviter une polarisation croissante de la société en attendant l’élection d’un nouveau parlement et d’un nouveau président au mois de février prochain. Nader Bakkar et Ashraf Thabet du parti salafiste Al-Nour feraient de bons candidats dans un gouvernement intérimaire, d’autant plus qu’un Comité de réconciliation national proposé par leur parti vient d’être conçu et mis en place.

Dans ce contexte, toutes les factions politiques doivent être disposées à oublier leurs griefs et leurs préjugés politiques et idéologiques pour aider le nouveau gouvernement à élaborer une feuille de route empêchant l’effondrement de l’économie.

Si le 30 juin dernier, des millions d’Egyptiens sont descendus dans la rue, c’est aussi parce que leur situation économique s’est beaucoup dégradée en l’espace d’un an. Le chômage a atteint un taux de 13 pour cent, l’inflation frôle les 10 pour cent sans oublier les problèmes de nourriture, d’essence et d’électricité qui se sont vraiment empirés en un an. Les détracteurs de l’ancien président déplorent l’incompétence du gouvernement déchu dans sa gestion des problèmes urgents. Les partisans de Mohamed Morsi, qui sont des centaines de milliers à manifester depuis sa destitution, soutiennent pour leur part qu’il est difficile de redresser l’économie d’un pays en un lapse de temps si court.

Qui a tort, qui a raison ? Là n’est pas la question. Le fait est que lorsque les dirigeants d’un pays, quelle que soit leur affiliation politique, ne parviennent pas à améliorer les conditions économiques, ils risquent de perdre la confiance des citoyens. Par ailleurs en Egypte, la révolution du 25 janvier, a laissé une porte ouverte à la dictature militaire Quoique à en croire ses généraux, l’armée ne soit pas intéressée à prendre le pouvoir.

Aujourd’hui, plus que jamais, il est primordial que tous les partis politiques prennent du recul pour s’auto-évaluer et reconnaître les erreurs commises le long de ces deux dernières années, et surtout d’en tirer des leçons. Les partis politiques islamiques et laïcs doivent, les uns comme les autres, abandonner les discours antagonistes pour éviter la division de la société et faire en sorte que l’Egypte prenne le bon chemin. L’intégration politique en est la clef.

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* Mohamed El-Sayed est un journaliste égyptien. Article écrit pour (CGNews).



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