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Yigal Schleifer - publié le Vendredi 4 Septembre à 21:42

Du nouveau dans les relations turco-kurdes






Istanbul – Il semble bien que la Turquie, après des décennies de conflits et de politique répressive, soit en train d’accomplir des pas décisifs dans le sens d’une initiative de paix visant à apaiser une agitation interminable au sein de sa population kurde. Cependant, pour que ce plan (ou n’importe quel plan) fonctionne, il ne doit pas se réduire à une nième initiative officielle unilatérale qui ne tiendrait aucun compte des griefs des intéressés. Au-delà des efforts précédemment consentis, il devra authentiquement faire participer la population kurde au processus.

Depuis quelque temps, la Turquie cherche à se positionner en tant que puissance et médiatrice régionale de diverses façons, par exemple, l’an dernier, en facilitant les pourparlers indirects entre Israël et la Syrie. Sa monté en puissance sur la scène mondiale, alors qu’elle occupe actuellement un fauteuil au Conseil de Sécurité des Nations Unies, a incité la Turquie à faire entendre sa voix plus fort dans le concert des nations. Ankara a été un des critiques les plus féroces de la guerre menée par Israël contre Gaza au mois de janvier et de la riposte apportée par la Chine à l’agitation récente dans sa province du Xinjiang, patrie du peuple Ouighour turquique.

Revers de la médaille : à force de se faire remarquer sur le plan international, la Turquie attire l’attention sur ses problèmes internes, à commencer par son éternel conflit avec sa composante kurde, qui représente 20 pour cent de la population totale. Sans doute la situation dans le sud-est du pays est elle nettement meilleure que dans les années 1980 et 1990, époque où le conflit avec le PKK (Parti des Travailleurs du Kurdistan, interdit) avait transformé toute cette région en zone de guerre. Mais de gros problèmes restent encore à régler

Les dirigeants du cru se voient encore reprocher de parler kurde dans leurs fonctions officielles. Ces dernières années, des dizaines de jeunes kurdes qui participaient à des manifestations anti-gouvernementales ont été arrêtés en raison de leur soutien au PKK. S’il est vrai que le Parti Justice et Développement actuellement au pouvoir (AKP) a des membres kurdes et que le Parti pour une société démocratique (pro-kurde) détienne 20 des 550 sièges du parlement, il n’y a en réalité que peu de place dans les structures politiques actuelles pour les voix du peuple kurde puissent se faire entendre.

Mais un vent nouveau s’est levé sur Ankara.

Au début de l’année, le gouvernment a inauguré la première chaîne de télévision publique en langue kurde. Depuis quelques mois, le President Abdullah Gul et le Premier Ministre Recep Tayyip Erdogan ont tous deux indiqué qu’une initiative de prise de contact sérieuse avec les kurdes est dans les tuyaux.

De plus, Besir Atalay, le ministre de l’intérieur a déclaré le 29 juillet, à l’occasion d’une conférence de presse, que le gouvernement travaille activement à un projet de démocratisation générale qui élargirait les droits de la population et son espace culturel. Sans aller jusqu’à donner des détails ou évoquer des délais, M. Atalay a déclaré aux journalistes : “Nous avons l’intention de prendre des mesures positives, patientes et courageuses…On peut dire que nous entrons dans une phase nouvelle”.
Selon la presse turque, le plan du gouvernement prévoirait éventuellement une autonomie culturelle élargie, qui comprendrait l’ouverture de chaînes de télévision privées en langue kurde et de facultés kurdes dans les universités, ainsi que la possibilité pour les villes et villages de reprendre leurs noms kurdes. Ce qui n’est pas clair, c’est si ces mesures comprendraient aussi une amnistie élargie pour les membres du PKK interdit.

Le PKK continue d’attaquer les forces de sécurité turques, le plus souvent à partir de ses cachettes secrètes du nord de l’Irak. Pourtant, le mouvement s’est rendu compte depuis quelques années que la séparation d’avec la Turquie n’est pas un objectif réaliste et a clairement annoncé qu’il ne cherche qu’à obtenir des droits politiques et culturels accrus pour la population kurde au sein de l’entité turque. De son côté, Abdullah Öcalan, le chef du PKK actuellement emprisonné, serait prêt à dévoiler d’ici quelques semaines une feuille de route qui permettrait de débloquer l’impasse.

Ce n’est pas la première fois qu’Ankara tente de résoudre le problème kurde. Des initiatives antérieures comportaient des composantes économiques diverses, généralement insuffisamment financées, pour ce sud-est qui souffre de sous-développement chronique et qui reste à la traîne dans pratiquement tous les secteurs de l’économie. Mais cette fois-ci, la démarche gouvernementale semble différente.

Tout d’abord, le gouvernement semble proposer un montage global complet, avec droits culturels, réformes politiques et démocratisation. Ensuite, la dynamique de la nouvelle initiative ne provient pas de pressions extérieures, mais bel et bien des milieux politiques et militaires eux-mêmes. Le gouvernement aura ainsi moins de mal à vendre son plan à une opinion sceptique à laquelle on a dit et redit que les revendications kurdes constituent une menace à l’unité nationale.

Le plus difficile sera peut-être d’embarquer dans l’aventure divers secteurs de la société kurde, à commencer par les mouvements associatifs, et de prendre en compte les prétentions bien réelles que sont un pouvoir politique accru et l’organisation d’élections dans les régions du sud-est. Dès le départ, l’initiative devra annoncer la couleur : il s’agit de donner aux populations kurdes une place culturelle et politique réelles au sein de la Turquie.

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* A Istanbul, Yigal Schleifer est le correspondant du Christian Science Monitor et du site Eurasianet. En outre, il blogue sur istanbulcalling.blogspot.com. Article écrit pour le Service de Presse (CGNews), publié d’abord dans The Sacramento Bee.

Source: Common Ground News Service (CGNews)


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