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Abdellatif BHIRI - publié le Samedi 18 Juin à 12:47

Du narguilé au rosaire




La dérive islamiste trouve son noyau dans les souches où sévit l'ignorance et l’analphabétisme à grande échelle.



Abdellatif BHIRI
Abdellatif BHIRI

Le secteur de l'informel engendre le terrorisme formel!

Du narguilé au rosaire

En général, tout le monde est d’accord pour qualifier un fait de « phénomène » lorsqu’il devient très récurrent et très répandu dans la société.

Cela étant, il m’arrive de constater, lors de mes visites chez mon coiffeur, le vertigineux changement de son comportement au fil du temps.

Je l’avais connu il y a quelques années de cela. Son local était une destination très prisée par de nombreux jeunes du quartier. Ils y trouvaient un refuge idoine pour s’adonner à leurs lubies juvéniles. Qui armé de son narguilé et des différentes saveurs, qui de son calumet et de sa bourse de kif et d’autres de clopes roulées avec des matières hallucinogènes. Cette horde n’entravait aucunement le coiffeur qui prenait du plaisir et s’enorgueillissait d’être si bien entouré. Attablés autour d’un verre de thé, chacun y allait de son dithyrambe ou de sa médisance. Les discussions étaient à tambour battant. On parlait de tout et de rien. Du football, des sitcoms à la pelle, des faits divers du quartier jusqu’à l’émigration clandestine. Le plus drôle était que le coiffeur avait son mot à dire dans n’importe quel sujet abordé, si tordu soit-il ! Parfois même, sans s’en rendre compte, il enrichissait une histoire en improvisant un scénario des plus convainquant. L’assistance en était habituée et elle en riait.

Depuis plusieurs années, notre coiffeur s’est habitué à ouvrir son local vers 9heures du matin et ne le fermait que tard dans la nuit. Il passait toutes ses journées dans son lieu de travail. Il était d’un bon vivant et tous les propriétaires du la même rue comptait sur lui pour monter la garde lorsqu’ils étaient obligés de s’absenter. Il entamait sa matinée par des bouffées de narguilé qu’il entretenait minutieusement. D’autres suivirent après le déjeuner et au début de la soirée. Il faut dire qu’il ne souffrait pas du manque de la clientèle. Sa boutique était déjà très connue du vivant de son père duquel il avait hérité le métier. Les fidèles clients continuaient à affluer chez le fils, tant par nostalgie pour l’endroit que par empathie envers le fils. C’était généralement des adultes : fonctionnaires, cadres, notables…

Le coiffeur ajustait son discours en fonction de « la tête » du client qu’il connaissait parfaitement. Il ne se taisait jamais. Parlez-lui de la première guerre mondiale, de la révolution d’octobre, de la Marche verte, de la coupe du Monde de 1970, des fameux derbys nationaux ou autres, il avait toujours ce sens de la répartie au bout de la langue. Quelques malins ont eu l’ingénieuse idée de faire la somme des années qu’il aurait vécues, Ils en avaient conclu 24O ans !

Lors de ces derniers mois, J’ai pu déceler quelques changements dans le comportement de cet homme qui regorgeait de vie. J’ai remarqué que le local était de moins en moins encombré par les jeunots, absence quasi-totale des relents de tabac, du kif ou dd narguilé. Le salon était très propre qu’à l’accoutumée. L’écran de télévision affichait des lectures de Coran en boucles. Les matches de football et les morceaux musicaux du Chaâbi (chansons populaires) ou du Rai avaient cédé aux innombrables vidéos des prédicateurs orientaux qui promettent des fleuves de miel et des Houris… Même la physionomie du coiffeur avait changé. Lui qui tenait dignement à son apparence et à son élégance, se montrait dans des habits de chambre. Des babouches érodées, une gandoura froissée et une barbe indigne d’un barbier.

Le contraste était flagrant entre le nouvel état du local et son locataire. Il ne parlait plus comme avant, on dirait même qu’il avait avalé sa langue. Ses rares interventions étaient relatives aux sermons divins. Parfois en pleine besogne, il lui arrive d’interrompre son travail pour attendre la fin de l’appel à la prière. Parfois d’autre, Il renvoie se balader un client car c’était le moment d’aller à la mosquée. Les marchands du quartier ne pouvaient plus compter sur lui, ses anciens amis désertèrent son salon, sa clientèle préférée délaissa sa boutique tellement elle était agacée par ces discours religieux litigieux.

Le barbier semblait en souffrir mais en catimini. Il s’était fait une nouvelle frange de fidèles. Il y avait d’abord ces adolescents qui se tuaient pour imiter la coiffure de leurs idoles. De jeunes lycéens en mal de modèle et qui ne payaient qu’en de menus sous. Ensuite, il y avait cette autre horde de marchands ambulants qui pullulent dans les quartiers populaires et qui passent chez le coiffeur deux fois l’an avec parfois un merci en guise de paiement.

Il va sans dire que les finances de notre barbier allaient de pire en pis. Durant ces heures creuses, il psalmodiait le Coran à haute voix pour se faire entendre par les voisins. Il y avait des soirs où il recevait des gens que personne ne connaissait, il rabattait le rideau à moitié et sombrait dans des agissements suspects.

Les habitants du quartier n’ont pas pu s’explique le revirement du coiffeur. Ceux qui l’avaient pris de bon œil ne pouvaient pas tolérer son radicalisme né du jour au lendemain. Les plus récalcitrants voyaient ce changement comme un signe avant coureur de la dérive des jeunes du quartier vers le retranchement et l’extrémisme fanatique qui commençait à gagner du terrain dans les grandes villes.

Entre tenir une cigarette, fumer un « join », aspirer un narguilé, jouer aux cartes, aux dames, regarder un match de foot ou un film ou écouter de la musique, le barbier avait choisi de distraire avec son rosaire.
 



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