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par Ishtiaq Ahmed - CGNEWS - publié le Lundi 14 Juin à 11:52

Droits de la femme au Pakistan : une fantasmagorie






Singapour – On a entendu ces derniers temps toutes sortes de nouvelles, au sujet de la condition des femmes au Pakistan. Ces nouvelles sont si contrastées que l’on pourrait comparer la sphère des droits de la femme dans ce pays à une fantasmagorie, à une scène où il se passerait des tas de choses mais dans laquelle il serait impossible de discerner la réalité de l’illusion.

Il y a deux mois, le président pakistanais Asif Ali Zardari a ratifié la loi 2010 pour la protection des femmes sur le lieu de travail, visant à garantir à celles-ci davantage de sécurité dans leur environnement professionnel. Un grand nombre de militantes, de parlementaires et de notables a participé à la cérémonie de ratification, qui s’est déroulée à la résidence officielle du président. A cette occasion, ce dernier a réaffirmé l’engagement du gouvernement à garantir l’égalité des droits entre hommes et femmes, conformément à la constitution du Pakistan.

Les paroles solennelles prononcées par Asif Ali Zardari pourraient faire sourire : « Nous devons faire place à un Pakistan où les générations futures, mes filles, seront fières de vivre à l’égal des hommes. » Mieux vaut tard que jamais.

La nouvelle loi est en effet progressiste. Ses auteurs prétendent d’ailleurs que de toutes les législations d’Asie du Sud, c’est la plus avancée. Si c’est vraiment le cas, je vais me dépêcher d’en faire part à mes collègues de l’Institute of South Asian Studies à Singapour, et leur signaler qu’il y a un domaine où le Pakistan devance, dans le bon sens, les autres pays d’Asie du Sud.

Cependant la bonne nouvelle de la ratification de cette loi a été un peu gâchée lorsque j’ai appris peu après qu’une commission du Sénat, autrement dit de la chambre haute du parlement, venait d’interdire la pièce de théâtre Burqavaganza de Madeeha Gauhar, grande actrice, metteur en scène de théâtre et militante des droits de la femme pakistanaise, qui y fait une satire du lobby de la burqa.

Il faut abolir cette interdiction et abroger toutes les lois qui rabaissent les femmes et notamment les Houdoud, ces ordonnances découlant de la charia et qui sont à la base de l’oppression des femmes et aussi des hommes. Elles prévoient des châtiments corporels, tels que la lapidation, l’amputation et des coups de fouet en cas d’adultère, de vol et de consommation d’alcool, conformément à des principes établis par des juristes islamiques persuadés qu’il y a à cela des précédents historiques.

A l’instar de Mohammad Iqbal, philosophe et politicien pakistanais du 20e siècle, selon qui dans des temps difficiles c’est l’islam qui a toujours sauvé les musulmans, je suis persuadé que le temps est venu de sauver l’islam des griffes acérées de misogynes de toute sorte.

La façon la plus simple et la plus honnête d’y parvenir est de suivre l’exemple d’autres pays dans le monde, où les lois et les pratiques religieuses archaïques entravant le progrès ont été abolies par des réformateurs. Ces derniers, à partir d’une critique interne, ont fait valoir que seul un Etat laïc, à la fois respectueux de la religion - en tant que code de valeurs spirituelles et morales - et des droits de chaque individu est apte à fonder une démocratie pluraliste.

Espérons qu’un jour, nous y parviendrons nous aussi, et que nous pourrons dissiper la confusion fantasmagorique qui plane sur la condition des femmes au Pakistan aussi bien qu’à Singapour, en trouvant la réponse à de fausses questions comme: qui sont les vraies musulmanes ? Celles qui sont confinées entre les quatre murs de leur maison ou celles qui siègent au Parlement ? Celles qui travaillent côte à côte avec des hommes et contribuent sur un pied d’égalité à la société en tant qu’êtres humains doués de pensée ? Qu’est-ce qui est vrai et qu’est ce qui ne l’est pas ?

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* Isthtiaq Ahmed, professeur associé temporaire à l’Institute of South Asian Studies (ISAS), travaille dans le cadre du programme de recherches sur l’Asie du Sud-est à l’Université nationale de Singapour.


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