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Dr. Said EL Mansour Cherkaoui - publié le Jeudi 3 Avril à 00:00

Driss Chraibi: Liberté de Ton et Erudition




Driss Chraibi est un des fils de Mazagan dont la communauté Mazaganais-jdidi peut honorer avec fierté comme l'un des précurseurs et l’un des premiers porte flambeaux de la dualité culturelle qui a formé des générations d’intellectuels jdidi.



Driss Chraibi: une voix et une pensée littéraire de Mazagan

En dehors des frontières Doukkalis, Driss Chraibi est considère comme l’un des grands écrivains marocains de langue française (1926-2007). Son premier roman - Passé Simple (1954) – lui ouvre les portes de la prospérité et l’installe comme l’un des piliers de la littérature marocaine francophone traitant de la modernité sous-jacente.

Driss Chraïbi est né à Mazagan en 1926 au sein d’une famille illustre. Après des études secondaires à Casablanca, il étudia la chimie en France où il s’installe en 1945. Comme tout jeune Marocain fraichement débarqué en Métropole, il fait tous les métiers et complète son diplôme d’ingénieur. Le Passé Simple, publié en 1954, est vivement acclamé par la critique littéraire française, mais beaucoup moins par l’intelligentsia marocaine qui « l’accuse de trahir son pays par ses critiques acerbes de la société traditionnelle. » Cependant en 1967, Souffle lui consacre son premier numéro et réhabilite son apport à la littérature franco-marocaine. L’occidentalisme n’était plus durant cette période une préoccupation des intellectuels marocains. Ils avaient d’autres sujets à explorer qui pouvaient a la longue étouffer leurs sens de la critique constructive.

Par la suite, Driss Chraïbi continua sur sa lancée en se forgeant une brillante carrière d’écrivain (une quinzaine de livres, voir la liste ici-bas, y inclus ceux traduit en Anglais). Grâce à un style de narrateur (tel que les Hlaiquis ou bien le fameux Ould Kareed de Derb Bouchrit) qu’il avait inauguré avec le Passé Simple, Driss Chraibi s’imposa comme un incontournable message mémorisé dans le devenir littéraire du Maroc indépendant.

"En dépit de mon instruction occidentale, je continuais de vivre, d'agir et de juger par paraboles, à la manière de ces conteurs publics qui s'installent dans un coin de rue. . ." Extrait : Le passé simple, 1954)

Durant quelques années, Driss Chraibi travailla aussi comme producteur à l’ORTF à Paris, et séjourna au Canada ou il enseigna. Le temps affina ses créations et l’enfant terrible Mazaganais se cantonna de plus en plus dans une narration descriptive à la fois critique et ironique des soubresauts et des revers de la société marocaine. Avec la sagesse du temps, Driss Chraïbi substituait à sa critique pointue du conservatisme une force de la liberté de ton modelé par un regard des transformations historiques et sur la définition du caractère marocain par la religion musulmane. Il rédigea des romans d’allure historique qui le ramène vers la mère-patrie, le berceau et à la proximité de sa région natale dans le fief des Doukkala. Ce retour au bercail fut accomplit en premier par la publication de « La civilisation, ma mère » et par la suite à travers « La mère du printemps - Oum-era-Bia» ou il évoque avec érudition et d’une façon romancée la conquête du Maroc par des armées arabes commandées par Oqba ibn Nafi à la fin du VIIe siècle.

Comme son habitude, le nom du fleuve est aussi une parabole pour lui de stigmatiser et d’évoquer la lumière jaillissante de l’éclosion de la saison du printemps comme fut sa propre naissance au sein des prairies rayonnantes de couleur vive des environs d’Azemmour, qu’Oum-era-Bia alimente des ses fléaux transparents. Cette même rivière que les armées arabes ont parcouru jusqu’à l’embouchure devant la porte de l’océan où se trouve Azemmour et à la limite duquel, Oqba ibn Nafi aurait pu déclarer son fameux discours alors que son cheval piétinait le sable mouillé : « que si il n’y avait pas cet océan devant moi, j’aurais continué d’étendre l’Islam et de brandir haut l’étendard du nom d’Allah et de Mohammed son Messager au delà de l’horizon. » Driss Chraibi, écrivit dans La mère du printemps :

« Surgie du désert et de la nudité, une armée ivre de lumière suit le cours de l’Oum-er-Bia. En cette année 681, la religion musulmane est une parole naissante, une clameur nouvelle : le général arabe Oqba ibn Nafi rêve d’" ensemencer les hommes et la terre des hommes avec les graines de Dieu ", de déployer l’étendard vert du Prophète dans le ciel d’Afrique du Nord. De l’autre côté des montagnes, la communauté berbère des Aït Yafelman vit et, depuis des siècles, forge, pêche, travaille sous le signe du poisson et de l’étoile. Les habitants d’Azemmour se doutent-ils que les nouveaux envahisseurs ne sont pas venus pour conquérir leurs biens, mais pour changer leurs âmes ? Quelle arme sauront-ils opposer au chant des chevaliers d’Allah, portés à leur rencontre " comme autant de vagues de foi lancées au galop " ? »

Cette réconciliation avec le passé historique et l’acceptation de l’enracinement de l’Islam dans la formation de la personnalité marocaine sont aussi révélatrice du parcours de Driss Chraibi dans les dédales de la dualité culturelle ou l’Occident Métropolitain et Moderniste concerte avec un pays ancré par sa géographie et ses origines ethniques à plusieurs pôles culturels et religieux. Driss Chraibi utilisera un personnage, l’Inspecteur Ali, qui lui permettra de naviguer à travers les pressantes vagues d’un tel déferlement multipolaire qui dans leur finalité s’échouent sur les rivages de la modernité. La plupart de ses dernières œuvres sont des romans policiers dont l’inspecteur Ali devint le personnage principal, une sorte de mélange de Sherlock Holmes et James Bond à la sauce locale.

Driss Chraibi reçut plusieurs honneurs et prix mérités, notamment celui de l'Afrique méditerranéenne pour l'ensemble de son œuvre en1973; le Prix de l'amitié franco-arabe, en 1981; le prix Mondello pour la traduction de Naissance à l'Aube en Italie.

Driss Chraïbi s’est éteint paisiblement en avril 2007 dans la Drome (France), où il résidait. Ina lillah wa illahi raji ine.

Les publications de Driss Chraibi:
Le Passé simple, 1954 - The Simple Past
Les Boucs, 1955 - The Butts
L'âne, 1956
De tous les Horizons, 1958
La foule, 1961
Succession ouverte, 1962 - Heirs to the Past
Un ami viendra vous voir, 1966
La civilisation, ma mère, 1972 - Mother Comes of Age
Mort au Canada, 1974
Une enquête au pays, 1981 - The Flutes of Death
La Mère du Printems, 1982 - The Mother of Springtime
Naissance à l'aube, 1986 - Birth at Dawn
D'autres voix, 1986
L'inspecteur Ali, 1991
Les aventures de l'âne Khal, 1992
L'homme du livre, 1992 - Muhammed
Une place au soleil, 1993
L'inspecteur Ali à Trinity College, 1996
L'inspecteur Ali et la C.I.A., 1998
Une Enquête au pays, 1999 (ed. by Gareth Stanton) 



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