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Jawad Kerdoudi via Marance.info - publié le Mardi 15 Octobre à 11:44

Drames de la migration de Lampedusa et de Malte : Réaction timorée de l’Union européenne






Jawad Kerdoudi
Jawad Kerdoudi
Ce mois d’Octobre 2013 a connu deux drames affreux de l’immigration. Le 3 Octobre une embarcation chargée de 500 réfugiés a chaviré près de l’île italienne de Lampedusa. Seuls 155 migrants ont survécu dans ce drame, les autres ont disparu dans la mer, d’où les sauveteurs tentent de ramener les corps. Le 11 Octobre un autre bateau chargé de 230 réfugiés a connu le même sort près de Malte. Seuls 143 migrants ont été sauvés et conduits à La Valette. On dénombre dans ce calcul macabre beaucoup de femmes et d’enfants. La Méditerranée est devenu un véritable cimetière où selon le site Fortress Europe 6825 clandestins sont morts dans les eaux de Lampedusa.

Le phénomène de la migration est mondial. L’ONU estime à près de 214 millions, le nombre de personnes qui quittent leurs pays. On distingue la migration légale où les personnes concernées sont en règle juridiquement, et disposent d’un contrat de travail dans les pays d’accueil. La seconde catégorie est constitue d’immigrants « clandestins », c'est-à-dire ne disposant pas de contrat de travail, et parfois même de pièces d’identité pour occulter leur origine. Les raisons de l’immigration sont multiples : recherche d’un travail plus rémunérateur et plus en adéquation avec le diplôme obtenu, regroupement familial où l’immigré rejoint un conjoint ou un parent, réfugiés contraints par la traite, demandeurs d’asile suite à des révolutions ou des troubles politiques, réfugiés climatiques suite à des catastrophes naturelles. Pour les migrants de la Méditerranée, il s’agit surtout de fuir les révolutions et les troubles politiques, et d’échapper au chômage et à la misère de pays de résidence. Les pays les plus concernés sont l’Afrique du Nord et Sub-saharienne, et les pays du Moyen-Orient suite au Printemps arabe.

L’ONU s’est préoccupée de la question migratoire depuis de nombreuses années en créant notamment le Haut Commissariat des Réfugiés qui fait un travail remarquable partout dans le monde où le problème se pose, et ce malgré la faiblesse des moyens financiers. Elle a fait adopter une Convention internationale sur la protection des droits de tous les travailleurs migrants et de leur famille, qui a été signée par la majorité des pays. Cette convention insiste particulièrement sur la protection des migrants contre l’exploitation et la violence, l’accès à la justice des pays d’accueil, et la jouissance par les migrants des droits fondamentaux. L’ONU a enfin instauré la journée internationale des migrants, fixée de 18 Décembre de chaque année, et qui donne lieu à des manifestations nationales et au siège de l’ONU.

L’Union européenne est particulièrement impliquée dans l’immigration en Méditerranée du fait de sa proximité avec l’Afrique et le Moyen Orient. Les pays d’accès de l’immigration en Europe sont l’Italie, l’Espagne, Malte, la Grèce, Chypre et le Bulgarie. Les routes que pratiquent les migrants pour accéder à l’Europe passent par la Turquie, l’Egypte, l’Algérie, le Maroc, la Tunisie et le Libye. Il faut noter tout d’abord qu’il n’y a pas une politique commune de l’Union européenne en matière d’immigration : les Etats membres sont souverains dans ce domaine. Ce qu’on peut noter globalement est un manque de coordination et de solidarité, et une politique restrictive en matière d’immigration. Eurostat estime à 330.000 le nombre de demandeurs d’asile en 2012, dont la moitié concerne trois pays : l’Allemagne, la France et le Suède.

L’Accord de Dublin donne aux pays d’arrivée des migrants, la responsabilité de traiter les dossiers de demandeurs d’asile. Chaque pays européen a ses propres lois concernant le droit d’asile, alors que les migrants économiques sont systématiquement refoulés. D’autre part, l’Union européenne a privilégié dans sa politique migratoire le volet sécuritaire, en mettant en œuvre le FRONTEX : Agence de surveillance des frontières européennes. Elle tente également de signer avec les pays d’origine ou de transit des migrants, des accords de réadmission qui obligent le pays signataire à réadmettre les migrants qui sont partis de son territoire.

Devant l’émotion internationale causée par le drame de Lampedusa, les ministres de l’intérieur de l’Union européenne se sont réunis le 8 Octobre 2013 à Luxembourg. Il a été décidé de lancer une grande opération de sécurité et de sauvetage en Méditerranée, mais 24 pays membres sur 28 ont refusé de modifier les règles d’asile. De son côté, le Parlement européen a voté le 10 Octobre 2013 la mise en place en Décembre 2013 du programme EUROSUR doté d’un budget de 35 millions d’euros, afin de marquer la solidarité des Etats de l’Union avec les migrants et les pays qui font face à des flux migratoires importants. La question migratoire sera à nouveau posée au Sommet européen des 24 et 25 Octobre 2013 à Bruxelles.

On ne peut que regretter cette réaction timorée de l’Union européenne face à un drame humain qui se répète presque quotidiennement. Elle est dûe à la montée du populisme dans la plupart des pays européens suite à la crise économique, ainsi que des anti-européens qui sont contre l’esprit solidaire. L’’Europe qui se prétend la championne des droits de l’homme devrait réviser ses lois pour assurer un meilleur accueil et une plus grande protection des droits des migrants. Elle doit aussi accroître son aide technique et financière à l’Afrique et au Moyen-Orient, afin de promouvoir le développement économique et social dans la rive sud de la Méditerranée. C’est le meilleur moyen de lutter contre l’immigration clandestine et ses conséquences dramatiques.

Jawad Kerdoudi
Président de l’IMRI
(Institut Marocain des Relations Internationales)


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