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Nathan Render, CGNews - publié le Lundi 3 Septembre à 13:26

Donner aux jeunes les moyens d'oeuvrer ensemble dans l'intérêt de tous




Nathan Render – Y a-t-il une ressemblance entre les extrémistes religieux et les responsables de mouvements de jeunes? Plus que vous ne le pensez.



Au début de leurs études, les jeunes cherchent fébrilement des stages d'été, dans l'espoir de faire quelque chose d'utile. Malheureusement, ils finissent souvent par accomplir des tâches subalternes, sans aucune possibilité de faire valoir leurs qualifications et leurs talents. Et pourtant, ces étudiants sous-payés, surexploités trouvent le moyen de donner un sens à leur travail. Dans leur transition de l'enfance à l'adolescence, puis à l'âge adulte, ces jeunes essaient pour la plupart de donner un but à leur existence.

J'ai eu l'occasion de constater les effets démoralisants que cette constante quête de sens peut avoir sur la jeunesse, contrairement aux adultes, qui affirment fréquemment que la génération que je représente est celle des dirigeants et des visionnaires de l'avenir. Mais les jeunes peuvent-ils être les "dirigeants de demain" s'ils ne sont pas traités avec respect, selon leur valeur et s'ils ne disposent pas des moyens et du soutien qui leur permettraient de le faire aujourd'hui?

Même dans les institutions centrées sur la jeunesse - écoles, centres culturels etc. - les jeunes adultes sont souvent traités comme quantité négligeable. C'est comme si la société était trop occupée pour trouver le temps de se soucier de la croissance des jeunes, laissant un décalage croissant se creuser entre le sens qu'ils s'efforcent de donner à leur vie et la réalité dans laquelle ils vivent. C'est à cause de cette dissonance que des organisations comme Al Qaeda trouvent grâce auprès de jeunes adultes en difficulté. En effet, ces organisations leur font comprendre qu'ils ont un rôle utile à jouer en leur donnant le pouvoir de donner un sens à leur vie.

Eboo Patel, musulman pratiquant et Directeur exécutif d'Interfaith Youth Core (IFYC), organisation à but non lucratif qui se propose de diffuser le pluralisme religieux dans le monde en donnant aux jeunes les moyens de s'autoréaliser, reconnaît ce phénomène.

Dans son nouveau livre, Acts of Faith, Eboo Patel écrit: "Même ceux qui travaillaient dans le petit groupe interconfessionnel ne voyaient en ces jeunes qu'un faire-valoir. Les extrémistes religieux, eux, ne les traitaient pas comme quantité négligeable. Les extrémistes religieux voyaient dans les jeunes la flamme que les autres n'avaient pas vue.

 Ils savaient l'alimenter et la transformer en actes - assassinats ciblés et massacres.

Les extrémistes religieux comprennent parfaitement la malléabilité des jeunes pendant leurs années de formation et savent l'exploiter à leur avantage. Un aspect de la question qu'on a trop tendance à oublier est que la clef de la réussite d'Oussama Ben Laden est son talent d'organisation de la jeunesse. Il applique cette précieuse qualité pour enflammer des milliers de ces jeunes déphasés, pour les relier entre eux dans de vastes réseaux d'aide sociale, en leur faisant prendre conscience de la valeur de leur contribution et en leur conférant un semblant d'identité et d'authenticité personnelles.

J'ai la chance d'avoir pu travailler sur des projets constructifs dans lesquels je me suis senti reconnu et qui m'ont permis de me construire une identité forte. Les membres de mes communautés, surtout ceux qui sont en rapport direct avec ma foi, ont pris le temps et le souci de parier sur mon avenir. En retour, j'ai reçu la force de soutenir le pluralisme et d'apporter une contribution positive au monde que je vois en rêve. Mon vécu de lycéen, puis aujourd'hui d'étudiant, m'a donné une assise solide qui me permet de vivre ma vie en pluraliste et en participant actif à la vie de ma communauté, de mon pays, du monde.

Cet été, la providence a voulu que je fasse un stage à l'IFYC, l'organisation fondée par Eboo Patel. Grâce à cette expérience, j'ai connu une nouvelle communauté structurante au sein de laquelle je peux m'épanouir et dans laquelle mon potentiel est constamment mis en valeur. Mon travail dans le cadre du programme d'échanges de jeunes InterACTION, qui encourage le dialogue interconfessionnel et interculturel entre jeunes Jordaniens et jeunes Américains, m'a également beaucoup apporté. Lors de ma première semaine de stage, on m'a donné l'insigne responsabilité de faire le plan de toutes les séances de dialogue du programme. Ensuite, j'ai eu l'occasion de prendre part au programme et de mettre en pratique les valeurs clefs de tolérance et d'hospitalité qu'incarne l'IFYC. Plus important encore, je me suis instruit auprès de collègues dynamiques, intelligents et sensibles, surtout mes collègues stagiaires.

Mais je sais bien que cette expérience n'est pas donnée à tous les jeunes. Alors que j'ai toujours trouvé des points de chute pour faire entendre mes opinions et pour être un instrument de changement positif, je dois reconnaître que la jeunesse en général ne rencontre que des obstacles sur son chemin lorsqu'elle veut en faire autant.

L'IFYC et les organisations religieuses extrémistes partagent plus de similitudes qu'on ne l'imaginerait au premier abord, mais avec cette grosse différence: l'IFYC cherche à propager et à développer le pluralisme chez les jeunes par le service coopératif et le rapprochement des religions. Il nous faut des organisations dotées à la fois de la culture axée sur les jeunes des groupement extrémistes religieux et de l'approche constructive, plutôt que destructive, des mouvements interconfessionnels. Ma propre expérience me fait toucher du doigt l'enjeu principal - rechercher, créer, réaliser d'autres programmes semblables au stage de l'IFYC pour promouvoir une culture positive de la jeunesse et donner aux jeunes les moyens d'oeuvrer ensemble dans l'intérêt de tous.

* Nathan Render fait sa licence d'anthropologie et de développement de l'enfant à la Tufts University. Il est un des responsables de Pathways, nouvelle initiative interconfessionnelle de son campus.



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