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Belkouch Hicham - publié le Lundi 18 Février à 15:09

Deux ans après ... Où en sommes nous ?






Deux ans après ... Où en sommes nous ?
Après avoir terminé mes cours à la fac, comme je n’avais pas écris d’article depuis longtemps, j’allai chercher mon inspiration aux cafés des Oudayas dans la saveur de son thé à la menthe. J’allumai mon PC, installai ma clé 3G, et comme on sait très bien que nos grands-mères vont plus vite que la connexion d’IAM, je commençai à contempler autour de moi en attendant cette connexion, et me laissant ainsi emporter par une discussion de jeunes qui étaient assis à mes cotés, parlant de Benkirane, Makhzen, 20 février … Levant les yeux, et me laissant porter par le paysage du Oued Bouregreg, je me dis : « Il est clair que les jeunes après le 20 février 2011 ne ressemblent pas aux jeunes avant cette date ». Et petit à petit, des souvenirs se dessinèrent sur l’horizon du fleuve me laissant ainsi remonter le temps et revivre ce moment historique …

Jour : Dimanche 20 Février 2011 Lieu : Place Bab Al Had Sentiment : Espoir

C’était un Dimanche matin, il pleuvait, de pluie mais aussi de liberté, la place ressemblait à un nuage qui criait de rage, le peuple s’indignait et criait ‘’ Dégage ! ‘’. Des marocains de tout âge, certains hurlaient ‘’ Sma3 Sawt Chaab ‘’ avec courage, d’autres sautaient leur fumigène à la main et commencèrent le craquage, tandis que les retardataires venus avec leur sac de couchage, tous descendu, avec l’espoir d’écrire une nouvelle page … C’était un beau paysage … Mais dommage, car il ne reste de ce jour là que des images.

Se réveillera-t-on demain avec une gueule de bois qui nous rappellera que nous avons levé nos verres à un souvenir ? Un souvenir qui a donné naissance à un rêve, un rêve qui a déclenché un mouvement, un mouvement qui a gravé son nom dans l’histoire du Maroc, un Maroc qui a connu une nouvelle constitution votée à 99% par son peuple et un peuple qui a conduit le PJD au gouvernement. Voilà en résumé ce qui s’est passé depuis ce fameux Dimanche matin.

Mais les questions qui se posent sont si ce mouvement existe-t-il toujours ou pas ? A-t-il apporté un nouveau souffle de changement au Maroc ? Où en est le Maroc ? A-t-il atteint la démocratie avec sa nouvelle constitution ? Quel bilan pour le PJD ? Est-t-il tombé dans les mêmes erreurs que l’USFP en 1998 ? Où en sont nos partis politiques ? Comment sommes nous passés de la période de Mehdi Benberka et Abderahim Bouabid à la période de Driss Lachgar et Hamid Chabat ? Le leader politique n’a-t-il plus besoin d’un charisme particulier, cédant place au populisme ? Où sommes-nous juste entrain de récolter le fruit d’une scène politique que nous avons semés ?

Avant d’analyser les faits, il est important et essentiel de les contextualiser, car ils sont venus dans une année pas comme les autres, marquée par une conjoncture de protestation générale qui a soufflé sur toute la région des pays voisins, et qui a donné naissance au Mouvement du 20 février au Maroc. Une année qui avait soif de changements, un Printemps qui a crée beaucoup d’espoir chez les gens, peut être même des illusions, où le peuple avait perdu toute confiance aux partis politiques et aux syndicats, créant en lui un besoin de s’exprimer en liberté. Le M20 lui avait donné cette chance, c’est pourquoi les gens avaient misé gros sur lui, lui demandant de faire le travail des partis politiques, des associations, des syndicats et des institutions, lui demandant de faire le travail d’une multinationale avec les moyens d’une PME … Ce qui était impossible à réaliser ! Car le M20 reste un mouvement de protestation, et il ne faut non plus pas oublier que la grande majorité des partis politiques n’avaient pas répondu à l’appel du 20 février ne disposant peut être pas de la maturité requise, de la vision adéquate ou du courage nécessaire pour construire un Maroc moderne.

En 2013, cette conjoncture de rêve et d’espoir a changé, elle n’est plus la même, l’Etat a joué certaines cartes et les militants ont compris que descendre dans la rue n’a plus aucune signification, et que les manifestations ne doivent pas être un lieu de carnaval mensuel répétitif, car à force de descendre dire la même chose sans aucun résultat concret, la rue risque de perdre sa crédibilité et sa force, ce qui peut être grave et mortel pour le Maroc, car n’oublions pas que le rôle de la rue a toujours été un facteur essentiel dans toutes les transitions démocratiques et que si le pays perd cette carte, il risque de perdre gros.

Ce qui me pousse à conclure que le mouvement du 20 février ne sera plus jamais ce qu’il a été auparavant, il ne pourra plus mobiliser des foules dans plus de 100 villes et villages et faire trembler les murs d’un système makhzenien comme il l’avait fait un certain 24 Avril 2011, il ne pourra plus exiger une nouvelle constitution et une monarchie parlementaire avec la poignée de personnes qu’il mobilise chaque mois, il ne pourra plus demander une redistribution des richesses, il ne pourra plus revendiquer une justice indépendante et une séparation des pouvoirs … Car il n’en a plus la force, le mouvement a donné ce qu’il a pu donner, et il est grand temps de passer à autre chose.

Aujourd’hui, si je dois définir ce qui reste du « 20 Février », je dirai que ce dernier n’est plus un mouvement. Il a, par la force des choses, dépassé ce cap. Aujourd’hui, le « 20 février » est un esprit, une vision, des idées et une volonté de changer les choses pour un Maroc meilleur. Un esprit qui s’élargi de plus en plus dans notre société et surtout chez les jeunes qui s’engagent de plus en plus dans tout ce qui est politique et social, qui ont compris que la démocratie ne se résume pas à mettre un bout de papier dans des urnes, mais que c’est plutôt un processus de développement politique, économique, culturel, social, sportif … Et ceci est la plus grande victoire qu’ a pu réaliser les jeunes du 20 février, ils ont tracé une route de changement, certes ce changement ne sera pas pour demain, mais le jour où les marocains se réveilleront avec la conviction que la solution à leurs problèmes dépasse la constitution de 2011 ainsi que Benkirane, le jour où ils se poseront la question : Oui on a voté … Et après ?? C’est à ce moment là que le peuple saura que cette transition démocratique a assez duré, et qu’il est grand temps de la décrocher une bonne fois pour toute. Et ce jour là donnera une renaissance, pas forcement au M20, mais plutôt au peuple marocain de revendiquer cette monarchie parlementaire tant attendue.

En attendant ce jour là, le chef du gouvernement et ses ministres multiplient leurs initiatives tout en faisant bouger la scène politique du pays comme ils le peuvent. Les partis politiques nous offrent de nouveaux leaders, certains avec une moustache, d’autres rêvant d’une tour Effeil. Quant au parlement, il est devenu cette agora qui ne manque pas de spectacle entre le gouvernement et ‘’ l’opposition’’.

Quelle tristesse et désespoir de voir que les partis marocains sont incapables de nous offrir de quoi aller de l’avant, de quoi assurer un progrès politique… Cela ne peut que nous inquiéter sur le futur marocain en voyant le désespoir gagner du terrain, car rien n’est plus grave pour une société que le désespoir de sa jeunesse. Une jeunesse qui a prouvé pendant l’année 2011 qu’elle, contrairement à ce que prétendaient les médias, s’intéresse à la politique mais refuse de mettre les pieds dans de tels partis, refusant de devenir ‘’politicien professionnel ‘’, et de ne pas faire la politique dans les institutions, a fin de garder cette capacité à être libre intellectuellement et émancipé politiquement.

Il est encore plus triste de voir que le Maroc est passé d’une époque où le terme « politique » avait un poids, un engagement et des principes. Alors qu’aujourd’hui, nous assistons à une médiocrité, un opportunisme et une masturbation intellectuelle de la part d’une classe politique qui n’arrive pas à mener les combats vers la démocratie, une absence de partis crédibles, véritablement indépendants et autonomes par rapport au pouvoir.

Car n’oublions pas qu’après que Benkirane ait gagné les élections du 25/11/2011, sa première déclaration était que le M20 devait rester dans la rue. Ne pensez pas qu’il l’ait dit juste pour faire plaisir au mouvement, mais il savait très bien que la classe politique marocaine ne peut affronter le pouvoir, parce qu’il sait très bien qu’elle ne peut affronter L3afarite et Tamassi7, qui ne sont pas des êtres inventés par l’imagination du chef du gouvernement, ces derniers ont toujours existé dans tous les gouvernements passés. Il suffit de faire un saut dans l’histoire, et se rappeler qu’en 1998 Abderahman El Youssfi les appelait ‘’ Jouyoub Al Mou9awa ‘’… Mais la question qui se pose vraiment est pourquoi est ce que Benkirane et El Youssfi ont attendu qu’ils soient au sein du gouvernement pour inventer ces surnoms là ? Comme s’ils n’existaient pas avant quand ils pratiquaient l’opposition ? Tout simplement car avant ils les nommaient et ils les pointaient du doigt, aujourd’hui Benkirane ne peut plus le faire car il est tombé dans la toile du Makhzen, tout comme l’avait fait El Youssfi, et il ne peut plus dire tout ce qui lui passe par la tête car, comme il l’avait déclaré sur Aljazeera, il n’est qu’un simple chef du gouvernement.

En guise de conclusion, J’aimerai citer un passage d’un grand homme qui vient de nous quitter : « Ce qui retarde la marche du Maroc et menace son avenir est cette platitude et cette insignifiance qui caractérisent nos personnels politiques et les condamnent à rester enfermés dans une logique douteuse, au moment où d’autres nations émergent et avancent à grands pas vers un avenir meilleur. Autrement dit, la politique de la misère, ou encore la misère de la politique, voilà ce qui représente le plus grand danger et occasionne le plus de dommages à ce pays. » Feu Driss Benali.

Je n’avais pas senti le temps passer, il faisait déjà nuit, mon esprit revint contempler la beauté du couché de soleil, mon verre de thé avait plus le goût d’une bière glacée. Je ramassai mes affaires, regardai une dernière fois le si beau paysage sur la ville de Salé, en me disant « Le Maroc est entrain de changer. Le mouvement du 20 février peut se reposer en paix, il a déjà réalisé l’irréalisable, il a donné la gifle qui a réveillé le régime et le peuple de son sommeil, et une chose est sur, plus rien ne se passera jamais au Maroc sans ces jeunes ».


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