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Des jeunes femmes saoudiennes révolutionnent le domaine de la santé publique


par Farhaa Abdulhaq - publié le Vendredi 7 Septembre 2012 à 06:00 modifié le Jeudi 1 Janvier 1970



Djeddah, Arabie Saoudite – La tuberculose fait rarement les gros titres dans le domaine de la santé. Et pourtant, elle touche encore 8.8 millions de personnes, et 1.4 million en meurent chaque année – c’est-à-dire environ une personne toutes les 25 secondes. Selon les spécialistes de l’Organisation mondiale de la santé, 9 millions de personnes des pays majoritairement musulmans seront infectées le bacille tuberculeux d’ici à 2015. Aujourd’hui, l’association TB-Manifesto, dirigée par des jeunes femmes d’Arabie Saoudite, montre qu’il est possible de lutter contre cette maladie par une action qui relie les organisations et les individus à travers les cultures, tout en intégrant les chefs religieux.

La bataille en vue d’éradiquer la maladie a toujours été directive, avec de nombreux gouvernements s’efforçant d’offrir un traitement médical, mais ne veillant pas à trouver de nouveaux moyens plus à même d’atteindre les personnes touchées par la maladie. Aujourd’hui, heureusement, des groupes communautaires et des patients ont pris l’initiative de montrer ce qui peut être accompli à niveau local, et c’est à ce niveau que TB-Manifesto souhaite jouer un rôle majeur.

TB-Manifesto a récemment organisé le premier forum indépendant sur la tuberculose en Arabie Saoudite. Sur le plan international, l’Arabie Saoudite est reconnue pour son rôle dans la lutte contre les maladies, car il est le pays du Golfe dont les contributions au Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme sont les plus importantes. Le forum a exploré les possibilités d’action au niveau des communautés, et plus particulièrement le rôle que peuvent jouer les échanges interculturels et les chefs religieux pour mettre fin aux préjugés et sensibiliser le public à la maladie. Lors du forum, des spécialistes de la tuberculose et des porte paroles, dont des femmes et des enfants venant d’Inde et du Royaume-Uni qui ont survécu à la maladie ont fait part de leurs idées convaincantes.

Ces interactions ont donné lieu à une écoute collective, et au désir d’apprendre et collaborer en vue de solutions concrètes dans la lutte contre la tuberculose.

Une des questions les plus fréquentes a été le caractère de maladie honteuse attribué à la tuberculose. Le docteur Francis Xavier, qui a eu travaillé dans le cadre du programme national indien de lutte contre la tuberculose, a alimenté la discussion en abordant le problème des préjugés concernant la maladie. Avant que les causes de la maladie ne soient comprises à grande échelle, de nombreuses personnes considéraient la tuberculose comme une punition divine. Par le passé, la tuberculose – une infection respiratoire qui peut être transmise par l’air – était souvent mortelle, et un traitement était alors considéré inutile. Cette conception fausse est encore d’actualité, malgré le développement de nouveaux traitements – ce qui a conduit à un sentiment de honte de la part des patients, ce qui les empêche de parler de la maladie et, partant, d’être soignés à temps.

Sama, la co-fondatrice de TB-Manifesto, a partagé son expérience concernant le sentiment de honte : « Les gens m’évitaient, même après que j’aie guéri… et me demandaient pourquoi Dieu m’avait donné cette maladie si j’étais quelqu’un de bien». Mais lors du forum, « le fait d’entendre des voix différentes raconter des expériences similaires » à la sienne lui a permis de relativiser son vécu et sa guérison, nous a-t-elle confié.

Grâce à ces échanges interculturels, les individus et les survivants ont compris qu’ils n’étaient pas seuls et qu’ils pouvaient s’entraider afin d’être soignés. Des événements tels que celui-ci, à l’occasion desquels les patients font part de leur histoire et aboutissent à des initiatives individuelles ou collectives, peuvent être reproduits dans d’autres communautés.

L’importance de principes religieux a également été évoquée comme un instrument-clé dans la lutte contre le caractère honteux de la maladie. Aujourd’hui, les chefs religieux se sont activement investis dans ce domaine en tant que personnes respectées et influentes dans les communautés. Par exemple, dans une province reculée des Philippines, le Catholic Relief Service a fait recours à plus de 135 chefs religieux musulmans, afin qu’ils participent à campagne préventive contre la tuberculose dans leurs mosquées avant de mener la prière.

En Arabie Saoudite, TB-Manifesto a adapté ce modèle par un travail avec les médecins, d’anciens patients et des chefs religieux, qui abordent le problème du caractère honteux de la maladie avec les patients au cours de leur traitement.

De plus, il existe des femmes en Arabie Saoudite qui agissent en tant que guides spirituels dans leurs communautés, en dirigeant des groupes de discussion pour les femmes, ou en donnant des conseils. A l’avenir, TB-Manifesto espère pouvoir faire appel à elles pour sensibiliser les femmes à la maladie et au traitement.

Dans la lutte pour la santé publique à niveau mondial et national, les efforts déployés sur le plan local jouent un rôle important. A travers le partage des expériences, l’échange interculturel, et la compréhension du rôle de la religion dans le processus de guérison, nous pourrons avancer ensemble et relever le défi urgent qu’est la santé mondiale.

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* Farhaa Abdulhaq étudie le développement et l’économie, et est la co-fondatrice de TB-Manifesto. Article écrit pour le Service de presse de Common Ground Common Ground News Service (CGNews).

Source : Service de presse de Common Ground (CGNews), 7 septembre 2012, Common Ground News Service (CGNews)
Reproduction autorisée.

Source : http://www.commongroundnews.org/article.php?id=319...