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Jawad AMAHMOUL - publié le Vendredi 15 Février à 15:35

Derrière une si grande barbarie




Le procès dit de Gdeim Izik, ouvert le vendredi 1er février 2013 devant le tribunal militaire de Rabat, se poursuit depuis lors. L’audience est publique. C’est la loi qui le veut. Et c’est cette même loi que l’Etat Marocain, qui a depuis longtemps affiché sa ferme volonté de devenir un Etat de droit, s’est engagé à respecter.



Derrière une si grande barbarie
A l’occasion du procès, l’esplanade du tribunal militaire s’est transformée en un grand carrefour sur lequel se sont croisés des destins venus de moult horizons. Il y avait ceux qui sont venus demander de vive voix que justice soit rendue, voire même, qu’on donne application à la loi du talion. Ce sont bien évidemment les familles des dizaines de victimes. Il y avait aussi ceux qui sont venus soutenir les vingt-quatre accusés, hissés par on ne sait quelle logique absurde, aux rangs d’héros, à qui on prépare déjà un statut de martyrs. Et puis il y avait ces sempiternelles organisations de droits de l’Homme qui sont venues - nous disent-elles - observer le déroulement du procès et qui se sont elles-mêmes érigées en tribunal du bon et du mauvais procès. De toutes ces catégories, les familles des victimes étaient les plus sensibles au déroulement du procès. Celui-ci devra attester du degré de célérité de la justice vis-à-vis des crimes cruels commis à Gdeim Izik un certain 8 novembre 2010. Il est toutefois certain que toute la performance judiciaire requise ne saurait effacer de la mémoire collective nationale la scène barbare où un séparatiste cagoulé égorge sauvagement un agent des forces de l’ordre.

Au milieu du sarcasme, et d’après les éléments rapportés par les différents médias, ce qui a le plus marqué l’audience c’est, sans l’ombre d’un doute, l’image d’un accusé brandissant les bras en signe de victoire, s’enorgueillissant à haute voix des horreurs qu’il a commises et, pire, s’adressant à la famille de l’une des onze victimes, par des gestes cruels rappelant la manière par laquelle il a sauvagement assassiné un de ses proches. En conséquence, l’épouse du défunt, forcée de revivre virtuellement les derniers moments de son conjoint sur cette terre et ne pouvant supporter ce déluge d’idées accablantes, tombe dans les pommes et se fait évacuer en toute vitesse vers l’hôpital le plus proche.

Nous voilà donc en face d’un comportement qui ne doit pas passer sous silence. Nous aurions tant aimé que ces observateurs internationaux et ces organisations internationales, présents sur les lieux, en fassent écho au lieu de se concentrer uniquement sur l’aspect équitable du procès et de décrier, d’emblée, le renvoi de l’affaire devant le tribunal militaire, pourtant dicté par les dispositions, on ne peut plus claires, du code de justice militaire.

Ce geste qui ne peut être qualifié d’anodin regorge d’enseignements et suscite une analyse plus profonde qui dépasse, et de loin, la dimension politique que certains ont voulu attribuer à ce procès. Son auteur est un cas d’école révélateur d’une déviance dangereuse. Il doit nous être aujourd’hui ce que le soldat Macina était pour Lombroso il y a plus d’un siècle.

Il est temps de s’intéresser aux origines de cette grande barbarie. Qu’un humain assassine froidement et sauvagement un autre n’a - malheureusement - rien d’extraordinaire. Ce qui dépasse l’entendement et attire l’attention c’est le fait de revendiquer cet acte et d’en faire une source de fierté. Conduite que même les plus grands tueurs en série n’osent pas adopter. Derrière cette machine de barbarie, il y a sans doute une fabrique plus grande qui s’appuie sur des processus d’endoctrinement qui ne doivent pas différer de ceux qui conduisent vers la conception des terroristes et des Kamikazes.

*Jawad AMAHMOUL
Enseignant-Chercheur
Sous la direction du Centre d’Etudes Internationales



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