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Ruth Eglash - publié le Lundi 21 Janvier à 11:39

De la neige et une lueur de paix






De la neige et une lueur de paix
Jérusalem – Jeudi dernier, Jérusalem a connu sa plus grosse chute de neige en vingt ans et ma page « fil d’actualité » sur Facebook a été parsemée de photos de palmiers saupoudrés de flocons ou d’enfants en train faire des bonhommes de neige.

Tout en cliquant sur ces nombreuses photos de la ville sainte et de ses collines environnantes enneigées, je me suis souvenu d’instants vécus cinq années auparavant, après une tempête de neige similaire qui avait paralysé Jérusalem et sa banlieue où je vis.

Ce sont aussi des photos montrant la neige qui avaient été le point de départ de ce petit épisode dont je vais vous parler. A cette époque, je rénovais ma maison et pour cela j’avais recouru aux services d’un peintre en bâtiment palestinien venant d’un village des environs de Jérusalem, pas très loin de Bethlehem. Titulaire d’un permis spécial l’autorisant à travailler en Israël, il traversait la frontière tous les jours à l’un des check-points séparant le côté israélien du palestinien, pour venir peindre ma maison.

Un jour, alors qu’il avait pris une pause pour boire un café et fumer une cigarette, à l’extérieur, sous le soleil printanier, j’eus ma première vraie conversation avec lui, le Palestinien. Même si cela faisait déjà 13 ans que je vivais en Israël, je n’avais jamais vraiment eu l’occasion ni même l’idée de parler ou de faire la connaissance de quelqu’un de « l’autre camp », autrement dit de Palestiniens qui vivent de l’autre côté de ce qu’on appelle la ligne verte, frontière désormais physique qui sépare les deux nations.

Le peintre et moi, nous nous sommes assis ensemble. J’entamai la conversation avec une remarque sur le beau temps, et le fait incroyable qu’à peine quelques semaines auparavant, le jardin avait été enseveli sous la neige, à la grande surprise d’ailleurs de ma fille cadette, alors âgée 2 ans, qui n’en avait encore jamais vue. Vu mes origines britanniques, j’ai l’habitude de parler « de la pluie et du beau temps » pour faire la conversation, et surtout pour briser la glace avec les personnes à qui je n’ai pas grand-chose à dire.

Le peintre avait aussitôt sorti son téléphone portable de sa poche pour me montrer non sans fierté des photos de ses enfants et de lui en train de jouer dans la neige, devant une maison pas si différente de la mienne. Je lui montrai à mon tour des photos des miens. Nous reconnaissions tous deux que tous ces bambins étaient vraiment adorables.

Tout en regardant nos photos, je ne pouvais m’empêcher de penser qu’au fond, cet homme et sa famille – que je pensais être si différents de moi et théoriquement mes ennemis – profitaient des simples joies de la vie exactement comme moi.

Les tempêtes qui ont sévi sur presque tout le Moyen-Orient la semaine dernière nous ont frappés, indépendamment de nos races, de nos religions ou de nos nationalités respectives, et m’ont fait repenser à l’image des enfants du peintre palestinien.

Tout au long de la semaine, nous avons entendu que des gens étaient restés coincés dans leur voiture à cause des précipitations torrentielles ou qu’ils avaient perdu leur logement et leurs biens à cause de débordements de rivières.

Certains sont morts sur les routes glacés ou dans les flots. Mère Nature a fait d’énormes ravages sans distinction entre Israéliens, Palestiniens, Libanais, Syriens, Jordaniens et d’autres.

Une des histoires circulant après la tempête concerne le sauvetage de Palestiniens portés disparus par le capitaine Adiya Hazani, commandant d’un bataillon de la brigade israélienne de Kfir, basé près de Jenin et de Tulkarem. Il s’agissait d’un groupe de personnes se rendant d’un village à un autre ; elles étaient restées coincées dans leur voiture car la rivière Alexandre qui prend sa source près de Naplouse avait débordé.

Après un sauvetage spectaculaire, le capitaine avait dit sur le site internet de l’armée israélienne : « Je n’y ai même pas réfléchi à deux fois. La vie d’êtres humains était en jeux. J’étais prêt à prendre le risque. »

Il a ajouté par la suite : « Nous nous trouvons dans une situation compliquée avec les Palestiniens. Mais finalement nous sommes tous des êtres humains. »

J’ai bien retenu cette phrase la semaine passée, tout en regardant, sur Facebook, les photos de mes amis palestiniens et israéliens, appréciant la neige, si rare chez nous. J’ai « aimé » les photos de la vieille ville de Jérusalem prises aussi bien par des photographes professionnels palestiniens qu’israéliens. J’ai même donné mon avis sur des photos de sculptures de neige représentant des bonhommes, des femmes ou même des chiens, faites par des personnes d’un camp comme de l’autre.

Pour la seconde fois dans ma vie, je me suis rendu compte à quel point les vicissitudes de la vie – comme les caprices de la météo – peuvent échapper à notre contrôle et finir par nous ouvrir les yeux sur notre humanité commune et nous rapprocher.

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*Ruth Eglash est l’ancienne directrice adjointe du quotidien Jerusalem Post. Elle collabore actuellement avec de nombreuses agences et publications internationales. Elle réside dans la proche banlieue de Jérusalem. Article écrit pour Common Ground News Service (CGNews).


Tagué : israel, neige, paix, palestine

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