A proximité
-
Festival diwan : Le sacré, le profane et la fusion se partagent la scène
-
Mort de Mandawuy Yunupingu, le chanteur aborigène le plus célèbre d’Australie
-
Sexion d’Assaut: "Notre succès sur scène prouve que notre message passe"
-
Festival Mawazine : Abdelouahed Tetouani œuvre à protéger le legs musical maroco-andalous face aux aléas du temps
Informé par les soins des éditeurs, des marques et des artistes qui attendent des chansons pour des albums en préparation, je m'en vais donc, forte de cette information, m'asseoir à mon ordinateur, qui est équipé de logiciels capables de produire des programmes musicaux et des sons. Et là, je recrée ce que j'ai entendu dans ma tête. En général, au bout d'une journée j'ai la structure rythmique et mélodique, et en deux jours les paroles sont prêtes.
S'agissant d'un travail à faire en collaboration, l'atmosphère parfaite pour la création est celle dans laquelle une idée est proposée, puis améliorée, et en déclenche une autre qui a son tour est perfectionnée, et ainsi de suite. En raison des délais, c'est à peine si on peut parler de l'expérience personnelle de chacun, de religion, ou de politique. Si quelque chose relie les compositeurs, c'est bien la réaction chimique que la musique provoque. Autrement dit, religion, couleur de peau, âge, sexe, tout cela n'intervient pas lorsque nous travaillons ensemble.
Quand les choses en sont là, le fait que je sois musulmane est secondaire. C'est sur les succès que j'ai remportés que je suis jugée, l'ensemble de mon oeuvre, et les prix que j'ai reçus.
Si donc ma religion n'a rien à voir avec mon travail, il arrive cependant, à l'occasion d'une conversation, que mes partenaires découvrent que je suis musulmane. Lorsque cela se produit, il y a un moment où quelqu'un dit : "Ah bon, je vais pouvoir l'interroger sur tout ce que j'aimerais savoir de l'islam". Cela va du hijab aux musulmans qui ont quatre femmes, ou à mon opinion sur la politique au Moyen-Orient.
Composer avec un artiste qui est là, dans la même pièce, c'est tout autre chose que de composer pour un artiste qui n'est pas là. En tant que compositrice, j'ai mon phrasé, ma manière de marier les mots à la musique, alors qu'en présence des artistes, je dois les laisser "vivre" les idées que je leur ai apportées. C'est-à-dire: imprimer à l'idée musicale la marque de leur interprétation.
Parmi les artistes avec qui j'ai composé il y a Keb' Mo' et Melissa Manchester. En général, pour commencer nous prenons des nouvelles les uns des autres, en échangeant nos impressions sur l'industrie de la chanson, et il nous arrive même de parler politique et religion. Le genre musical que l'un et l'autre pratiquent exige bien plus de profondeur et de réflexion, et les liens qui se sont tissés entre nous au fil des ans nous aident à créer une musique qui a du sens et de la complexité.
La chanson Thank You for Your Faith in Me est un bon exemple de foi mise en musique. Je l'ai composée avec Melissa Manchester. C'est une action de grâces à Dieu pour le remercier de croire en nous et de ne pas se décourager de nous. Dans ce cas, notre spiritualité provient des mêmes espaces, dans son cas de la religion juive, dans le mien de l'islam.
Mes relations avec Keb' Mo', chanteur de blues contemporain bardé de prix Grammy, remontent à 15 ans, lorsqu'il venait au studio enregistrer les parties de guitare de mes chansons. Notre relation professionnelle ne ressemble pas réellement à une relation d'affaires; elle est devenue une histoire de respect mutuel et d'amitié sur la base de notre commune adhésion au "fais ce que dois " – une valeur spirituelle qui inspire Keb' Mo' dans toute son existence. Un jour, il m'a fait monter sur la scène du Disney Concert Hall de Los Angeles; il voulait parler de notre manière de composer. Après quoi, de façon tout à fait imprévue, il m'a adressé un chèque, pour me remercier de mes efforts. Ce genre d'égards est rare.
Avec des artistes comme Melissa Manchester et Keb' Mo', je me sens à l'aise pour parler de ma vie non professionnelle – de mon activisme social islamique – et pour prêter attention à leurs perspectives religieuses et politiques. Cela surprendra peut-être, mais ce sont ces conversations personnelles à bâtons rompus et l'acceptation de la diversité de chacun qui amène souvent le titre ou le thème d'une chanson. Notre bonne volonté pour écouter les histoires des uns et des autres alimente une création vivante.
Même si nous nous trouvons en fait dans une relation commerciale, au bout du compte nous faisons tous partie de l'humanité. En respectant et en acceptant une relation d'égal à égal avec les autres, nous posons les fondements d'une relation pacifique, quelle qu'en soit la nature.
* Ani Zonneveld, chanteuse et compositrice qui vit à Los Angeles, est cofondatrice et présidente de Muslims for Progressive VALUEs (www.mpvusa.org).
S'agissant d'un travail à faire en collaboration, l'atmosphère parfaite pour la création est celle dans laquelle une idée est proposée, puis améliorée, et en déclenche une autre qui a son tour est perfectionnée, et ainsi de suite. En raison des délais, c'est à peine si on peut parler de l'expérience personnelle de chacun, de religion, ou de politique. Si quelque chose relie les compositeurs, c'est bien la réaction chimique que la musique provoque. Autrement dit, religion, couleur de peau, âge, sexe, tout cela n'intervient pas lorsque nous travaillons ensemble.
Quand les choses en sont là, le fait que je sois musulmane est secondaire. C'est sur les succès que j'ai remportés que je suis jugée, l'ensemble de mon oeuvre, et les prix que j'ai reçus.
Si donc ma religion n'a rien à voir avec mon travail, il arrive cependant, à l'occasion d'une conversation, que mes partenaires découvrent que je suis musulmane. Lorsque cela se produit, il y a un moment où quelqu'un dit : "Ah bon, je vais pouvoir l'interroger sur tout ce que j'aimerais savoir de l'islam". Cela va du hijab aux musulmans qui ont quatre femmes, ou à mon opinion sur la politique au Moyen-Orient.
Composer avec un artiste qui est là, dans la même pièce, c'est tout autre chose que de composer pour un artiste qui n'est pas là. En tant que compositrice, j'ai mon phrasé, ma manière de marier les mots à la musique, alors qu'en présence des artistes, je dois les laisser "vivre" les idées que je leur ai apportées. C'est-à-dire: imprimer à l'idée musicale la marque de leur interprétation.
Parmi les artistes avec qui j'ai composé il y a Keb' Mo' et Melissa Manchester. En général, pour commencer nous prenons des nouvelles les uns des autres, en échangeant nos impressions sur l'industrie de la chanson, et il nous arrive même de parler politique et religion. Le genre musical que l'un et l'autre pratiquent exige bien plus de profondeur et de réflexion, et les liens qui se sont tissés entre nous au fil des ans nous aident à créer une musique qui a du sens et de la complexité.
La chanson Thank You for Your Faith in Me est un bon exemple de foi mise en musique. Je l'ai composée avec Melissa Manchester. C'est une action de grâces à Dieu pour le remercier de croire en nous et de ne pas se décourager de nous. Dans ce cas, notre spiritualité provient des mêmes espaces, dans son cas de la religion juive, dans le mien de l'islam.
Mes relations avec Keb' Mo', chanteur de blues contemporain bardé de prix Grammy, remontent à 15 ans, lorsqu'il venait au studio enregistrer les parties de guitare de mes chansons. Notre relation professionnelle ne ressemble pas réellement à une relation d'affaires; elle est devenue une histoire de respect mutuel et d'amitié sur la base de notre commune adhésion au "fais ce que dois " – une valeur spirituelle qui inspire Keb' Mo' dans toute son existence. Un jour, il m'a fait monter sur la scène du Disney Concert Hall de Los Angeles; il voulait parler de notre manière de composer. Après quoi, de façon tout à fait imprévue, il m'a adressé un chèque, pour me remercier de mes efforts. Ce genre d'égards est rare.
Avec des artistes comme Melissa Manchester et Keb' Mo', je me sens à l'aise pour parler de ma vie non professionnelle – de mon activisme social islamique – et pour prêter attention à leurs perspectives religieuses et politiques. Cela surprendra peut-être, mais ce sont ces conversations personnelles à bâtons rompus et l'acceptation de la diversité de chacun qui amène souvent le titre ou le thème d'une chanson. Notre bonne volonté pour écouter les histoires des uns et des autres alimente une création vivante.
Même si nous nous trouvons en fait dans une relation commerciale, au bout du compte nous faisons tous partie de l'humanité. En respectant et en acceptant une relation d'égal à égal avec les autres, nous posons les fondements d'une relation pacifique, quelle qu'en soit la nature.
* Ani Zonneveld, chanteuse et compositrice qui vit à Los Angeles, est cofondatrice et présidente de Muslims for Progressive VALUEs (www.mpvusa.org).









Inscription
Maghreb
