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par Wendy J. Chamberlin - publié le Lundi 15 Février à 11:25

De la confiance pour restaurer la confiance






Washington – Le projet de loi Kerry-Lugar bipartite, qui porte le nom des sénateurs John Kerry et Richard Lugar, prévoit un très vaste plan d'aide économique, étalé sur plusieurs années, au peuple pakistanais. La majorité des Pakistanais se méfient des Etats-Unis car ils pensent que nous préférons les dictateurs militaires aux démocrates civils et que nous sommes prompts à abandonner les programmes d'aide économique annoncés dès que nous avons atteint nos objectifs en matière de sécurité.

La loi attaque de front le principal obstacle qui empêche le développement de meilleures relations entre les Etats-Unis et le Pakistan (le manque de confiance), en offrant aux civils une aide à long terme. Sans doute parce que la logique du projet de loi Kerry-Lugar semblait si évidente, Washington ne s'était pas préparé à essuyer un torrent de critiques d'origines diverses au Pakistan.

L'armée pakistanaise s'est sentie offensée par le fait que le projet mette l'accent sur le gouvernement civil qu'elle considère comme un rival dans la lutte pour le pouvoir national. Les élites gouvernementales, quant à elles, ont ironisé sur la forte dépendance aux organisations à but non lucratif pour distribuer l'aide. Et le peuple a perdu espoir de pouvoir un jour bénéficier des fonds d'aide après que des représentants gouvernementaux corrompus et des administrateurs d'organisations non gouvernementales (ONG) tape-à-l'oeil se soient servis.

Les fonds d'aide seront bientôt distribués. Toutefois, restaurer la confiance et aider le peuple pakistanais se révèlera contre-productif si nous ne revoyons pas l'organisation de ce vaste programme.

Dans le cadre de la réorganisation du programme d'aide américain, il faut remédier à trois faiblesses majeures.

Tout d'abord, les Pakistanais attendent trop du nouveau programme d'aide. Pour un paysan pakistanais, gagner un dollar par jour peut paraître beaucoup, mais 1,5 milliards de dollars par an est une goutte d'eau dans l'océan comparé aux besoins du Pakistan en matière de développement. Il est regrettable que beaucoup de Pakistanais misent sur le programme d'aide américain pour remédier à toutes les insuffisances existantes dans le secteur social. L'amère déception de la population semble inévitable.

Ensuite, notre approche au Pakistan et ailleurs n'a, pour l'essentiel, pas changé depuis les stratégies de programmes d'aide transactionnelle de la Guerre froide où nous avons tenté de montrer notre supériorité aux Soviétiques en nous montrant généreux. Nous restons attachés à l'idée erronée selon laquelle en construisant des écoles, nous développerons un sentiment pro-américain. Toutefois, sans une plus grande compréhension des conditions sociales et culturelles, les projets d'aide auront peu de chances de changer les mentalités.

Enfin, beaucoup de Pakistanais sont frappés par le fait que la méthodologie actuelle « made in America » pour concevoir, mettre en oeuvre et surveiller nos projets d'aide est trop centrée sur les Etats-Unis; sans parler de dominatrice et de partiale en faveur des élites.

Sans doute, la nouvelle approche que le ministère de l'Education du président américain Barack Obama poursuit avec la « course au sommet » (Race to the Top) offre-t-elle un modèle utile pour la distribution des fonds Kerry-Lugar. Le ministre de l'Education américain, Arne Duncan, fait miroiter 4,3 milliards de dollars de fonds à tous les Etats des Etats-Unis, tous les districts scolaires ou toutes les communautés locales qui s'engageraient dans une compétition aux idées novatrices susceptibles de répondre aux objectifs du programme tels qu'une plus grande réussite des élèves. Notre vaste programme d'aide nous donne l'occasion de mettre les Pakistanais au défi d'élaborer des programmes qui répondent à des valeurs que défendent à la fois les Etats-Unis et le Pakistan.

Aucun programme d'aide étranger ne peut remplacer un consensus pour une réforme nationale, mais il peut aider à soutenir ce consensus. Nos deux peuples tiennent à la règle de droit, à la sécurité communautaire, à un enseignement juste et à des systèmes de marché libre qui offrent des opportunités d'emplois. Nous ne devrions pas nous permettre de dire au Pakistanais comment atteindre ces objectifs; en revanche, nous devrions encourager ceux qui s'engagent à les atteindre sous forme de récompenses plutôt qu'en leur imposant des conditions.

La première étape à un programme d'aide retravaillé consisterait à mener une campagne de communication au niveau national pour amener les Pakistanais à débattre des objectifs du programme Kerry-Lugar, des limites et des exigences qu'il présente pour l'opinion générale et de l'investissement public qu'il implique afin d'en garantir le succès.

Une deuxième étape serait d'ouvrir le processus à de nouveaux partenaires chargés de la mise en oeuvre en recueillant toutes les propositions. Nous souhaitons ouvrir le processus à tout groupe proposant de bonnes idées et capable de donner des résultats (au-delà des traditionnels ministères fédéraux et des plus grandes ONG). Une commission d'experts pakistanais et américains évaluerait les propositions, et les projets seraient choisis selon les chances qu'ils auraient de parvenir à atteindre un objectif déterminé.

Il est à relever que l'engagement du peuple pakistanais dans le programme d'aide permettrait d'atteindre des résultats qui répondraient directement à l'intention originale du projet de loi Kerry-Lugar. Cet engagement identifierait de nouveaux responsables en élargissant le processus au-delà de l'actuel cercle restreint des élites instruites et foncières. En permettant aux Pakistanais, qui connaissent leur situation et leur culture mieux que nous, de prendre part au processus, nous favoriserions des solutions culturellement appropriées et novatrices. Un processus plus ouvert garantirait l'intéressement de la communauté. Enfin, cela élargirait les chances de répondre à l'intention originale du projet de loi Kerry-Lugar qui consiste à faire naître une plus grande confiance en impliquant la population dans un processus si important pour son bien-être.

Cette approche est basée sur la folle supposition que pour instaurer la confiance il faut d'abord faire suffisamment confiance aux Pakistanais pour leur permettre d'élaborer et d'exécuter un programme qui réponde à leurs propres intérêts.

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*Wendy Chamberlin est présidente de l'institut du Moyen-Orient et a servi comme ambassadeur des Etats-unis au Pakistan de 2001 à 2002. Les déclarations et les opinions contenues dans cet article n'appartiennent qu'à l'auteur et ne reflètent pas nécessairement le point de vue de l'Institut du Moyen-orient qui ne prend précisément pas position sur la politique du Moyen-Orient. Article distribué par le Service de Presse de Common Ground (CGNews) avec l'autorisation de l'Institut du Moyen-Orient.

Source: McClatchy Tribune Services, 3 février 2010. www.mcclatchy.com
Reproduction autorisée.

Source : http://www.commongroundnews.org/article.php?id=272...


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