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Yazid HADDAR - publié le Lundi 22 Septembre à 00:00

De l’identité nationale à l’identité individuelle




Yazid Haddar : L’identité est un sujet d’actualité en Algérie comme ailleurs. Que l’on aille d’est en ouest, du nord au sud, les gens parlent souvent d’identité.



Certains se réclament de l’identité arabo-musulmane et d’autres de l’identité berbère ; certains enfin marient les deux à la fois. Je ne comprends pas les jeunes gens qui refusent ‘’l’identité algérienne’’ ou pis encore, veulent nier toute « algérianité »en eux.  Pourquoi ce refus ? Sans faire de psychanalyse ou de sociologie, il suffit d’écouter et d’observer leur façon de voir les choses et la façon dont ils les vivent. L’idée qui me vient à l’esprit, c’est l’ignorance de l’histoire d’Algérie ! Si la vraie histoire de l’Algérie, de la préhistoire à nos jours, était enseignée, l’ignorance et le refus n’existeraient pas. Mais quand on enseigne l’histoire selon une idéologie importée et imposée, le résultat de cette histoire est dangereusement faussé.

Ben Bella [1], tunisien, dit en 1962 : « L’Algérie est arabe, arabe, arabe… » par trois fois pour insister. Avait-il peur de perdre cette identité ? D’autre part, en 1942, Ferhat Abbas dit : « L’Algérie n’est ni arabe ni française».
 
Où est la vraie identité algérienne dans tout cela ?
 
Essayons de définir l’identité : elle est ce qui permet de reconnaître une personne parmi toutes les autres ; elle est aussi un caractère de qui est un, de ce qui demeure identique à soi-même [2]. Selon la définition officielle, l’identité algérienne se compose de l’Islam, l’Arabe et du tamazight. Il faudrait y ajouter en bien des cas des éléments de culture française, mais cette dernière n’est pas incluse dans l’identité algérienne telle qu’elle est conçue par la constitution. Quand l’histoire officielle est falsifiée, l’identité est encore dans le tunnel. En effet, si nous creusions dans l’histoire de ce pays, nous trouverions que l’Algérie a été violée à plusieurs reprises, de l’antiquité à nos jours. La position géographique de ce pays, à la charnière de deux continents, a séduit beaucoup de conquérants et elle séduit encore. Cette région a été un lieu de passage inévitable pour toutes les invasions. Ce qui fait que l’Algérie a été fréquentée par plusieurs peuples qui ont laissé des traditions et des langues, sans oublier les religions, de l’Animisme à l’Islam via le Judaïsme et le Christianisme.

Toutes ces influences on produit un amalgame de valeurs qui forment la richesse de ‘’l’identité algérienne’’. Cependant, elle est mal comprise. En effet, en excluant tous les apports qui ne sont pas de l’Islam et de la langue arabe, elle se prive de valeurs éminentes. Certes la définition de l’identité a subi des mutations. Par conséquent, on ne peut la réduire à la langue et à la religion. On peut très bien se servir d’une autre langue que l’arabe et adhérer à une religion autre que l’Islam. Cette liberté religieuse et linguistique doit être assurée par des lois inscrites dans la constitution algérienne. Prenons le cas de l’écrivain Jean Amrouche [3] pendant le période coloniale. Sur sa carte d’identité, il était inscrit qu’il était français et musulman, alors qu’il n’était ni l’un, ni l’autre. Imaginons maintenant un autre Jean Amrouche. Pourrait-il se reconnaître dans la constitution algérienne actuelle ?

A l’heure de la mondialisation et de la globalisation (universalisation des valeurs), l’homme moderne réclame davantage de liberté individuelle. Je conçois cette dernière comme une possibilité de choisir un idéal de vie. L’Etat devrait proposer et respecter le choix des citoyens. Il devrait également être garant de cette liberté individuelle.
 
L’ordonnance n°06-08 du 28 février 2006 adoptée le 20 mars 2006 qui fixe les conditions et règles d’exercice des cultes autres que musulmans, est une loi injuste et ne trouve guère sa place dans le monde civilisé. L’Algérie est un pays qui prône, dans son discours officiel, le dialogue entre les civilisations, mais qui, en même temps, se voit réduire la liberté religieuse. L’Algérie vient-elle rejoindre ces pays dits musulmans ? Doit-elle n’être que musulmane ?

 La réalité est le contraire de ces ordonnances absurdes par leur substance. Je trouve que cette loi est rétrograde et qu’elle ne correspond pas à l’image d’un pays en pleine effervescence économique. En outre, cette loi ne respecte pas les normes d’une république moderne. J’espérais que notre Etat parvienne à protéger la liberté des consciences au lieu de les limiter à une seule conscience. N’est-ce pas là un retour à l’esprit totalitaire ?

J’ai appris que l’Etat doit garantir la multiplicité des consciences afin que ses citoyens jouissent de libertés qui leur correspondent. Au sein de la République qui a été construite par l’ensemble des citoyens, l’Etat se doit d’assurer à chacun le droit au respect. Avons-nous oublié le rôle joué par les Algériens chrétiens, les communistes, et les juifs dans la lutte contre l’occupant ? Avons-nous oublié le rôle joué après l’indépendance par nos chrétiens pour former notre élite et pour préserver et diffuser notre culture dans le monde entier ?

Aujourd’hui, peut-on parler de l’individualité identitaire ?

Je pense que l’identité ne doit pas rester prisonnière d’une identité nationaliste. Au contraire, elle doit être un facteur dynamique qui participe à l’épanouissement de tout individu et non pas un facteur d’exclusion. En principe, chacun peut épouser une langue, concevoir sa vie selon son idéal et selon sa particularité qui nous différencie les uns des autres. Certes, comme je l’ai expliqué plus haut, chaque personne a un style de vie, des valeurs, des modèles idéaux, qui correspondent à sa liberté. Même si ces composantes sont différentes d’un individu à l’autre, on se doit de les respecter. Cependant, sommes-nous prêts à accepter les différences ? Notre école a-t-elle préparé des citoyens tolérants ?

Observons le comportement de nos compatriotes pendant le mois de ramadan. Le Coran permet à toute personne malade, à tout voyageur, et à toute femme réglée, de manger. On peut ajouter au nom de la tolérance les personnes qui ne partagent pas la même confession musulmane. Pourtant, pendant cette période, on ne trouve aucun restaurant ouvert. Si un diabétique a besoin de prendre une pomme, il est obligé de se cacher comme un criminel et pourtant, Dieu lui permet de manger. Au quotidien, cette attitude intolérante pèse de plus en plus sur les citoyens qui ne partagent pas les mêmes valeurs. Ces derniers se sentent incompris, souvent marginalisés et exilés dans leur propre pays, ce qui les mène à quitter le pays vers une destination où les différences sont davantage acceptées.

Nous ne pouvons pas nous permettre d’accuser les sociétés occidentales d’être intolérantes envers les musulmans, dès lors que ces derniers ne tolèrent pas les confessions différentes et punissent même, parfois sévèrement, leurs concitoyens qui font d’autres choix de vie. Ce comportement est inconcevable dans les sociétés occidentales. Parler de tolérance est une chose. L’appliquer en est une autre.

Je conçois l’identité individuelle comme une entité en évolution permanente. L’identité algérienne doit prendre en compte ses origines multiples et être animée de l’intérieur par l’amour et le respect de la citoyenneté !


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