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Omar Alaoui - publié le Mardi 5 Février à 01:21

De Tinghir à Jérusalem, en passant par Tanger






De Tinghir à Jérusalem, en passant par Tanger
Ils ont encore frappé ! Les gardiens du temple de la morale et de la vertu veulent empêcher la diffusion du film documentaire de Kamal Hachkar « De Tinghir à Jérusalem : les échos du Mellah ». Il est inconcevable dans un Maroc que l’on veut tolérant et ouvert de vouloir interdire l’expression d’une œuvre artistique et de mettre le holà sur la création intellectuelle.

Le film de Kamal Hachkar ne fait, en aucun cas l’apologie du sionisme. C’est un témoignage, un retour aux racines de notre Histoire, une Histoire complexe, obscure, encore floue pour beaucoup d’entre nous, et plus particulièrement la jeune génération. C’est une tentative de mise en lumière sur le patrimoine culturelle marocain dans toute sa diversité. Un travail de mémoire, une construction identitaire, un travail de recherche historique sur ce qu’est la berbérité marocaine, ses confluences, ses brassages qui la composent, et qui en font une des composantes majeures de la Nation marocaine. C’est le « vouloir vivre ensemble » que Kamal Hachkar tente d’illustrer à travers son film, son voyage dans la mémoire collective d’un peuple marocain uni dans sa diversité, qu’elle soit ethnique, religieuse, culturelle ou linguistique. La grandeur d’une Nation se mesure à sa diversité, au respect de ses minorités et à l’intensité des échanges qui unissent ses composantes. Hachkar a laissé la parole à la pluralité qu’il avait en lui, à cette double identité, qui est une force, une richesse. « De Tinghir à Jérusalem » est bien plus qu’un simple film-documentaire, c’est un Appel à la tolérance, à la diversité, au dialogue interculturel. Oui, il y a des œuvres qui nous font comprendre ce qu’est la grandeur d’une Nation, et « De Tinghir à Jérusalem » en fait, incontestablement, partie.

Cependant, les islamistes et les ultra-conservateurs nous font, encore une fois, l’illustration de leur méconnaissance profonde du Maroc, de sa pluralité et de son passé. En voulant imposer leur « art propre », c’est toute une tradition marocaine d’ouverture sur l’Autre qu’il tente de déstabiliser. Oui, depuis la montée des conservatismes, l’art et la culture connaissent des limites, des reculs. Oui, une forme de censure s’installe aujourd’hui au Maroc. C’est là une vision et une conception d’un autre âge, car oui, la Modernité ne peut accepter aucune forme de censure et de bannissement. Un climat de tension, de haine, se crée où les « bien-pensants » s’attellent à un sombre projet, celui de dresser les marocains les uns contre les autres. La censure de nos Tartuffes marocains, l’hypocrisie de ces faux dévots, est un danger pour le projet de société moderniste, démocrate et humaniste dont nous, peuple marocain, sommes porteurs.

Lors de la cérémonie d’ouverture, le Maire de Tanger, Fouad El Omari, n’a pas manqué de rappeler que « la censure constitue un véritable danger pour l’art, surtout quand celle-ci émane d’une idéologie étroite et étriquée ». De Tinghir à Jérusalem, en passant par Tanger, nous avons le devoir de faire co exister les cultures, qu’elles soient des vases communiquants, toujours en communion, en dialogue permanent. Tanger ne peut être le théatre des censeurs, des esprits fermés et du retour à une prétendue Morale. N’oublions pas que cette ville disposait d’un statut international, qu’elle fut et est encore aujourd’hui une plaque tournante dans les relations internationales. On la surnomme « la ville des étrangers », sa culture locale est emprise d’hospitalité, d’ouverture sur l’Autre et d’acceptation d’autrui. Appeler à manifester devant le cinéma qui projette le fim de Hachkar c’est renier l’identité tangéroise, et trahir ce Maroc Pluriel que l’on aime tant. Fort heureusement, le Festival National du Film est présidé par un défenseur des grandes libertés, le Professeur Ahmed Akchichen, qui saura, je le sais, rester ferme face aux discours moralisateurs et face aux obstructions des pisses-froids. Le monde du cinéma marocain avait, sans aucun doute, besoin d’un vrai débat, mais, en aucun cas, il n’a besoin de solutions de facilité : la censure, la dénonciation, la calomnie. Ce film, tout le monde peut en mesurer l’intelligence, la subtilité, l’audace et la sincérité. Chaque spectateur sera juge de sa pertinence cinématographique, cependant, on ne peut reprocher à Kamal Hachkar d’avoir fait autre chose que ce pourquoi le cinéma existe : donner du sens au monde dans lequel nous vivons, y apporter son regard neuf, sa rime. Pendant des siècles et des siècles, l’Histoire du Maroc s’est écrite avec la littérature. Depuis quelques années maintenant, elle s’écrit aussi avec le cinéma. Avec cette évolution moderne, c’est toute la mémoire collective qui a changé, qui est sujette à des transformations, à des questionnements, à des mutations. J’aime cette idée que l’Art puisse être utile à la définition de ce qu’est notre Nation, de ce que nous sommes et de ce vers quoi nous voulons aller. Les artistes, les libres penseurs, les créateurs du « possible », les plumes de la liberté ont aujourd’hui une difficile mission, mais ô combien noble. Celle de résister à l’obscurantisme, contraire aux valeurs de diversité, d’ouverture et de tolérance qui ont constitué de tout temps l’identité marocaine.

Et puisque le poète Robert Desnos disait : ce qu’on « demande au cinéma c’est ce que la vie nous refuse, c’est le mystère, c’est le miracle », profitons de cette polémique propice aux souhaits, aux leçons et aux messages pour espérer au peuple marocain que la notion de « diversité », présente avec force dans le film de Hachkar, mais de plus en plus absente dans notre société, puisse inspirer réellement nos parcours, nos chemins, nos vies.

Omar Alaoui, acteur associatif et politique


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